CHAPITRE LI
Rësum^. — Ce qui manque au christianisme pour être cru. Objections des incrédules.
Le christianisme satisfait donc toutes les exigences légitimes du cœur humain.
Son dogme assez lumineux pour nous conduire au séjour de l'ineffable lumière, qu'il nous montre au delà des ténèbres du tombeau, subjugue toute intelligence qui veut l'examiner dans le silence des passions , et depuis dix-huit siècles qu'il provoque les investigations humaines , il n'a encore essuyé les démentis que de l'ignorance et de la mauvaise foi.
Sa morale , ennemie seulement de nos vices , nous conduit au bonheur par le chemin de la vertu. Les bienfaits qu'il a versés sur le monde , et les joies pares qu'il fait goûter aux cœurs dociles à sa voix . suffiraient pour rendre croyable la souveraine féhcité qu'il nous promet dans un monde meilleur.
Enfin, ilembelHt notre terrestre séjour en nous le faisant envisager comme l'avenue de l'éternité ; et les divines beautés de son culte, réfléchissant ici- bas les harmonies de la céleste cité, charment puissamment les fatigues du pèlerinage.
Que lui manque-t-il donc pour captiver tous les cœurs? — Il ne lui manque que d'être connu, répondait, il y a seize siècles, le plus éloquent de ses défenseurs.
Le défi que TertuUien portait aux empereurs de Rome , de produire un idolâtre qui eût étudié à fond le christianisme sans devenir chrétien^ , nous pouvons le porter encore aux incrédules de nos jours. — Montrez-nous un seul des vôtres converti de la foi à l'incrédulité par une étude con-
1 Apologef. I.
sciencieuse de la religion ! En revanche , à partir de ridolâtre Tertullien jusqu'au philosophe Laharpe, nous vous montrerons des milliers d'incrédules que l'élude a conquis à la foi , et qui vous diront comme ce dernier : « Messieurs, examinez comme moi , et comme moi vous croirez. »
Quant aux objections dont le voltairianisme a surchargé des milliers de volumes qu'on ne ht plus que dans les bas heux , c'est Voltaire luimême qui fournit la seule réponse qu'elles méritent. « Oiez de ces nombreux volumes , disait-il , un fatras énorme d'outrages , que restera-t-il ? et (le ce qui restera ôtez encore ce qu'objectent l'ignorance et la mauvaise foi , il ne restera rien ' . »
Parmi ces objections , toutefois , il en est de trop accréditées pour que la brièveté de cet écrit nous autorise à les passer sous silem^e. Les unes attaquent le dogme du christianisme , les autres sa morale.
I. On accuse le dogme 1° de faire violence à la raison en la soumettant à la croyance de mystères
1 OEuv. toiiîe XXXn , p. 47.
racompréhensibles , d'étouffer les lumières en ne permettant pas à la pensée de franchir le cercle inflexible où l'emprisonne la foi ; — 2° de défigurer le caractère divin en faisant du Créateur un être partial et cruel qui^ après avoir donné une religion à un petit peuple caché dans les montagnes de la Palestine , damne sans pitié toutes les autres nations , et qui , depuis dix-huit cents ans , envoie au feu éternel des millions d'idolâtres coupables d'avoir ignoré la doctrine du Christ ; 3° de fomenter le fanatisme et l'intolérance en représentant ceux qui ont le malheur de ne pas croire comme autant d'ennemis de Dieu, d'esclaves de Satan, de tisons d'enfer. Et à ce propos on fait une longue énumération des guerres , des massacres , des crimes auxquels la religion auraitservi de prétexte.
II. On reproche à la morale chrétienne : 1^ de favoriser le despotisme en condamnant toute révolte , et en ne laissant voir dans les plus mauvais princes que les ministres inviolables de la justice divine; — 2^ d'ôter toute vie, tout mouvement à la société , par le profond mépris qu'un chrétien doit avoir pour tout ce qui tient aux affaires de ce bas monde , dans lequel il ne lui est permis de voir qu'une prison, un lieu d'exil.