‹ Solution de grands problèmesChapitre 52 sur 69 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Miracle par excellence du christianisme.

Nombre des témoins de la divinité de la religion.

Extravagance de l'incrédule.

Anéantir le culte immémorial des idoles , et précipiter du haut des autels au fond d'un musée les simulacres longtemps vénérés des dieux de l'Olympe , ce fut sans aucun doute une œuvre surhumaine.

Mais la merveille des merveilles du christianisme, c'est d'avoir triomphé d'une idolâtrie bien plus ancienne , bien plus universelle , bien plus profonde , de l'idolâtrie du moi»

Prouver à un homme de sens que Jupiter n'est pas, rien de plus facile, a dit quelque part Fénélon ; mais prouver à un homme qu'il n'est que néant et l'obliger à se traiter en conséquence ! c'est pourtant ce que fait le christianisme. Il veut (]ue , reconnaissant que nous ne sommes qu'ignorance dans nos pensées et corruption dans nos désirs , nous nous dépouillions de tout nousmêmes ; il veut que , renonçant à nos propres lumières par la foi et crucifiant toutes nos convoitises par la pénitence , nous marchions à la suite du Dieu anéanti K

Ici, on le voit, autant de dieux à détrôner que d'individus , autant d'idoles à renverser qu'il y a de passions dans le cœur humain.

Nous avons dit plus haut que nous sommes tous naturellement chrétiens : cela est vrai ; car il y a en nous un fonds naturel d'amour pour la

1 Si quis vult post me venire , abneget semetipsuni , et loUat crucem suera, et sequatur me. (Malth. XVI , 24. ) — Exspolianles vos velerem hominem cum aclibus suis , et induenles novum, etc. ( Coloss. IIÏ , 9 , 10. ) Qui autem sunl Chrisli, carnemsuamcracifixerunt cumviliis elconcupiscenliis. (Galat. V, 24.)

vérité et la vertu. Mais le plus souvent nos passions nous rendent infidèles , et il y a bien peu de chrétiens qui ne soient par intervalle enclins à désirer que la religion soit fausse.

Le christianisme n'est donc professé que par des ennemis , et tout chrétien est mart}T , c'està-dire , atteste la vérité de la religion à ses propres dépens. S'il uniforme sa conduite à l'Evangile , il immole ses passions à sa croyance , et ce sacrifice le cède de peu à celui de la vie. S'il viole les devoirs que lui impose la foi, il entre en guerre avec sa conscience , et perd le premier des biens , la paix avec lui-même.

Aussi le témoignage d'un seul croyant prouvet-il plus en faveur du christianisme , que l'opposition de cent incrédules ne prouve contre. Qu'il y ait des hommes qui refusent de croire , la raison en est patente , c'est qu'ils veulent se dispenser de bien faire ' : pour être incrédule , il suffît de se laisser aller; mais, pour croire, il en coûte, et les violences que le chrétien fait à son cœur ou à sa

1 Noluil iulclligcre ut bene agerel. (Ps. XXXV, 4-!

conscience , ne trouvent de motifs que dans l'irrésistible vérité de sa religion.

Oui , tous les chrétiens sont martyrs de leur religion. — Comptons-en maintenant le nombre.

Le chiffre actuel des chrétiens est d'au moins deux cent quarante millions. En le réduisant à cent quatre-vingts millions, pour chaque génération , et en donnant trente-cinq ans à chacune , nous aurons plus de neuf miUiards de chrétiens.

Et c'est en présence de ce monde de témoins , les uns ensanglantés par le fer des bourreaux , les autres resplendissants des rayons du génie , la plupart recommandables par leurs vertus ; c'est , dis-je , en présence de ce monde de témoins , que l'incrédule , toujours seul dans son opinion ^ ,

1 Les incrédules, en effet . ne s'accordent jamais que pour attaquer la Religion ; el en cela même quelle dissidence encore ! ce que l'un approuve dans le christianisme, l'autre le rejette ; ce que celui-ci admire , celui-là le conspue. « Je les trouvai tous, dit J.-J. Rousseau , fiers, affirmatifs, dogmatiques même dans leur scepticisme prétendu, n'ignorant rien . ne prouvant rien, se moquant les uns des autres; el ce point commun à tous , me parut le seul sur lequel ils ont tous raison... Si vous comptez les voix, chacun est réduit à la fienne. » — De sorte que l'incrédule dit toujours : J'en sais plus moi seul que neuf milliards de mes scmblahles !

vient nous dire: Mais vous êtes tous des nigauds: comment ne voyez -vous pas que votre religion est une bêtise I

Je le demande , y a-t-il dans le cœur humain assez de mépris et de pitié pour un tel extravagant !

Concluons : Oter à l'Evangile sa réalité historique , c'est abjurer toute raison.

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