‹ Solution du problème de la suggestion hypnotiqueChapitre 26 sur 32 · EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE DE LA SUGGESTION · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU PHÉNOMÈNE DE LA SUGGESTION

Nous devons simplifier pour être compris.

il n'y a dans l'hypnotisation, selon Braid, ni phases ni périodes ; il n'y en a pas plus 3 que 9, ni 9 que 3 ou 18. Il y a dans la chute de l'ope'ré en hypnotisme, par l'effet du retrait du fluide nerveux, des effets multiples qui varient et doivent varier d'un individu à l'autre. Oublions ces phases et ces pe'riodes qui ne sont que des effets inéluctables et transitoires, et voyons l'état dans lequel se trouve le sujet pendant le vrai sommeil neurique.

Arrivé ici, il faut nous rappeler ce qui a été dit relativement à l'Impression, à la Sensation, au Jet-Spontané, aux Rêves et à la Sensation de source exclusivement psychique ; car, c'est par les données de ces

cinq grands phénomènes psychophysiques que nous arriverons à l'explication de la cause de la] suggestion. Voilà l'opéré dans le sommeil de Braid. Si le sujet n'est pas dans un état pathologique, s'il n'est atteint ni d'hystérie ni de névrose et qu'il soit abandonné à luimême, il aura l'air d'un individu profondément endormi, ne parlera ni ne bougera, et restera ainsi jusqu'à ce que le fluide nerveux vienne reprendre son cours ou ses fonctions dans les nerfs capillaires.

Jusqu'à ce moment on n'a guère mis les humains en hypnotisme que pour les faire parler, et voir ce que l'on pourrait leur faire dire l. On les a fait parler beaucoup, surtout à la Salpêtriére; on les y a même tellement fait parler^que l'on y a créé un océan dephrases où la faculté d'observation des expérimentateurs louvoie sans boussole. Les 800 pages remplies de faits d'expériences dans le livre de M. Paul Richer ne prouvent

1 II n'y a d'exceptions à faire que pour quelques cas où des malades ont été hypnotisés dans un but de thérapeutique.

Je profite de la circonstance pour dire que je fais toutes mes réserves au sujet de l'application de l'hypnotisme à' la psychiatrie, à l'éducation des idiots et à la question judiciaire ou médico-légale. DCs maintenant j'incline a croire que le braidisme appliqué, dans des conditions qui sont encore à déterminer, peut être favorable à la gtiérisoh de certaines névroses.

rien quant aux causes de la suggestion ; au, lieu de 800 pages on pourrait en remplir 800 mille avec des faits de ce genre : mais la solution du problème en serait reculée au lieu d'en être avancée.

Voyez bien ces différences :

Le fait de l'hypnotisation ou de mise en sommeil s'adresse au système nerveux ; et la suggestion s'adresse à l'âme.

On se rappelle ou l'on peut se rappeler les rêves du sommeil naturel ; l'hypnotisé ne peut pas se rappeler les choses qu'on lui a dites ou suggérées pendant son sommeil artificiel.

Voici la clef du mystère : ce que l'on dit ou suggère à l'être humain hypnotisé ne passe pas par la filière de l'Impression puisque les nerfs capillaires de la périphérie et des sens extérieurs ne fontionnent plus, le fluide ayant cessé de circuler.

Puisque ce qui est dit ou suggéré à l'opéré ne peut pas donner lieu au phénomène de l'Impression, il ne peut pas davantage causer une Sensation.

Puisque, de plus, et en outre, ce qui est dit ou suggéré à l'hypnotisé ne donne lieu nia l'Impression ni à la Sensation, il n'est pas assimilé ; il ne donne pas lieu à la formation d'une empreinte-vivante comme ce quia été l'objet d'une Sensation ; il n'est pas envoyé dans les cellules, ni renvoyé dans les Corps striés ; il n'est pas lié aux faits analogues qui forment une catégorie et passent par un faisceau de fibres partant d'une cellule ou y aboutissant ; il ne reviendra pas dans les rêves ; il reste isolé, n'est lié à rien, ne tient à aucun des organes psychophysiques ; il devra sortir de lui-même au temps assigné, si l'époque fixée ne dépasse pas la durée maximum, encore inconnue, pendant laquelle la suggestion d'un acte à accomplir peut conserver l'énergie nécessaire à son exécution.

D'après les exemples cités dans les écrits des expérimentateurs, la durée fixée entre le moment de la suggestion et celui de l'accomplissement de l'acte, durée inconnue absolumment du sujet, se trouve toujours exacte. Si on dit à un hypnotisé : « Dans trente-sept jours ( ce sera le 23 novembre ) vous achèterez une livre de marrons glacés, et vous les porterez à trois heures après-midi à Madame X*** ; cela lui fera plaisir *, il n'aura ni sentiment ni pensée de la chose pendant l'intervalle des trente-sept jours ; mais le moment venu il ira acheter les marrons et les portera à la personne indiquée sans réfléchir que l'acte porte en soi quelque chose de ridicule. Ce fait prouve qu'il y a pour nous une inconnue qui est la notion exacte de la durée, mais que cette notion existe dans le monde psychique.

Les hommes ne peuvent mesurer la durée que par des points de repère : ces repères sont inutiles dans le monde des idées ou ultra-matériel.

La suggestion d'un acte à accomplir, criminel ou non, est une idée, une chose psychique, qui arrive directement à l'âme de l'hypnotise', sans passer par les différentes opérations psychophysiques et sans qu'elle puisse s'assimiler. De là le phénomène étrange du sujet qui a reçu Vidée, l'ordre ( c'est toujours une idée ) d'accomplir un acte criminel quatre ou huit semaines plus tard; qui pendant cet intervalle ne peut ni rêver ni penser à cet ordre reçu ; et qui, le jour venu et l'heure arrivée, va, comme poussé par une force latente mais irrésistible, exécuter l'ordre si criminel qu'en puisse être le caractère. Puis le fait accompli, c'est-à-dire Vidée sortie de l'âme, il n'en reste pas la moindre trace ; tout tombe dans un oubli absolu : l'idée suggérée et l'acte accompli. Le sujet ne peut pas plus se rappeler l'acte accompli qu'il ne pouvait rêver ou penser à l'idée suggérée pendant l'intervalle qui s'est écoulé entre le moment où l'ordre a été donné et celui où il a été exécuté. Et cela est logique : car l'âme était en état de sommeil (toutes les facultés mentales en repos) au moment où l'idée

lui a été communiquée ; il n'y a eu ni assimilation psychophysique ni assimilation phychique.

M. Paul Richer, page 755, rapporte ces paroles de M. Féré : « Ces faits montrent que l'hypnotique peut « devenir un instrument de crime d'une effroyable préce cision et d'autant plus terrible que, immédiatement « après l'accomplisement de l'acte, tout est oublié : l'im- « pulsion, le sommeil et celui qui l'a provoqué. L'hyp- « notique est donc bien dans ces cas le sujet de l'expert rimentateur, et sa responsabilité morale est nulle. »

MM. Binet et Féré ont parlé de ce fait dans leurs pages 216 à 220, sans l'expliquer ; mais ils en ont tiré une conséquence illogique relativement au libre arbitre, puisqu'ils ont établi une comparaison boiteuse entre un acte suggéré en état d'hypnotisation et un acte accompli en pleine raison par un homme éveillé. Voici d'ailleurs le passage le plus clair de ces Messieurs sur la suggestion d'une idée ou d'un ordre : « Les suggestions « à longue échéance sont possibles pour les actes comme <( pour les hallucinations. B... étant endormie, M. Ghar- « les Richet lui dit: Vous reviendrez tel jour, à telle « heure. Réveillée, elle a oublié cela, et me dit: Quand « voulez-vous que je revienne? Quand vous pourrez un « jour quelconque de la semaine prochaine. — A quelle « heure? — Quand vous voudrez. — Et régulièrement « avec une ponctualité surprenante, elle arrive au jour « et à Theure qui ont été indiqués. Un jour A... arrive a ( à l'heure qui avait été convenue pendant son som- « meil ), et sa première parole est pour me dire : — Je « ne sais pas pourquoi je viens ; il fait un temps horri-

« ble. J'avais du monde chez moi. J'ai couru pour venir « ici, et je n'ai pas le temps de rester : il faut que je « reparte dans quelques instants. C'est absurde. Je ne « comprends pas pourquoi je suis venue. Est-ce que c'est « encore un phénomène de magnétisme? »

« Le seul point qui soit particulier aux suggestions « d'ordre, c'est que, jusqu'à l'arrivée du moment fixé, « le malade n'accomplit pas l'acte ordonné, alors même « qu'on le met sur la voie et qu'on le lui rappelle. Sup- « posons qu'on ait dit à un sujet : ce Demain, à 5 heu- « res, vous lirez la page 8 de ce livre. » Après son ré- « veil, on lui montre le livre, on l'ouvre à la page indice quée ; cela ne lui suggère rien. La suggestion ne se « réalise qu'à l'heure dite, et ne peut se réaliser aupa- « vant. »

M. Paul Janet, dans son troisième article sur l'hypnotisme, publié le 9 août 1884 dans la « Revue politique et littéraire » intitule ainsi une de ses Sections : Suggestion de sensation ; et il la commence ainsi : « Dans « l'état cataleptique, et à plus forte raison dans l'état « somnambulique, la persistance de l'ouïe permet à « l'observateur d'impressionner le sujet non-seulement « par des bruits variés, mais par des paroles dont la « signification peut faire naître les hallucinations les

« plus diverses. » Il avait pris ce passage dans M. Paul Richer.

]1 y a là deux erreurs capitales. L'ouïe ne saurait persister chez l'être hypnotisé, pour les raisons données plus haut ; et il ne peut pas plus y avoir dans ce cas de « sensations suggérées » que de sensations non suggérées. La porte des impressions est fermée ; rien du dehors ne peut arriver par les nerfs dans les Couches optiques, ni de là dans le Sensorium. Les savants professeurs physiologistes et opérateurs delà Salpêtrière ou d'ailleurs, doivent pouvoir s'assurer du fait en question, c'est-à-dire de l'anesthésie de l'ouïe et de la vue aussi bien que de celle du sens du tact, par des expériences faites ad hoc. (S'ils ne les font pas je les ferai moimême). Quand ce fait sera prouvé, ils reconnaîtront la parfaite exactitude de tout ce que j'avance ici.

Je prévois certaines objections que vont me faire les partisans de la doctrine du tout matériel. Ils ne manqueront pas de dire que les idées suggérées ne peuvent entrer dans le cerveau que par l'ouïe ; si le sens de l'ouïe était paralysé, comment, ajouteront-ils, les idées arriveraient-elles à l'entendement? Nihil est ùiintellectu etc. Je répondrai à ces Messieurs qu'ils ont accepté dans l'enseignement scientifique des choses analogues,

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