CHAPITRE XXXI
Mort de l'Homme-Dieu. — Effet moral de cet (îvt^nement. Le christianisme est-il l'œuyre de l'homme ou de Dieu?
Le grand sacrifice touchait à sa fin , et le vieil homme expirant sous les coups de la colère divine, allait faire place à l'homme nouveau.
Au grand acte qui donnait naissance aux enfants de Dieu , la femme devait intervenir. Aussi Marie était-elle là debout auprès de la croix , lit nuptial du nouvel Adam , s'associant par d'immenses douleurs à la génération de la nouvelle famille, a Femme, lui dit Jésus, en lui montrant tous les « chrétiens dans le disciple chéri , voilà votre
« fils; ensuite il dit au disciple : Voilà votre « mère K »
Tout est consommé^ s'écrie alors le Rédempteur, et poussant un grand cri , il expire^.
Oui , tout est consommé : l'effort que Dieu vient de faire pour dessiller les yeux de Tliomme , a épuisé toutes les ressources de l'éternelle sagesse , de l'amour infini. Si le pécheur ne frémit pas à ce coup effroyable de la droite du Seigneur , s'il ose encore jouer avec le crime , il ne pourra plus du moins alléguer son ignorance et dire : Je ne savais pas que le péché était un si grand mal.
Grand Dieu î « Si le bois vert , selon le mot « simple et profond de Jésus aux femmes de Jé- « rusalem , a été traité ainsi , qu'en sera-t-il du a bois sec ^ ! » C'est-à-dire , si l'innocence du Fils de Marie , si la majesté suprême qui le rend l'égal
1 Stabant autein juxla cruccm Jesu Mater cjus , etc. — ^ Joan. XIX,25. )
2 Joan. XIX, 30.
3 Si in TÎridi Ilgno hœc facinnl , in aridi) qtiitî fret? (Luc. XXllI, 31 J
de son Père ' , n'ont pu le soustraire aux fureurs conjurées du ciel , de la terre et des enfers , parce que dans son ineffable tendresse il a daigné se mettre à notre place , quel sera donc notre sort , à nous , indignes créatures , souillés dès le ventre de nos mères , et dont la vie n'est qu'un tissu d'iniquités ! Quelle miséricorde attendre si , après une telle leçon , nous voulons encore pécher ! Jugement impitoyable , feu dévorant , voilà l'inévitable partage de quiconque foulant aux pieds le Fils de Dieu , profanant le sang de la nouvelle alliance , aura ajouté au mépris de la loi de Dieu le mépris de son indicible bonté pour les pécheurs ^.
Mais non , une telle extravagance dépasse les bornes de la folie humaine. Que l'on publie dans tout l'univers la honne nouvelle, c'est-à-dire , que
1 Non rapinam arbitratus est esse se Ecqualem Deo. (Philip. 11,0.)
2 Volunlariè enim peccantibusnobis post acceplamnolitiam reritatis , jam non relinquilur pro peccalis hostia , terribilis autem quœdam exspectalio judicii, et ignis œmulatio... Qui Filium Dei conculcaverit , et sanguinem Tesiamenli pollufum duxerit , ©le. ( Ilebr. X , 26 , seqq. )
Dieu a tellement aimé h monde qu'il a sacrifié pour lui son Fils unique ^ et qu'il hait tellement le péché quil Va frappé sans miséricorde dans son propre Fils ^ où il n'était que par fiction^ ; et dès lors on ne verra plus dans l'univers que des incrédules ou des saints ; car comment croire cela et pécher !
Pour compléter son œuvre , le Sauveur n'a donc qu'à choisir les moyens les plus propres à répandre et à certifier la grande nouvelle. — Sorti victorieux du tombeau, il rassemble ses disciples dispersés par la crainte , leur ordonne d aller prêcher l'Evangile à toutes les nations qui sont sous le soleil , promettant d'être avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles 2. — Il les revêt d'une telle autorité , que l'incrédulité sera une folie et un crime ^. — Aux moyens d'éclairer et de convaincre les esprits , il
1 Sic enim Deus dilexit mandum, ut Filium suura unigenilumdaret. (Joan. III, 16.) — QuieliamproprioFiliosuonon pepercit. ( Rom. Vill , 32. )
2 Matlh. XXVIII, 19, 20.)
3 QuiTer6noDcrediderit,condemDabilur. f^Iarc. XVî,lG.)
joint les moyens de guérir les plaies et les faiblesses du cœur , en donnant à l'homme une nouvelle vie.
Nous examinerons ailleurs ^ l'admirable constitution du ministère évangélique, et la merveilleuse efficacité des remèdes que son fondateur lui confia pour la cure du genre humain.
Arrêtons-nous maintenant à ces données générales sur le christianisme , données communes à toutes les sociétés chrétiennes , et posons cette question :
Le christianisme est-il une invention de l'homme ou une invention de Dieu?
1 Dans le second problème.
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