‹ Solution de grands problèmesChapitre 20 sur 69 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Solution matérialiste. — L'homme est-îl tout matière?

J'admire qu'il se soit trouvé des penseurs assez calmes , assez maîtres de leur cœur , pour réfuter de sang-froid les suffocantes absurdités du matérialisme.

J'écoute avec intérêt l'iionnête homme peu habitué à la réflexion , qui m'expose ses doutes sur la spiritualité de l'être pensant: mais qu'un écrivain , qui s'érige en docteur public , vienne afîirmer d'un ton rogue et tranchant que la pensée est une sécrétion corporelle qui ne diffère des autres sécrétions (par exemple ,... je n'ose ache-

Vîr) que par sa subtilité; l'indignation me fait jeter le livre , et je ne vois plus qu'une réfutation possiljle , c'est d'aller la cravache en main sécréter quelques gouttes de sang à l'impudent bipède.

Que dire à celui qui vous pose en thèse qu'il est un animal , et dont tous les raisonnements aboutissent à cette conclusion : Convenez avec moi que je suis ime bête? — Monsieur, lui répondrais -je, dispensez -vous de la preuve: comme il s'agit d'un fait personnel , je vous crois sur parole.

Qu'on n'attende donc point ici une réfutation détaillée du matérialisme. Quelques principes suflGront au lecteur inteUigent.

S'il y a un fait incontestable pour la conscience humaine , c'est qu'il existe en nous un principe d'unité , d'activité et de liberté. — C'est un fait non moins incontestal^le que l'unité , l'activité , la liberté sont incompatibles avec la matière.

L'indivisible unité de notre être pensant , el par suite sa spirituahté , se démontre et par le témoignage du moi et par l'unité des opérations intellectuelles.

I. Témoignage du moi, — Je sens que j'existe et que je suis distingué non-seulement des êtres placés hors de moi , mais encore de ma propre organisation. En effet , 1° le sentiment du moi est indivisible , invariable. Il ne s'est point accru avec mes forces ; il ne s'atfaiblit point avec elles ; il n'est point diminué par la perte d'une partie de mes organes , comme on voit par l'expérience des amputés. — 2° Ce sentiment n'a rien de local. Il est visible que le moi ne se rapporte ni au cerveau , ni à aucun organe spécial , ni à l'ensemble de l'organisaiion. — 3° Par le moi, j'ai la conscience non-seulement de mon existence , mais encore de mes opérations ; je sens que je pense , que je réfléchis , que je veux , etc. Personne ne m'a appris que j'ai une intelligence , une volonté et que c'est moi qui pense , qui veux ; mais si l'on ne m'avait averti que j'ai un cerveau , un cœur ^ un estomac , des artères , des veines , etc. , et que tout cela travaille incessamment au maintien de mon corps , je l'aurais toujours ignoré : le moi ne m'en dit rien.

En faut-il davantage pour démontrer que l'être exprimé par le moi est absolument distinct de mon corps ! Car si le moi avait son siège dans

mon organisation , voici ce qui arriverait infailliblement. 1*^ Le moi subirait toutes les variations de mon être matériel. — 2^ Le moi comprendrait toutes les molécules indivisibles dont cet être se compose , ou n'en comprendrait qu'une : dans le premier cas , j'aurais des milliards de moi; dans le second , ce 7noi^ qui me gonûe tant le cœur , serait infiniment petit et aussi imperceptible que l'atome où il serait logé. — 3° Le moi me donnerait le sentiment des fonctions cérébrales , digestives , etc. , et m'apprendrait à rectifier mes digestions et à clarifier mon sang ^ comme il m'enseigne à redresser mes jugements , à éclaircir mes idées.

IL Unité de nos opérations intellectuelles. — De l'aveu du matérialiste, la matière est essentiellement divisible ; elle ne peut donc rien produire d'indivisible , l'effet ne pouvant être d'une nature différente de sa cause. Or , les opérations de l'être pensant , telles que la pensée , le jugement , le vouloir , sont évidemment simples , indécomposables. Donc, etc.

Activité de l'être pensant.

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