‹ Solutions de la question d'OrientChapitre 16 sur 29 · RÉPONSE DU PRINCE SIEIVSCHIKOFF A RESCHID-PACHA · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU PRINCE SIEIVSCHIKOFF A RESCHID-PACHA

0 BnyukdcTt', IS mai 1853.

» Le soussigné, ambassadeur extraordinaire de 8. M. l'empereur de toutes les Russies, a eu l'honneur de recevoir la notification de la Sublime-Porte, en date du 15 mai. Elle est loin de répondi'e aux espérances que lui avaient fait concevoir la gracieuse réception et le langage de S. M. le sultan.

» Eu réponse aux notes consécutives que le soussigné a eu l'honneur d'adresser au cabinet ottoman, et qui, appuyées par ses explications verbales données aux ministres de la Sublime-Porte, n'ont pas dû laisser de doute sur les vnes désintéressées de son auguste maître, il n'a reçu que des assurances évasives et illusoires.

» Les deux iirmans destinés à clore la discussion sur les Lieux Sahits de Jérusalem ne pouvaient pas, en présence des anciens, offrir les garanties désirées par l'empereur.

» La promesse isolée d'étendre à nos sujets les privilèges dont jouissent à Jérusalem les pèlerins et étal)lissements d'autres nations ne fait que confirmer un droit incontestable qui, pour être exercé, n'avait besoin que de la sanction souveraine.

» La Sublime-Porte, en rejetant avec suspicion les vœux

de l'empereur en faveur de la foi gréco-russe orthodoxe, a manqué de considération vis à vis d'un auguste et ancien allié.

» Elle n'a fait qu'ajouter un nouveau grief à ceux dont le soui^signé a l'ordre de demander la réparation, et elle justifie les sérieuses appréhensions du gouvernement russe pour la sûreté et le maintien des anciens droits de l'Eglise d'Orient. L'identité du culte, le lien séculier cimenté par les besoins et les intérêts réciproques des deux pays et par- leur position géograijî.ique, au lieu d'être des gages de solide amitié, deviennent ainsi, par vm déplorable égarement des pen&écs du gouvernement ottoman, la cause permanente d'une attitude insultante pour la Russie.

» S. Exe. le ministre des affaires éti-angères s'est encore fait l'organe vis a vis le soussigné de propositions que celui-ci peut d'autant moins accepter, avec les réserves y annexées, qu'elles sont simplement la reproduction de celles précédemment rejetées, et "que le projet de séparer et de classer dans leur forme, les actes qui les contiendront impliquerait évidemment l'idée de ne rendre obligatoire que celle concernant l'établissement d'un hôpital russe à Jérusalem.

» S. Exe. lleschid-Pacha donnant à entendre qu'une note en réponse devra être encore discutée en conseil, sur la base des mêmes propositions, et déclinant en même temps de préciser les teriues, le soussigné ne voit là qu'un nouveau moyen dilatoire qui ne peut en aucune manière modifier sa détermination. L'ensemble des comnmnications dé la Sublime-Forte a^ant ainsi convaincu le soussigné de la futilité de ses efforts pour atteindre une solution satisfaisante de ses réclamai ions conforme à la dignité de son auguste maître. Use trouve appelé à déclarer qu'il considère sa mission comme terminée;

» Que la cour impériale de Russie ne pourrait pas sans déroger à sa dignité et sans s'exposer à de nouvelles insultes, continuer à conserver une légation à Constantinople, et maintenir sur l'ancien pied des relations politiques avec le gouvernement turc ;

» Qu'en conséquence, et en vertu des pleins pouvoirs dont le soussigné est porteur, il quittera Constantinople, emmenant avec lui tout le personnel de la légation impériale, à l'exception du directeur de la chaftcellerie com-

merciale, qui, avec ses employés, continuera d'administrer les affaires de commerce et de navigation, et de protéger les intérêts des sujets russes et leur marine marchande;

» Qu'il regrette profondément d'être coritraint à prendre cette détermination; mais qu'après avoir fidèlement exécuté les ordres de l'empereur en soumettant à la délibération de la Sublime-Porte les propositions les plus conciliantes, les plus équitables et les plus conformes aux vrais intérêts de l'empire ottoman, et ayant acquis la pénible conviction que le caliinet de S. M. le sultan n'est pas disposé à le reconnaître et à y répondre, il s'acquitte d'un dernier devoir en repoussant toute la responsabilité des conséquences qui pourraient résulter pour le cabinet ottoman, qui parait avoir pour objet de créer une sérieuse mésintelligence entre les deux empires;

» Que le re us de garantie pour le culte gréco-russe orthodoxe doit, à l'avenir, imposer au gouvernement impérial la nécessité de clierclier cette garantie dans son propre p uvoir;

» Qu'ainsi, toute tentative contre le slatu quo de l'Eglise d'Orient et son intégrité sera regardée par l'empereur comme équivalant à une infraction à l'esprit et à la" lettre des stipulations existantes, et comme un acte d'hostilité vis à vis de la Russie, imposant à S. M. I. l'obligation d'avoir recours à des moyens que, dans sa constante sollicitude pour la sta'nlité de l'empire ottoman, et par suite de sa sincère amitié pour S. M. le sultan et de celle qu'elle portait à son auguste frère, l'empereur a toujour.-. eu à cœur d'éviter.

» Le soussigné a l'honneur, etc.

» Signé : menschikoff. »

NOTE DU PRIIVCE IUE!VSCH1K0FF A LA SUBLIME-PORTE.

Buyukdéré, 21 mai 1853.

« Au moment de quitter Constantinople, le soussigné, ambassadeur extraordinaire de S. M. l'empereur de toutes les Russies, u appris qu-" la Sublime-Forte manifestait l'intention de proclamer une garantie pour l'exercice des droits spirituels dont se trouve investi le clergé de l'Église d'Orient, ce qui de fait rendait douteux le maintien des autres privilèges dont il jouit.

» Quel que puisse être le motif de cette détermination,

le soussigné se trouve dans l'obligatioa de faire counaître à S. Exe. le ministre des affaires étrangères qu'une dédaratioii ou tel autre acte qui tendrait, tout en maintenant rintégrité des droits purement spirituels de l'Église orthodoxe d'Orient, à invalider les autres droits, privilèges et inmjunités accordés au culte orthodoxe et à son clergé depuis les temps les plus anciens, et dont ils j (missent encore actuellement, serait considérée par le cabinet impérial couîmo un acte hostile à la Russie et à sa religion. » Signé : menschikoff. »

LETTRE ADRESSÉE PAR S. E\C. LE COMTE DE IVESSELRUDE A S. A. RESCHID-PACHA, MIIVISTRE DES AFFAIRES ÉTRAM- GËRES, etc.

" SaintPetersbouvg. le 19-31 mai 1853.

« Monsieur,

» L'empereur, mon auguste maître , vient d'être informé que son ambassadeur a dû quitter Coustantinople à la suite du l'efus péremptoii-e dt; la Porte de prendre vis-à-vis de la cour impériale de Russie le moindre engagement propre à la ra'<surer sur les intentions protectrices du gouvernement ottoman à l'égard du culte et des Eglises orthodoxes en Turquie.

» C'est après un séjour infructueux /le trois mois ; après avoir épuisé de vive voix et par écrit tout ce que la vérité, la bienveillance et l'esprit de conciliation pouvaient lui dicter ; c'est enfin après avoir cherché à ménager tous les scrupules de la Porte par les modifications successives auxquelles il avait consenti , dans les termes et la forme d s garanties qu'il était cliargé de demander, que le prince Mtnschikoffadû prendre la détermination que l'empereur apprend avec peine, mais que Sa Majesté n'a pu qu'approuver p'eincmcuL

» Votre Excellence est trop éclairée pour ne pas prévoir les conséquences de l'interruption de nos relations nxvc le gouvernement de Sa Hautesse. Elle est trop dévouée aux intérêts véritables et permanents de son souverain et de son empire , pour ne pas éprouver un profond regret en prévision des événements qui peuvent éclater, et dont la responsabilité pèsera tout entière sur ceux qui les provoquent.

» Aussi, en adressant aujourd'hui cette lettre à "^'otre Excella. née, je n'ai d'autre but que de la mettre à même ,

t'îLnt qu'elle le peut encore , de rendre un très important service à son souverain. Mettez encore une fois, monsieur, sous les yeux de 8. H. la situation réelle des choses; la modération et la justice des demandes de la Russie , la très grande offense que l'on fait à remp: reur en opposant à ses intentions si constamment amicales et généreuses une méliance sans motifs et des refus sans excuses.

» La dignité de S. i\I., les intérêts de son empire, la voix de sa conscience, ne lui permettent pas d'accepter des procédés pareils en retour de tous ceux qu'elle a eus et qu'elle désire encox-e avoir pour la Turquie. Elle doit elierclier à eu obtenir la réparation et à se prémunir contre leur renouvellement il l'avenir.

» Dans quelques semaines, les troupes recevront l'ordre de passer les frontières de l'empire, non pas pour taire la guerre , qu'il répugne h S. ;M. d'entreprendre contre un souverain quelle s'est toujours plu à considérer comme un allié sincère, mais pour avoir des garanties matérielles jusqu'au niouu'Ut où, ramené à d-s sentiments plus équitpbles, le gouvernement ottoman donnera à la Russie les sûretés morales qu'elle a demandées en vain depuis deux ans par ses représentants à C'onstantinople , et en dernieilieu par son amijassadenr. Le projet de note que le prince ^lenschikolîvoiis a remis se trouve entre vos mains-, que \'otre Excellence se 1 àte, après avoir obtenu l'assentinaent de S. H. le sultan, de signer cette note sans variantes, et de la transmettre , au plus tôt , à notre ambassadeur à Odessa, où il doit se trouver encore.

» Je souhaite vivement que, dans ce moment décisif, le conseil que j'adresse à Votre Excellence avec la confiance (j[ue ses lumières et son patriot'sme m'inspirent , soit apprécié par elle comme par ses collègues du Divan, et que dans l'intérêt de la paix, que nous devons être tous également désireux d:' conserver , il soit suivi sans liésitation ni retard.

» Je pi"ie Votre Excellence, etc., etc., etc.

» Signé : !Nesselros>e. »

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