‹ Solution de grands problèmesChapitre 34 sur 69 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

Nécessité de rincarnalion. — Préparation du genre humain à cet événement. — Sa réalisation.

Quand par la méditation des principes posés jusqu'ici on s'est bien convaincu des étonnantes destinées de l'homme ; quand on le voit placé dans la terrible alternative de s'élever à un bonheur infini, ou de s'abîmer dans d'éternelles douleurs ; quand , d'un autre côté , on considère l'extrême faiblesse et corruption de cet être , l'affreuse insouciance avec laquelle il traverse la vie sans jamais se demander où il va ; quand on songe aux obstacles insurmontables qu'il oppose aux embrassements divins par des mœurs tout ani-

maies , on se demande avec effroi : Qui pourra transformer ce ver de terre en un ange ' î Qui pourra faire sortir de cet amas de boue un être assez pur , assez noble , pour que le Dieu trois fois saint repose avec complaisance ses regards sur lui !

Qui? — Le Tout-Puissant seul. — Mais si , pour conserver à l'homme sa liberté, Dieu ne veut employer que l'intluence morale de la parole et de l'exemple , comment se fera-t-ii entendre de l'homme, puisque celui-ci a perdu le sens par lequel on voit et on entend Dieu ^ ? Dieu prendra-l-il un corps ? — Oui , répond le christianisme.

Parce que donc les enfants de Dieu sont devenus chair et sang, le Ferhe, qui les a créés et qui seul peut les régénérer ( Dieu n'agissant que par

i Noi siam vermi

Nati a formar V angelica farfalla. ( Dante. }

2 Animalis autem homo non percipit ea qua? sunt Spiril^s Doi. (I.Cor. II. 14 ;

son Verbe ) , s'est fait chair , et il a habité au milieu de nous plein de grâce et de vérité ^ .

Pour préparer le genre humain à un événement qui , par son énorme disproportion avec notre faiblesse intellectuelle , eût révolté notre ignorance , ce n'était pas trop de quarante siècles.

Dieu l'annonce d'abord sous les voiles du mystère à nos pères coupables , sur le théâtre même du crime-. La promesse d'un rédempteur, fréquemment renouvelée aux patriarches , se répand chez toutes les naiions sorties de leurs lombes^ avec la pratique profondément mystérieuse du sacrifice sanglant. L'attente d'une victime qui descendra du ciel pour purifier l'humanité , devient la religion de tous les enfants d'Adam.

Le peuple juif est choisi pour conserver la promesse dans toute sa pureté et en démontrer au

1 Qoia ergo pueri communicavcrunt carni et sanguini , et ipse similiter participavit eisdem. (Hebr. II , 14.) — Verham caro factum est, ethabitavit innobis... picniim gralia» et verilatis. ( Joan. I, 14. )

2 Inimicilias ponara inter te et mulierem , et semen Jiium et semenillius : ipsa conlerel caput luuni. 'Gen. III, 15.)

monde jusqu'à la fin des siècles l'accomplissement. De là rexistence à part de ce peuple prodigieux ; de là sa religion toute symbolique , sa législation \Taiment incompréhensible tant que le Christ n'en donne )5as le dernier mot '.

De là , chez ce peuple , le rôle mystérieux des prophètes , qui , comme des courriers dépêchés du eiel, viennent successivement durant onze siècles annoncer l'arrivée du grand roi , et ajoutent tous une page à son histoire écrite d'avance ; car cette histoire , pour être crue , a besoin du témoignage de tous les âges.

En même temps que Dieu multiplie les pro^ diges pour disposer le monde à la croyance du plus grand des prodiges , le genre humain multiplie et agrandit sans mesure ses plaies honteuses , poiïr justifier aux yeux des plus aveugles l'intervention du médecin suprême. — L'histoire des nations païennes est aussi bien que celle du peuple juif la préface de l'Evangile.

Enfin , quatre mille ans se sont écoulés depuis le fatal entretien d'Eve avec l'ange de ténèbres ,

1 Finis enim legis , Chrislus. ( Rora. X , ^. )

quand , dans une pauvre demeure de la petite ville de Nazareth , un ange parti du séjour de la lumière vient traiter de notre salut avec une jeune fille de Juda. — C'est par la femme que notre perte a commencé : c'est à la femme que Dieu réserve l'initiative du salut.

A l'orgueil , à la cupidité , à la sensualité de la première femme , Marie oppose les trois vertus contraires. Ses paroles empreintes d'un profond amour de l'humilité, du désintéressement, de la pureté ^ , annoncent la véritable Mère des vivants , titre glorieux qui ne fut confié à Eve que comme

1 Humilité : au salut si flatteur de l'Ange, Marie se trouble. ( Turhata est, etc. Luc. 1 , 29. ) — On lui dit qu'elle e$t pleine de grâce, et qu'elle va devenir la Mère du Très-Haut ; elle répond qu'elle n'en est que la servante, et ne cherche que dans sa propre bassesse la raison du choix du Seigneur. (Luc. 1,38, 48.) — Elle de'robe à son e'poux son infinie dignité, au risque d'essuyer le plus accablant des affronts. (Matth. I , 19. ) — Quel héroïque désintéressement, quel amonr de la pureté , dans la résolution de renoncer au plus beau trône du ciel après celui de Dieu , plutôt que d'exposer sa qualité do vierge ! ( Quomodo fiel istud , etc. Luc 1 , 34. )

un dépôt , s'il ne lui fut pas jeté comme une sanglante ironie ^ .

Marie se soumet , et aussitôt , par un effort du bras du Très-Haut qui plongera dans un éternel ravissement les intelligences célestes, celui dont la majesté déborde l'immensité des cieux , celui qui tient dans sa main l'univers comme un grain de sable , vient se renfermer dans le sein d'une vierge^.

1 Et vocavit Adam nomen uxoris suœ, Heva : eô quod mater esset cunctorum yivenlium. (Gen. TU, 20.)

2 Beaîa Mater raunr-re .

Cujus supernus artifex , Mundum pugillo conlinens , Venlris sub arcà clausus est.

{Hymne de l'Office de la Vierge. )

Page 1