‹ Solution du problème de la suggestion hypnotiqueChapitre 5 sur 32 · L. Moutin. « Le nouvel hypnotisme · texte numérisé non relu

L. Moutin. « Le nouvel hypnotisme

Jules Liégeois. « De la Suggestion hypnotique. »

Revue mensuelle de médecine et de chirurgie. Localisations.

Archives de neurologie.

Revue philosophique : tous les numéros parus à ce jour. On sait que depuis 1885 elle publie les comptes rendus des séances de la Société de psychologie physiologique.

Revue des Deux mondes : certains numéros, tel que celui du 1er Avril 1888, contiennent des articles sur la psychologie et sur l'hypnotisme.

Revue de l'hypnotisme.

Revue des sciences hypnotiques.

Louis Mond. « Cours de magnétisme. »

Revue de Médecine* (Localisations.)

« Opposition entre l'hystérie et la Sainteté ». Ce travail, qui n'est pas le moins curieux de ma collection, a été fait parle P. de Bonniot, de la compagnie de Jésus.

Il y a une foule d'autres documents qui se rattachent à la question par un autre côté, par le côté fantaisiste du spiritisme, tels que :

William Crookes : « Nouvelles expériences sur les forces psychiques. »

Eugène Nus : « Choses de l'autre monde. »

De Fonvielle : « Les Saltimbanques de la science. »

Revue spirite.

Procès criminel de la dernière sorcière.

Ernest Hœckel : « Essai de psychologie cellulaire. »

Dr Netter : « L'homme et l'animal. »

Bulletin de la société protectrice des animaux, etcœtera, et cœtera.

Le contenu de tous ces documents constitue un salmigondis extraordinaire sur les questions de Famé, du système nerveux, de la physiologie, des sensations, de la pensée, de l'idée, de l'hypnotisme, du magnétisme, du spiritisme, de la suggestion, de l'intelligence, de la mémoire, de la volonté, etc., d'où la logique et la raison ont été exclues. On n'y trouve que des à priori, des assertions plus ou moins audacieuses, des idées détachées ou isolées, et le plus souvent l'affirmation dechoses non prouvées mais appuyant un système que l'on veut soutenir mordicus. C'est ce qui fait que chaque jour on lit des cocasseries comme celles-ci :

« L'âme est mortelle et le corps immortel. » (Bïichner).

« Le raisonnement inconscient. » (Titre d'un livre dont la revue philosophique, Juillet 1885, a rendu compte.)

« Le cerveau est l'organe de l'intelligence. »

« Il y a un organe du rêve ; il y en a un de la conscience ; et Montesquieu a trouvé le siège de la raison dans la tête. »

« L'espace est représenté dans un coin du cerveau ; et il y a chez nous un sens du temps. »

« La morale est une systématisation delà vie. » L'auteur pense sans doute que les escrocs rusés et adroits du grand monde, qui passent leur vie à combiner de belles opérations, et qui mettent la police sur les dents, font de la morale systématisée.

On fait des tartines sur : a la vie psychique des microorganismes ; sur la cécité et la surdité verbales ; et de grandes théories sur l'irresponsabilité. »

On fait de longs articles sur « la psychologie comparée des plantes, des animaux et des pierres.;) Ce sontles éléments du cours de Psychologie comparée que M. le Professeur Ribot est chargé de faire au Collège de France : car ces grandes idées que j'ai appelées du nom de cocasseries, sont prises dans la Revue philosophique, à l'exception de la première dont la paternité appartient à M. Bùchner.

Les affirmations de nos écrivains matérialistes sur la pensée, l'intelligence et le cerveau sont d'autant plus étranges que presque tous affirment de nouveau que nous ne connaîtrons jamais « les fonctions céré-

braies l » , « ni la corrélation entre le cerveau et la pensée. 2 »

Un bon jeune homme a fait imprimer ceci en 1878 : « Aujourd'hui, pour l'historien formé à Fe'cole des « sciences naturelles, Jésus n'est plus, comme la plu- « part des grands hommes, qu'un problème de psychoce logie morbide.

« Quelles que soient, en effet, les idées du vulgaire « sur la raison et la folie, la science démontre que « toute faculté éminente de l'esprit, toute supériorité a éclatante dans la science, dans l'art ou dans la vertu, « résultent des influences croisées de l'hérédité et d'une « suractivité de quelque fonction de l'organisme. Le bel « et rare équilibre des fonctions physiologiques ne peut « que nous donner une longue vie. Pour que le génie « apparaisse il faut que cet équilibre soit rompu. Que « le génie soit une névrose, il n'y a plus guère de « doute à cet égard. Outre qu'il n'est pas un d'entre « nous qui n'eût des raisons de se réjouir d'être névroce pathique, comme l'ont été Jésus, Socrate, Pascal, « Newton ou Spinoza. — Aux yeux du physiologiste, « la santé et la maladie sont de vaines entités, etc. » C'est le jeune Professeur M. Jules Soury qui a écrit ce qui précède. Tout est inexact dans' ce passage. M. le savant Soury doit savoir que la raison, la folie et le génie ne sont pas définis scientifiquement ; on pourrait le défier d'en donner une définition. Conclusion :

1 Ch. Richet, l'Homme et l'Intelligence, p. 424.

2 M. Egger, Revue philosophique, janvier, 1878, p. 30,

ses phrases ronflantes sont vides de sens scientifique et philosophique.

Si nos savants ne couraient pas à la renommée comme à un steeple chase, s'ils étaient moins infatués et si, avant d'écrire, ils cherchaient à reconnaître ou à connaître exactement le terrain de leurs études, ils trouveraient mieux ce qu'ils cherchent, et ils s'exposeraient moins souvent soit aux contradictions soit aux inconséquences dont ils donnent des preuves si fréquentes. Un exemple nous fera comprendre.

Tous les écrivains dont nous nous occupons, les hypnotiseurs, les psychologues et les philosophes négateurs de l'école actuelle, basent une partie de leurs argumentations sur ce qu'ils appellent « la grande loi de l'association des idées . » Ouvrez le livre de MM. Binet,et Féré (Le Magnétisme animal) et vous lirez ceci :

Page 69 : « Toutes les espèces de suggestion consis- « tent à faire prédominer une idée dans l'esprit du su- « jet ; la suggestion du sommeil n'échappe pas à cette « règle ; c'est par l'idée du sommeil que l'on endort. « Or, qu'est-ce qu'une idée? Des expériences multiples " montrent que toute idée est une image, que toute « image est un rappel d'une sensation antérieure. »

Page 135 : « La suggestion consiste à introduire, cul- « tiver et renforcer dans l'esprit du sujet en expérience « une idée. Qu'est-ce donc qu'une idée, et quelle force « latente renferme-t-elle pour produire sur certains in- « dividus de si puissants effets? »

Page 136 : « L'idée, à proprement parler, n'est « qu'une apparence ; mais derrière elle se cache l'éner-

« gie développée par une excitation physique anté- « rieure. » — « Nous tenons à montrer comment la « suggestion doit être ramenée à l'excitation périphé- « rique dont elle dérive. Nihil est in intellectu qnod « non pr lus ficerit in sensu. »

Page 145 : « On est loin de connaître tous les effets a que peut produire Vidée qu'on introduit par sugges- « tion dans le cerveau de l'opéré ; il est même proba- « ble qu'on n'en connaît pas la millième partie. Loin de « vouloir cacher ces lacunes de la théorie de la sugges- « tion, nous croyons utile de les signaler à chaque ins- « tant. »

Pages 147-148 : « Si, avant d'entrer dans les dé- « taiis des faits psychiques on les considère dans leur « ensemble, on voit qu'il s'agit d'étudier le rôle des « idées dans les modifications de l'intelligence ; il «s'agit de voir ce que produit ce facteur *, quand il « agit isolément. D'après une opinion qui est généralece ment admise en psychologie, l'idée n'est qu'un fac- « teur secondaire ; le plus souvent, l'idée n'est qu'une « résultante, un point d'arrivée ; les phénomènes psychi- « ques se développent, en quelque sorte, de bas en « haut ; ils ne commencent pas dans les centres supé- « rieurs de l'idéation, ils s'y achèvent2. »

Certains \ lecteurs seront portés à croire que ces questions que les auteurs ont l'air de poser sincè-

* Faudra-t-il multiplier ce produit par mille? Les auteurs ne le disent pas.

2 Les auteurs ont pris cette définition de l'idée dans les Maladies de la personnalité ', de M. Th. Ribot.

rement à ceux qui les lisent, sont une preuve qu'ils désirent arriver à la connaissance de la cause de la suggestion ; ce sera une erreur ; du fait que j'affirme je vais donner des témoignages immédiats et palpables : Ils ne veulent pas reconnaître ni vérifier l'exactitude des lois psychiques publiées dans mon Traité il y a passé douze ans ; il est impossible de connaître et de comprendre la cause du phénomène de la suggestion sans l'aide et le secours des lois psychiques ; je vais à la fin de mon étude donner de nouveau ces lois psychiques que je ferai suivre de la solution du phénomème delà suggestion : les écrivains dont je parle s'y opposeront parce que la solution ne vient pas d'eux et qu'elle détruit leurs théories sur le matérialisme et sur leur psychologie exlusivement neurique.

La soi-disant loi de l'association des idées est inexacte ; nous le prouverons dans le cours de l'exposition de nos lois psychiques.

La soi-disant loi des localisations cérébrales est inexacte également ; nous en parlerons dans le chapitre sur la psychologie.

Toutes ces prétendues lois jointes au fait de l'ignorance des lois psychiques, jointes au fait plus ou moins abracadabrant « des variations de la personnalité » , ainsi qu'à celui non moins extraordinaire que les études psychologiques de nos savants se font sur des sujets en état pathologique, c'est-à-dire atteints de névropathie, toutes ces choses et ces faits sont cause que la suggestion, au lieu de marcher vers sa solution s'embrouille de plus en plus.

Tous les auteurs qui e'crivent sur le sujet qui nous occupe dans ce chapitre, s'accordent à considérer l'hypnose proprement dite comme un état morbide. Etudier la psychologie sur des êtres malades, c'est plus que de faire des expériences in anima vili, c'est étudier la santé sur le cadavre, la physiologie végétale sur le bois mort, la raison sur la folie : c'est une aberration qui frappera d'étonnement la prochaine génération. Un fait qui prouve combien nos appréciations sont exactes demande à être relevé.

Là grande uystérie de M. Paul Ilicher est précédée d'une Préface écrite par M. le Professeur Gharcot. Yoici deux passages de cette Préface : « Amené à parce 1er des faits d'hypnotisme nouvellement remis àl'étude, « faits qui confinent de si près à l'histoire de l'hystérie, « vous avez ce me semble, bien caractérisé la [méthode <( qui doit présider à ce genre de recherches destinées « à porter la lumière dans une foule de questions nonce seulement de l'ordre pathologique, mais encore « physiologique et psychologique, autrement presque c< inaccessibles. » — ce Vous auriez pu ajouter, en macc nière de corollaire, que la méthode par vous pré- « conisée a porté ses fruits, car, à l'heure qu'il est, en a présence de l'évidence des faits, le scepticisme préce tendu scientifique que quelques-uns semblent affecter ce encore vis-à-vis de ces études ne saurait être consi- « déré que comme un scepticisme purement arbi- » traire, masquant à peine le parti pris de ne rien e entendre et de ne rien voir. »

Si nous parlions en France la langue brève et sonore

de Cicéron et de Jules César, je serais fondé à dire: Tu quoque ! M. Charcot, l'illustre Professeur, dit que sa culture de la « grande hystérie » par le moyen de l'hypnotisme, chez les névropathes de sa clinique à la Salpêtrière, portera la lumière dans les questions psychologiques, autrement presque inaccessibles ; et il ajoute que ceux qui ne croiront pas à la psychologie de M. Paul Richer, devront être considérés comme des gens de partis pris qui ne veulent rien entendre ni rien voir. Amiens Charcot : sed magis arnica veritas ! L'admiration que je professe pour la science du célèbre professeur est égale à celle de n'importe quel autre citoyen ; mais j'ai le droit de dire que l'on trouve chez lui un parti pris bien plus vif que celui qu'il blâme chez les autres ; il sait que j'ai voulu introduire la Psychologie à la Physiologie ; et il est à sa connaissance que nos physiologistes ont fermé la porte à la pauvre Psychologie. J'ai découvert des lois psychiques que je démontre dans mes conférences, et que mes auditeurs comprennent et s'assimilent : nos physiologistes font autour de ces lois la conspiration du silence, M. P. Richer n'a rien découvert psychiquement : et M. Charcot voudrait que l'on crût à ce qui n'est pas découvert et qui n'existe pas. 11 va de soi que je n'entends pas parler ici de l'emploi de l'hypnotisme et de la suggestion au point de vue physiologique, neurologique et thérapeutique : je reste dans la question purement psychique niée par toute l'Ecole de la Salpêtrière. On verra bientôt qui de ces Messieurs ou de l'humble psychologue a raison et tient les lois vraies.

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