CHAPITRE XLVlï
Excellence de la morale ërangelique.
Son admirable influence sur la société et l'individu.
Que le Décalogiie clirétien n'ait pas une seule prescription qui ne tende à rendre riiomme bon et parfait, c'est chosequi n'a pas besoin de preuve, avouée qu'elle est des ennemis de nos croyances. On ferait un livre des hommages que Voltaire, Rousseau , d'Alembert, Diderot et leurs suivants ont rendus à la perfection de la morale évangclique.
Mais rendre l'homme vertueux , n'est-ce pas le rendre heureux? — Otez du cœur humain les mauvaises passions que rEvangilo condamne,
faites-y régner cette tendre charité dont Jésus - Christ nous a donné le précepte et Pexemple , charité qui obh'ge chacun à travailler au bonheur d'autrui avec autant d'ardeur qu'au sien propre , la terre deviendra un lieu de délices , et vous en aurez banni les quatre-vingt-quinze centièmes des maux qui la désolent.
Que sont en effet la plupart de nos misères , sinon l'œuvre de nos vices ? — Avec l'ambition , l'avarice, le libertinage disparaîtraient les guerres, les vols , les fraudes , les procès , le paupérisme , les haines, les vengeances, les homicides, les trois quarts des maladies , en un mot, tous les fléaux d'origine humaine. Quant aux fléaux naturels, que la conscience générale, la Religion et la raison nous font envisager comme des châtiments divins , il est clair qu'ils seraient en grande partie supprimés avec les crimes qui les provoquent.
Ceux que Dieu laisserait subsister pour éprouver la soumission de ses enfants et leur donner lieu de s'entr'aider , la charité en neutraliserait l'action. Ce qu'un sage amour du gain fait chaque jour dans l'institution des Compagnies d'Assurance^ l'amour de Dieu et du prochain ne K' ferait-il pas mieux encore? En divisant ses coups
entre un grand nombre, nous ôterions au malheur sa puissance.
Resterait donc la mort avec les infirmités physiques attachées à notre état d'expiation et d'épreuve ; mais , pour le disciple de Jésus-Christ , la mort n'est-elle pas un gain , et la croix ne faitelle pas des souffi'ances la monnaie dont se paient les couronnes et les joies du ciel ^ ?
On dira que c'est là une utopie : — oui , mais si le règne absolu de l'Evangile sur tous les cœurs ne s'est jamais vu et ne se verra probablement jamais , à qui s'en prendre? à l'Evangile, ou aux hommes ? Faut - il donc rendre le christianisme responsable de notre perversité?
Nous montrerons ailleurs que l'utopie s'est plus ou moins réalisée chez les nations chrétiennes, et que le bien-être général y a toujours été proportionné au degré d'influence que les mœurs et les lois y ont accordé à l'Evangile^.
1 Mihi enim... mori lucrum. (Philipp. 1 , 21. ) — Momentaneum et lere tribulationis noslrce supra iiiodum in sublimitate aelernum glorise pondus operalur in nobis. ( II. Cor. IV, 17 j
2 Voyez second |>robIèine.
Au reste , tout en nous excitant à consacrer notre existence à la gloire de Dieu et au bien de nos frères, le christianisme ne fait point dépendre du succès notre propre bonheur , bien différent en cela de la philosophie qui ne nous montre la félicité que dans cet avenir inarrivable où tous les hommes s'accorderont à marcher sous ses lois.
Le vrai chrétien , fùt-il seul au monde , eût-il tout le monde contre lui , serait encore heureux et pourrait dire avec l'Apôtre des Gentils : « Je suis inondé de consolation , je ne me possède pas de joie au milieu de mes peines ^ » Il trouve dans le témoignage d'une bonne conscience un festin qui dure jour et nuit ^ , une source intarissable de délices où le feu des tribulations s'éteint comme l'étincelle dans un lac.
Nos souffrances morales naissent presque toutes de l'opposition continuelle que rencontrent nos volontés capricieuses et souvent injustes :
1 Repletus sumconsolalione, superabundo gaudio in omni liibulalione nostrâ. (II. Cor. VII, 4.)
2 Sccura mens quasi juge convivium ( Prov. XV. 15.)
nous désirons ce que nous n'avons pas et ne pouvons avoir ' .
Or ces contrariétés, le chrétien les évite en ne souffrant en lui d'autre volonté que celle de Dieu, à laquelle rien ne résiste-. Convaincu que ce Père, dont tout lui garantit l'infinie bonté , fait servir même les événements les plus fâcheux au bien de ses enfants ^ , il s'abandonne avec joie à son amoureuse providence , et trouve toujours que les choses vont au mieux. — Qu'il végète dans l'obscurité et l'indigence ; qu'il soit, comme Job , à demi rongé des vers sur un fumier ; qu'on le jette chargé de fers au fond d'un cachot; ou qu'on lui fasse porter le fardeau encore plus lourd de la calomnie et de la haine publique , cette pensée : — Dieu le voit , Dieu le veut , Dieu le récompensera ; il faut bien qu'il m'aime, puisqu'il
1 Unde bella et liles in vobis? Nonne hinc? ex concupiscentiis vestris, quœ militant in membris vestris? Concupiscitis. elnonhabetis...Zelatis,etnon potestisadipisci. (Jac. IV, 2.)
2 Voluntali eBim ojus quis resislil? ( Rom. IX . 19. )
3 Scimus autem quoniam diligenlibus Deuni oninia coopcranlur in bonum. (Tlora. VÏII , 28. )