CHAPITRE XLVI
Conlinaalion. — Œuvre des six jours. — Unitë de la race humaine. — Traditions universelles.
La cosmogonie mosaïque n'avait paru aux philosophes du XVIIP siècle qu'un conte fait à plaisir , indigne de l'attention des savants. Entre autres circonstances , la création de la lumière avant le soleil avait beaucoup amusé leurs physiciens.
Eh bien , personne de nos jours qui ne sourie de pitié aux argumentations scientifiques de Voltaire et de son école contre la Genèse ^
1 Paroles de M. le baron dcFërussac, Bulletin tiniversel des sciences , tome X. — « Les auteurs du XVIII<^ siècle
La théorie des ondulations , qui reconnaît au fluide lumineux une existence indépendante du soleil ( théorie qui devait naturellement s'offrir à la pensée des physiciens chaque fois qu'ils écrivaient à la lueur d'une bougie ou qu'ils voyaient étinceler la pierre sous le choc du briquet ) , vient d'acquérir par une foule d'expériences la valeur d'un fait démontré.
Quant au récit de l'œuvre des six jours , tous les hommes delà science conviennent qu'il n'a rien d'incompatible avec les découvertes modernes.
Les uns , croyant même observer entre la constitution géologique du globe et l'ordre des productions terrestres marqué par Moïse dans le premier chapitre de la Genèse une parfaite correspondance , contemplent avec un religieux respect cette page étonnante, et demandent qui a
« qui ont traité les livres saints des Hébreux arec on mépris
« mêlé de fureur , jugeaient l'antiquité d'une manière miséra-
« blement superficielle... Pour s'égayer avec Voltaire aux
« dépens d'Ezéchiel ou de la Genèse , il faut réunir deux
" choses qui rendent cette gaieté assez triste : la plus profonde
« ignorance et la frivolité la plus déplorable, » Benjamin (ionslant, De la Religion considérée, etc., tome IV, ch. Jl.
révélé à son auteur des vérités si profondément cachées au regard de ses contemporains'.
Les autres, contestant non sans quelque raison cette coïncidence , ne voient dans le récit génésiaque que l'histoire de la formation du monde adamique , et placent l'existence des mondes antérieurs dont les couches antédiluviennes recèlent les immenses débris, dans la période illimitée qui a pu s'écouler entre l'acte de la création et l'organisation actuelle du globe^.
L'unité de la race humaine qui, selon Voltaire ,
1 Voyez M. Deraerson , La Géologie enseignée en vingtdeux leçons , Paris, 1829, p. 408 , 471. — M. Boubée , Géologie populaire, Paris, 1833, p. 6G.
2 Celte hypothèse, qui semble maintenant prévaloir sur la théorie des jOMrs-ppj-iodc* du savant Deluc, aurait le double avantage de ne faire aucune yiolence aux paroles de l'Ecriture et de mieux s'accorder avec un certain nombre de faits géolcgiques. Elle trouverait même des fondements respectables dans les monuments de l'antiquité soit chrétienne soit profane. Voyez Wiseman , Discours sur les rapports entre la sciem-e et la Religion révélée , discours V^. — Desdouits , Soirées deMonthléry. — Jehan, I^ouveau Traité des sciences géolo* gigues, étude XII''.
— 27'î — ne pouvait être admise que par des aveugles ' , n'est plus révoquée en doute que par quelques aveugles admirateurs de cet homme dont l'ignorance égalait l'impiété. Forte du témoignage des plus grands naturalistes modernes ^ , elle trouve une nouvelle démonstration dans l'ethnographie. Ce que Moïse nous dit au XP chapitre de la Genèse , que , avant la séparation des enfants de Noé , la terre avait une seule langue et un même discours , et que cette unité de langage fut brusquement détruite par un acte de la puissance divine^ , l'étude comparée des langues le confirme. Examinées de près , toutes les langues connues viennent se grouper autour de trois langues primordiales; celles-ci à leur tour indiquent par leurs nombreux rapports et une origine communes et une séparation qui ne peut être l'œuvre lente et graduelle des siècles*. — Si l'on remonte ensuite
1 Eistoirc de Russie sous Pierre le Grand, ch.I.
2 Buffon, Cuvier , Lacepède, Blumenbach , etc.
3 Erat aulcm (erra labii uuius , et sermonum eoruiridcm. Venile igilur, dcsccndamus , el confundamuslinguara ecrun.. ( Gen. XI, 1,7. ;
4 VoYCz W'iscinan . Discours , etc. II. discours.
— 27o — la ligne qu'ont suivie , dans leur marche divergente , les différents idiomes et les peuples qui les ont parlés , on arrive précisément à cette partie de l'ancien monde où l'écrivain sacré place la souche commune des familles humaines'. — La confrontation des différentes écritures et des chiffres en usage chez les peuples anciens et modernes conduit au même résultat".
Mais en consultant les monuments historiques et httéraires des peuples , on a interrogé leurs croyances , et il s'est trouvé que leurs traditions rehgieuses vont toutes se confondre dans une tradition primitive dont elles ne sont qu'une corruption plus ou moins grande. L'unité de Dieu , la création du ciel et de la terre , l'existence de bons et de mauvais esprits , la félicité dont jouirent les premiers humains , le crime qui les en (it déchoir , leur longévité , l'attente d'un libéra-
1 Voyez Adrien Balbi , Allas ethnographique du globe . ou Classification des peuples anciens et modernes, depuis leurs langues , etc.
2 Essais sur l'origine unique et hiéroglyphique dm thiffres et des lettres de tous les peuples , etc. , p;.r M. do raravov, Paris , 1826.
— z/u — leur , la croyance à un avenir de récompenses et de peines , la prière, le sacrifice, le souvenir d'un déluge universel , etc. , se retrouvent plus ou moins chargés de détails fabuleux au fond des croyances de tous les peuples. — Le genre humain n'a , comme la nature , qu'une voix , et cette voix est chrétienne.
Nous venons de le voir , le christianisme est essentiellement vrai et pur de toute erreur. — Est-il également bon et capable de procurer à fhomme la somme de bonheur compatible avec son état d'épreuve ?