‹ Solution de grands problèmesChapitre 26 sur 69 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Avenir de l'homme , selon le christianisme.

Quel est cet avenir? — C'est la possession^ h\ jouissance de Dieu même'. Etait-il possible d'offrir à l'insatiable avidité du cœur humain une plus riche pâture î

Que demande-t-ilç en effet, ce cœur? — Nous l'avons dit , trois choses : science parfaite , pouvoir sans borne, jouissances complètes.

I. Science. — Quand , selon l'expression de l'Ecriture , notre intelligence verra la lumière dans

1 Ego... merces tua magna nimis. (Gènes. XV, 1.) Pars mea Deus in aelernum. ( Ps. LXXII , 26. )

h lumière divine ^ ^ sera-t-elle assez éclairée? Quand nous connaîtrons Dieu comme nous en sommes connus^, que nous restera-t-il à connaître? si Dieu lui-même ne se lasse point d'admirer ses perfections infinies et la magnificence de ses œuvres^, l'esprit humain associé à un tel spectacle pourrait-il n'y pas trouver le sujet d'une contemplation éternellement délicieuse?

II. Pouvoir, — Partout le ciel nous est dépeint comme un trône, comme un royaume qui nous a été préparé dès le commencement*. Quel est ce trône? — Celui du Très-Haut^. — Quel est ce royaume? — Celui de Dieu même , celui du Fils de l'homme 'à qui toute puissance a été donnée au ciel , sur la terre et dans les enfers ;

i Inlumine tuo Tidebimus lumen. (Ps. XXXV, 10. )

2 Tune autem cognoscam sicut et cognitus suai. (I. Cor. XIII, 12.)

3 Laetabilur Dominus in operibus suis. (Ps. CIII , 51. )

4 S. Matth. XXV, 34.

5 Qui viceril , dabo ei sedere mecum iu throao meo. (Apoo. III, 21.)

car, nous sommes les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ^.

Etre assis aussi haut que Dieu, gouverner avec lui l'immensité des mondes , présider aux destinées des peuples, et décider de leur sort^ , n'est-ce pas un rôle assez beau , et n'y a-t-il pas là de quoi satisfaire l'ambition la plus effrénée?

III. Jouissances, — Certes , s'il y a quelque part de véritables jouissances , des plaisirs faits pour rassasier le cœur sans jamais le dégoûter , ce sont les jouissances, les plaisirs que Dieu goûte. Eh bien , ces délices ineffables , il veut les partager avec les enfants des hommes , il veut qu'il s'enivrent au torrent de volupté où il boit lui-

1 Haeredes quidem Dei , cohœredes autem Christi. ( Rom. VUI , 17. )

2 FulgebuDl jusli , et tanquam scinlillae in arundineto discurrenl. Judicabunt nationes , et dominabuntur populis. (Sap. m, 7, 8.)

3 Inebriabuntur ab ubertate domûs tuae , et torrçpte yqiiplatis tuae polabis eos. ( Ps. XXXV, 9. )

Je le demande au plus exigeant des voluptueux , est-il à craindre qu'on ne s'ennuie aut fêtes dont l'Arcliitecte des mondes veut être' l'ordonnateur, et dont les prépai atifs dalent de l'origine des siècles !

Au milieu des grandes prétentions de notre orgueil , nous avons une idée beaucoup trop basse de nous-mêmes. Habitués à ne juger de l'excellence de notre nature que par la grossière enveloppe qui la recomTe, à peine soupçonnons-nous l'infinie distance qui nous sépare des êtres physiques. Si nous étions plus attentifs aux opérations de notre esprit , si nous mesurions les pas que fait dès cette vie ce géant intérieur , nous coniprendrions sans peine que la moindi^e des intelligences est incomparablement plus grande que l'univers matériel ' ; peut-être aussi nous ferionsnous une idée du prodigieux développement que la Mie de Tinfini produira dans tout notre être. Essayons d'en donner un aperçu.

1 II n'y a pas un esprit si mëdiocre qui ne connaisse à un certain degré les êtres mate'riels et ne puisse en juger; mais il n'en sera jamais connu ni jng(*. C'est, je crois, la réflexion lie saint Augustin.

Rappelons- nous l'état de notre intelligence à l'époque où la pensée commençait à poindre à travers le nuage des sensations. Quelle idée avionsnous alors de notre globe et des mondes innombrables au milieu desquels il apparaît comme un point? N'est -il pas vrai que la sphère de nos pensées se bornait à quelques centaines de toises? — Maintenant qu'une instruction large et variée, secondée par la réflexion , nous a donné entrée au dépôt des connaissances humaines , le diamètre de nos pensées s'est accru de quelques milliai^ds de lieues , çt il nous suffit d'une seconde pour franchir en esprit des distances qui échappent à tous les calculs. — Dans les études métaphysiques et morales il ne faut qu'une idée neuve et féconde pour étendre tout à coup le cercle de nos pensées et nous faire rougir de la faiblesse de nos conceptions précédentes.

Or , si les faibles lueurs de vérité éparpillées dans ce monde de ténèbres agrandissent si étonnamment l'esprit qui s'occupe à les recueilHr, qui pourra concevoir l'épanouissement de cet esprit , alors que la vérité infinie , illimitée , lui apparaîtra sans voile , sans nuage !

Mais que se passera-t-il dans le cœin-?

S'il y a chose au monde dont le coeur ratïole, c'est la beauté. L'histoire est pleine des extravagances et des crimes enfautés parla plus fougueuse des passions.

Supposons qu'une créature réunisse , pour les formes physiques , tout ce que le ciseau des Phidias , des Praxitèle , tout ce que le pinceau de Raphaël a conçu de plus gracieux. Logeons dans ce corps l'esprit le plus étendu, le mieux fait , le cœur le plus généreux , le plus tendre. Ajoutons aux prestiges de la beauté physique et morale ceux de la naissance et de la grandeur ; nul doute que nous n'ayons donné une souveraine au monde. Qu'elle commande des prodiges , elle sera obéie. Qu'elle promette sa main au plus brave , des milh'ons d'hommes s'égorgeront à ses pieds.

Eh bien , ce cœur qui bat si violemment pour une poupée terrestre, qu'éprouvera- 1- il donc quand il sera eu présence du Générateur des in^ nombrables beautés semées avec une divine profusion dans la vaste étendue de la terre et des cieux ! Si une idole d'argile animée , sortie hier dégoûtante des entrailles d'une femme , et que la mort précipitera demain dans la fange du lom-

beau , provoque lani d'amour , qu'en sera-t-il de cette ravissante beauté , engendrée dans les splendeurs de la gloire avant Vétoile du matin ' , et dont la jeunesse éternellement florissante est à Tabri de l'outrage des ans ! Beauté qui unit aux trésors inépuisables du génie et de la science la majesté d'un pouvoir sans bornes , beauté dont la tendresse pour l'homme surpasse toute pensée ^ ! <Qui pourra peindre les ardeurs du cœur humain

i Ps. CIX,3.

2 C'est la réflexion bien simple que faisait , il y a près de trois mille ans, le plus sage des hommes. — Quorum si specie delectati, deos putaverunt : sciant quanta his dominator eorum speciosior est. Speciei enim generator hœc omnia constituit. { Sap. XIII, 3. ) — Aveugles adorateurs des divinités du monde, est -il donc si difficile de comprendre que les appas qui vous charment dans la créature doivent se trouver à un degré infiniment supérieur dans celui qui lui a donné l'être ! — Préférer aux intarissables jouissances qui vous attendent dans le sein de la Divinité , les délectations si courtes , si honteuses que vous offre un cadavre vivant , n'est-ce pas frénésie? Que penseriez-vous du jeune homme qui , convié par la plus accomplie des beautés à s'asseoir avec elle sur le premier des trônes , irait solliciter dans un taudis la main racornie d'une octogénaire ? sa folie cependant serait sagesse, comparée à la vôtres

au contact de ce foyer d'amour ! Qui pourra mesurer sa prodigieuse dilatation , quand , collé au sein des amabilités infinies , il entendra ces mots : Viens , mon bien-aimé , je suis à toi pour toujours î

Finissons par les paroles si profondes de l'apôtre de la charité : « Mes bien-aimés , nous sommes « déjà les enfants de Dieu; mais notre future « grandeur est encore un mystère. Toutefois , « nous savons que lorsque Dieu se montrera , « nous serons semblables à lui , parce que nous

« LE VERRONS TEL QU'iL EST ' . »

1 [. Joan. III, 2.

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