CHAPITRE XXVIII
Rôle de l'Homme-Dieu.
Médiateur entre Dieu et les hommes , descendu sur la terre pour abattre le mur de division qui nous excluait à jamais de la céleste patrie , l'Homme-Dieu a un double rôle à remplir , l'un envers Dieu , l'autre envers les hommes.
A Dieu, dont la majesté a été énormément violée par les mépris de l'homme , il faut une satisfaction. — Quelle satisfaction? — Pas d'autre que la mort du coupable. Nous l'avons déjà vu , la mort est le salaire du péché ^ et c'est une loi de l'ordre immuable , que la créature ne peut se ré-
voiler contre le Créateur sans porter dans tout son être les éléments d'une mort éternelle ' .
Il faut donc que le divin représentant de l'humanité meure ; et ce sacrifice , grandi sans mesure par l'innocence et la noblesse infinie de la victime, arrachera à la justice divine ces mots que les éternelles souffrances de l'immense postérité d'Adam n'en auraient jamais obtenus : En voilà assez , en voilà plus qu'il ne m'en fallait^. Aussi , en revêtant le corps qu'une main divine lui forme dans le sein de Marie , le Verbe dit au Père : Les victimes et les offrandes des hommes n'ont rien qui soit digne de votre justice ; mais il rCen sera pas de m£me du corps que vous m'avez préparé^.
Aux hommes que fallait-il pour les disposer à l'alliance divine ? — Trois choses :
1 Voyez plus haut , ch. XXII , XXV el XXVI.
2 Ubi autem abundavit delictum, superabundavit gralia. (Rom. V, 20.)
3 Ideo ingrediens mundum dicil : Hostiam et oblationera Boluisti : corpus autem aplasti raihi, etc. (Hebr. X, 5.)
I. Déposer dans leur esprit et leur cœur , avec la foi >îve d'un Dieu mort pour eux , le principe de toute justice ' . — Leur inspirer tout à la fois une gi'ande crainte et un grand amour de Dieu , en leur faisant voir dans les profondeurs de ce mystère tout ce qu'il y a en Dieu de haine pour le péché et de charité pour l'homme. — Leur offrir une idée des joies du ciel et des horreurs de Fenfer , dans l'étrange effort que Dieu a daigné fLiire pour les mettre en possession des unes et les préserver des autres.
IL II fallait confondre leur lâcheté, et leur apprendre par les plus accablants exemples d'humilité , de pauvreté , de mortification , à détruire en eux la vie d'orgueil , de cupidité et de sensualité , qu'ils avaient reçue d'Adam , vie qui les exclurait nécessairement de l'héritage céleste-. .
1 Toute la Doctrine chrétienne est en effet dans la science de Jésus crucifié ; et saint Paid , chargé d'annoncer toote vérité aux nations , se glorifiait de ne pas savoir autre chose : Non enim judicavi me scire aliquid inter vos , nisi Jesum Christum, et hune erucifixum. { I. Cor. II , 2. )
2 Caro et sanguis rcgnum Dei possiderp non possunt. (I. Cor. XV, 50.)
III. Il fallait remédier à leur extrême faiblesse par l'infusion d'une nouvelle vie , et les soustraire à l'anathème qui pèse sur les enfants du vieil homme en les incorporant à l'honune nouveau , créé sur le Calvaire dans la sainteté et la justice ' .
Travail immense, qui eût écrasé toutes les puissances du ciel et de la terre , travail qui fit trembler l'Homme-Dieu lui-même -. — Par où commencer? — Avec des hommes sensuels, il fallait d'abord parler aux yeux. Aussi verrons-nous le Sauveur agir trente ans avant de parler^, et même dès lors raclion sera toujours de beaucoup supérieure à la parole.
1 Induite novum homim.'m, qui secundùm Deum crcalus est in justitià et sanctilate v eritalis. ( Ephes. IV , 2i. )
2 CœpilpaYere, et toîdere, ( Marc. XIV, 33. }
3 Cœpit Jesn« facere , et. docere. ( Act. I , i . >