‹ Solution de grands problèmesChapitre 30 sur 69 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

Nature du péché du premier homme.

Son influence permanente sur la vie , soit des nations ,

soit des individus.

L'histoire sacrée nous fait voir dans le crime de nos premiers parents trois crimes bien distincts. I. Un désir insensé de s'égaler à Dieu par la science , puni sur-le-champ par la preuve sensible qu'ils sont devenus des animaux ^ — II. Une cupidité effrénée qui , en les portant à s'emparer du seul bien que Dieu se fût réservé, leur fait perdre la jouissance de tous les autres , et les ré-

1 Erilis sicut dii , scienles bonum et malum. — Et aperli sunloculi amborum; cîimque cognovisscnl se esse nudos, eic. (Gènes. TII , 5, T. )

(luit à mener la vie la plus pauvre '. III. Une indigne condescendance pour les sens qui, flattés de la beauté du fruit , demandent qu'on les satisfasse au mépris des défenses du Créateur ; et les sens ne sont pas plutôt satisfaits , qu'ils remplissent les coupables de confusion et les obligent à se cacher-^.

Orgueil, avarice, sensualité, voilà les trois profondes morsures que l'infernal serpent fit à l'humanité , morsures toujours saignantes dans noscœurs^ et qui y produisent toujours les mêmes fruits de mort , tant que le baume réparateur du Christ ne les a pas cicatrisées.

Qu'est-ce en effet que l'histoire du genre humain, sinon la reproduction incessante et fidèle du terrible drame de l'Edeu?

1 Ex omni ligno paradisi comede ; de ligno autem scîenliœ boni etmalinecomedas. (Gcn. II, 16, 17.) — Coracdes herbam terrœ. In sudorc vullùs lui vesceris pane , etc. (III , 18 , 19.)

2 Vidit igilur mulier quôd bonum esset lignum ad vcsccndum , et pulchrum oculis , aspectuque delectabile. — Consuerunt folia ficus, cl fecerunt sibi perizomata. — El cùm aiidissenlvocemDomJDi... abscondit èc Adam, etc. (ÎIl.7,8.)

Partout, dans le premier période de sa vie soit collective soit individuelle, nous voyons l'homme, soumis aux croyances qui entourent son berceau , couler des jours sereins et innocents. Ses goûts simples et purs comme sa pensée , lui rendent doux et léger le fardeau de la vie. Il chante , et que chante-t-il? la Divinité, dont l'aclion puissante et paternelle se révèle à son intelligence dans les moindres phénomènes de la nature aussi bien que dans le magnifique spectacle des cieux.

Aux sublimes et naifs accents d'une poésie toute rehgieuse succèdent insensiblement les spéculations froides et stériles d'une orgueilleuse philosophie. La découverte fortuite de quelques demi -vérités pique vivement l'esprit humain. Préoccupé des causes secondes qui frappent ses regards, il perd de vue la cause première, et finit par douter de son existence. Ainsi, après quelques expériences sur l'électricité, croit-il avoir compris la manière dont se forment le tonnerre et la foudre? Dès lors ce bruit majestueux, ces feux effrayants , qui le remplissaient d'une religieuse terreur, ne sont plus à ses yeux qu'un phénomène naturel , et il prend en pitié ceux qui s'imaginent encore que c'est Dieu qui tonne.

Enflé de ces succès , il porte son compas sur les vérités de l'ordre intellectuel et moral, et comme il ne peut en embrasser aucune , il les rejette successivement toutes. Enfin , las de courir d'erreur en erreur , il tombe du scepticisme dans le matérialisme , et la même philosophie qui lui avait dit : « Donne un libre essor à ta pensée , « et la science du bien et du mal fera de toi un « Dieu , » l'oblige à cet humiliant aveu : « Je « ne suis qu'un animal ; penser , c'est me dégra- « der'. »

L'orgueil passant de l'esprit dans la volonté y allume les feux de l'ambition , et appelle dans le cœur de l'homme une seconde furie, la cupidité.

Dans un monde où l'or dispose de tout ' , on n'est rien , on ne peut rien sans la richesse. De là une fureur d'avoir qui engloutirait l'univers , si elle ne rencontrait des cupidités rivales pour lui 3n disputer l'empire. Mais les désirs de l'ambitieux , de l'avare , se dilatant dans une proportion

1 « L'homme qui pense est un animal de'pravé. » ( J. J. Rousseau. )

2 Pecuniœ obediunt omnia. (Eccle. X, 19.)

bien plus grande que son domaine ou son trésor, le font gémir de sa petitesse au faîte des grandeurs, de sa misère au sein de l'opulence. — Alexandre , maître de la moitié de l'univers, est inconsolable de le voir si petit.

Surviennent les déconvenues de l'ambition. Combien ne gravissent le Capitole que pour rouler au fond de la roche tarpéienne ! Combien arrivés au Kremlin y trouvent le chemin de Sainte-Hélène ! Combien d'avides spéculateurs jetés du palais de la Bourse dans une prison ou un hospice !

Malheureux lui-même , l'homme cupide et ambitieux est encore un fléau pour les autres. En voulant satisfaire des besoins factices, il crée autour de lui des besoins réels. Nous l'avons déjà dit, les biens de la terre sont bernés; ils ne peuvent s'accumuler dans certaines mains sans qu'ils en laissent d'autres vides ; et , selon le mot de Sénèque, il faut des milliers de pauvres pour faire quelques riches ^ . — Aussi l'indigence est-elle extrême là où nous vovons s'élever de colossales

1 Ex mullis pauperlalibus divitiae fiunl. (Ep. LXXXVII. )

fortunes. Dans les nations encore plus que dans les individus , c'est l'amour des richesses qui enfante la pamTeté.

L'homme ne veut posséder que pour jouir. Devenu tout chair ^ , et ne voyant rien au delà de l'étroite sphère des sens, il se plonge dans les délectations animales , et veut étancher dans l'ordure sa soif brûlante du plaisir. Mais que sont les plaisirs de la terre pour un cœur que Dieu seul peut rassasier^! — Les maladies honteuses et cruelles , les ennuis dévorants , l'hébétation , le dégoût de la vie , toujours en croupe du voluptueux , prouvent que la sersualité est à elle-même son premier bourreau.

Abrutissement de l'intelligence , paupérisme , dégoût de la vie porté jusqu'au suicide , voilà donc où aboutit l'homme dès que, repoussant l'espérance du ciel , il veut assouvir ici-bas son immense désir de savoir , de posséder et de jouir.

Mais si ces trois passions qu'un écrivain sacré

1 Gène». VI. 3.

2 Saliabor, cùni apparuerit gloria tua. ( Ps. XVI , i5. }

appelle Vessence du monde ^ , répandent tant d'amertume sur notre existence actuelle , qu'en sera-t-il dans la vie à venir?

1 Omne quod est in mundo concupiscenlîa carnis est, et concupiscentia oculorum , et superbia Titœ. ( I. Joanû,

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