CHAPITRE XL
Un mot sur l'authenticité et la réracitë des livre» mosaïques.
Le plan d'un ouvrage tel que celui-ci ne nie permet pas de développer , ni même d'indiquer les preuves sans nombre qui portent l'authenticité et la véracité de l'histoire biblique au plus haut degré imaginable de certitude , preuves consignées dans des ouwages traduits dans toutes les langues, et qui attendent toujours une réfutation. Ceux qui n'ont pas lu les chefs-d'œuvre de critique et de raisonnement des Huet , des Leland , des Abbadie , des Sherlok , des Statler , des Hooke , des Jenyns , des Lytlleton , des Erskine , des West , des Bogue, des Hou tte ville , des Bergier, des
Valsecchi , des Duvoisin , des Frayssinous , des Lamennais et d'une infinité d'autres , me liraientils mieux? et ceux qui les ont lus , quel cas feraient-ils de mes redites ? — Je me bornerai à quelques réflexions.
Un mot d'abord de l'histoire juive , mère de l'histoire évangélique.
Avant de songer à répandre des doutes sur l'existence du plus grand personnage de cette histoire (Moïse), et sur l'authenticité et la véracité des cinq premiers livres de la Bible , le gi-os bon sens dit qu'il y a deux choses à faire : 1° brûler jusqu'au dernier exemplaire tous les auteurs de l'antiquité profane qui ont parlé de Moïse comme du législateur et du premier liistorien des Juifs ' ; 2° assommer tous les Juifs.
En effet , tant que nous aurons quelques familles de cette nation pour prouver que les Juifs
1 L'historien Josèphe , dans ses livres contre Appion , el les premiers apologistes chrétiens , Justin , Clément d'Alexandrie , Origène , Eusèbe , en citent un très-gra'nd nombre. Nous avons encore dans nos bibliothèques Slrabon . Diodore de Sicile , Longin , Justin , Juvénal , Tacite , Pline , etc.
sont des hommes faits comme les autres , qu'ils ont des yeux pour voir , des oreilles pour entendre , un esprit pour juger, un cœur pour sentir; qu'ils ont comme nous un amour-propre qui s'accommode peu des humiliations et des injustes préférences ; qu'ils ont des passions ennemies de la contrainte , etc. , il sera impossible de croire qu'un imposteur ait pu les attacher aussi étroitement à une loi de tout temps insupportable ' , et qui depuis dix-huit siècles les couvre d'ignominie.
Quoi donc ! cet imposteur à qui on ne peut contester des talents supérieurs quand on lit ses ouvrages , aurait été assez gauche pour froisser l'amour-propre de ceux qu'il voulait tromper, par une foule de récits Qétrissants pour la nation en général et les familles en particulier , et il aurait appuyé sur ces récits le partage des fonctions et des terres dans sa république î II aurait été assez fou pour fonder la suprême puissance qu'il s'arrogeait sur des miracles de premier ordre, miracles qu'il prétend avoir opérés sous les yeux de tout son peuple!
1 Jugum , i.. neque patres noslri , neqiie nos porlare potuiraus. f Act. XV, 10. )
Cet imposteur aurait osé dire aux Juifs que , avec sa baguette , il avait frappé l'Egypte de dix: fléaux inouïs ; qu'illeur avait fait traverser la mor Rouge à pied sec ; qu'il les avait abreuvés avec del'eau sortie miraculeusement d'un rocher ; qu'il les avait nourris quarante ans avec la manne tombée du ciel ; qu'ils avaient vu le Sinaï s'ébranler et s'enflammer sous les pas du Seignem* , et qu'ils n'avaient pu supporter l'éclat de la voix qui en descendait ; qu'au pied de cette même montagne ils avaient eu la folie de se prosterner devant un veau d'or ; qu'ils avaient vu les envieux rivaux de son frère, Coré, Dathan et Abiron , engloutis vivants dans la terre et leurs complices dévorés par le feu du ciel ; que Dieu les avait punis de leurs fréquentes révoltes, tantôt par une mortalité subite, tantôt par la morsure de serpents de feu, tantôt par l'épée de leurs ennemis, etc.
Ce n'est pas tout : il aurait donné ces événements pour base à ses institutions religieuses, et la plupart des fêtes et cérémonies auxquelles il astreint ses sujets , auraient été une solennelle commémoration de ces énormes impostures. Enfin, il aurait conclu cette œuvre de la plus impudente
folie par ces mots : Fos yeux ont vu toutes ces grandes œuvres que le Seigneur a faites ' .
Yoilà une partie de ce que Moïse, ou tout autre jongleur , aurait osé dire , écrire et faire en présence de deux millions d'hommes ^ ; et cependant, parmi tant de familles lésées dans leurs prétentions et leur orgueil , parmi tant d'hommes au bon sens desquels on insulte avec tant de violence , personne qui élève la voix , personne qui fasse entendre ce cri alors si légitime , depuis si coupable : Nous ne voulons point d'un tel roi ^. — Tous se soumettent avec une docilité d'enfants , bénissent le nom de l'imposteur, et conservent avec une indicible vénération son ouvrage. Chaque année , durant quinze siècles , nous les voyons
1 Oculi veslri viderunt omnia opéra Doraini magna qure fecit. (Deut. XI, 7.)
2 Les six cent mille combattants dont il est parlé dans le Pentateuque , exigent au moins ce chiffre de la population générale. Au reste , à quelque époque que l'on veuille rapporter Tintroduction de la loi chez les Juifs , on sera forcé de convenir que cette loi suppose un peuple nombreux.
3 Luc. XiX, 14.
tous , hommes , femmes et enfants , accourir des divers points de la Palestine et même des régions les plus éloignées , pour célébrer les fêtes de l.i Pâque , des Tabernacles et des Trompettes , qui ne leur rappelaient que des jongleries. — Enfin , depuis dix-huit cents ans , ce peuple qui a vu passer tous les peuples et qui ne passe pas , fait à sa religion le sacrifice de tout ce que nous avons de plus cher , l'honneur et l'intérêt.
Je le demande à tout homme capable de réflexion , tant d'eiïronterie d'un côté , tant de stupidité de l'autre , ne serait-ce pas un prodige mille fois plus incroyable que tous les prodiges de l'Ancien et du Nouveau Testament! — Incrédules, qui êtes forcés d'admettre le premier, avouez du moins que si vous ne croyez pas les autres , ce n'est pas faute de crédulité.