CHAPITRE XIII
Solutions diverses de ces deux questions : Que suis-je ? Où vais-je ?
Le matérialiste répond ; Je suis matière : une organisation plus parfaite me donne sur les autres animaux l'avantage de la parole et de la pensée. — Avide de plaisirs , ennemi des souffrances , mon unique devoir est de me procurer les uns , d'éviter les autres, en attendant que la mort vienne anéantir mon être dans la poussière du tombeau.
Le panthéiste répond : Je suis une des innombrables maniléstations de l'Etre universel. Semblable à la bulle d eau qui s'élève un instant à la surface des mers, je rentrerai bientôt dans la
— 68 ~ masse commune : contribuer à la vîe du Grand- Tout , par le déploiement énergique de mes facultés , c'est toute ma destinée , c'est mon unique devoir durant mon éphémère existence.
Le chrétien répond : L'homme est une intelligence créée à la ressemblance divine et unie à un corps. En rapport avec Dieu par ses facultés supérieures 5 avec la nature visible par ses organes corporels , il est le lien destiné à rattacher la création matérielle au Créateur. — Enrichi des prérogatives convenables à sa sublime destinée , l'homme fut d'abord heureux , parce qu'il était juste et bon. Son âme , soumise à Dieu , régnait en paix sur son corps , et par le corps sur toute la nature. Si , fidèle à la loi du Créateur, il eût dirigé l'exercice de ses facultés vers l'accomplissement de l'image divine, son intelligence, progressivement éclairée des rayons de la divine lumière , aurait passé des ombres de la foi aux clartés de l'intuition. L'esprit alors parfaitement assimilé à Dieu se serait assimilé le corps , et la nature entière , unie à son chef , serait arrivée au plus haut degré de vie et de perfection.
Malheureusement l'homme viola le précepte divin. La révolte de l'esprit contre Dieu entraîna
la révolte du corps contre Tesprit , et celle de la nature contre tout l'homme. Dégradé et malheureux 5 sujet à l'ignorance , aux souffrances , à la mort , l'homme fût tombé au dernier degré d'abjection et de misère , si Dieu n'eût résolu de le sauver par un effort divin.
Le Verbe, par qui tout avait été fait, fut choisi pour tout restaurer. Revêtu de notre misérable nature , il apparut au milieu de nous plein de grâce et de vérité , et nous omTit , par son sacrifice , sa doctrine et ses exemples , la voie du galut. — Soumettre notre intelligence et notre volonté à Dieu par la foi et l'amour ; subordonner la chair à l'esprit par les lois de la pénitence ; reconquérir , par l'amour de la pauvreté , notre supériorité sur la nature, en détachant notre cœur 'des faux biens qu'elle nous offre , c'est le but des prescriptions évangéliques , c'est tout le devoir de l'homme , c'est l'unique chemin qui le conduise au royaume qui lui a été préparé dès r origine du monde.
Laquelle de ces trois solutions mérite l'asseniiment de l'homme ?
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