‹ Solutions de la question d'OrientChapitre 17 sur 29 · PREMIÈRE CIRCULAIRE DE M. LE COMTE DE IVESSELRODE ET PROJET DE IVOTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CIRCULAIRE DE M. LE COMTE DE IVESSELRODE ET PROJET DE IVOTE

CIRCULAIKi:. ■' Siiint-Pétersboiu-g, le 30 mai (11 juin) 185U.

» La mission de M. le prince Menschikoff en Turquie ayant déjà donné lieu aux rumeurs les plus exagérées ,

rumeurs auxquelles son départ et l'interruption de rapports qui s'en est suivie ne feront sans doute qu'ajouter encore, je crois devoir vous transmettre à ce sujet quelques renseignements généraux pour vous servir à rectifier les fausses données qui pourraient s'être répandues dans le pays où vous résidez.

» Je crois superOu de vous dire qu'il n'y a pas un mot de vrai dans la prétention que les journaux nous ont prêtée de réclamer, soit un nouvel agran;lissement de territoire , soit un règlement plus avantageux de notre frontière asiatique, sot le droit de nomination ou de révocation des patriarches de Constantinople , soit enfin tout autre protectorat religieux tendant à déplacer celui que nous exerçons traditionnellement de fait et de droit en Turquie, en vertu de nos traités antérieurs

» A'ous comiaissez assez la politique de l'empereur pour savoir que S. iM. ne veut pas la ruine et la destruction de l'empire ottoman, sauvé par elle-même à deux repiises ; qu'au contraire, elle a toujours regardé et regarde encore le slalu quo actuel comme la meilleure combinaison possible à interposer entre tous les intérêt-^ européens, qui ne manqueraient pas de se heurter de front en Orient , si le vide venait à s'y faire ; — et que, quant à la protection du cuite gréco-russe en Turquie , nous n'avons pas besoin, pour en surveiller les intérêts , d'autres droits que ceux que nous assurent nos traités, notre po.-ilion , l'influence résultant de la sympathie religieuse qui existe entre cinquante millions de Russes dvi rite grec et la grande majorité des sujets chrétiens du sultan; influence séculaire, influence inévitable , i^arce qu'elle est d;:ns L s faits et non dans les mots ; influence que l'empereur a trouvée toute faite en montant sur le trône, et à laquelle il ne saurait, par déférence pour les injustes soupçons qu'elle éveille, renoncer, sans abandonner le glorieux héritage de ses illustres prédécesseurs.

» C'est vous dire comlien ont peu de fondement tous les bruits semés au sujet de la mission du prince MenschikofT, laquelle n'a jamais eu d'autre objet que l'arrangement de l'affaire des Lieux Saints.

» Il serait , monsieur, trop long de vous retracer en détail l'historique de toutes les phases par lesquelles elle a passé depuis l'année 1850. Cette question, nous avons la conscieuce de ne l'avoir point soulevée les premiers; nous

savions trop combien elle était grosse de conséquences pour la paix de l'Orient, peut-être même pour la paix du inonde.

» Nous n'avons cessé, dés son origine, d'appeler l'attention sérieuse des g ands cabinets sur la position qu'elle nous ferait, sur les graves éventualités qui en devaient naître; et le dévelo. pement successif qu'elle a pris, en amenant la crise actuelle, n'a que trop justifié nos tristes prévisions. Il suffira, pour le moment , de vous rappeler qu'à la suite des premières concessions obtenues par la France en faveur des Latins à JéruFalt m , au détriment des privilèges séculaires accordés aux Grecs, l'empereur, voyant cliaque jour la partialité évidente de la Porte pour les Latins l'entraîner à des concessions de plus en plus graves pour les droits et intérêts du culte oriental , se trouva dons l'olligatibn d'adresser sur ce sujet une lettre amicale, mais sérieuse, au sultan.

» Les résultats de cette démarclie furent, d'atord l'appel d'une commission exclusivement composée d'ulémas turcs, qui s'occupa d'un arrangement propre à concilier les prétentions réciproques; puis, après de longs pourparlers, une lettre responsive du sultan à l'empereur, annonçant la solution définitive de la question et renfermant les promesses les plus solennelles sur le maintien des anciens droits octrovés par la Porte aux communautés grecques. Un flrman qui renfermait les détails de cet arrangement nous fut en même temps communiqué. En tête de ce firman, un liatti-cliérlff autographe du sultan reconnaissait et consacrait de la manière la plus formelle les actes" antérieurs accordés aux Grecs à différentes époques, renouvelés par le sultan Mahmoud , et conlirmés par le souverain actuel.

» Bien que cette lettre et ce firman fussent conçus dans un esprit et dans des termes qui s'écartaient quelque peu du strict slalu qno que nous nous étions toujours attachés à maintenir, cependant ces pièces ayant paru à l'empereur satisfaire jusqu'à un certain point sa juste sollicitude pour les intérêts et les immunités du culte gréco-russe à Jérusalem, un désir de conciliation porta Sa Majesté aies accei.ter. Elle en prit acte, de manière à leur donner la valeur d'une transaction solennelle et définitive.

» En présence de ces documents catégoriques , officiellement communiqués à la suite d'une longue et pénible

négociation, le g-ouvemement impérial était certes fondé à considérer comme à jamais clos un débat dont sa modération avait réussi à écarter les dangers, et qui laissait les Latins en possession de nouveaux avantagc's. \'ous savez que malheureusement il n'en a point été ainsi.

» Je serais entraîné trop loin, si je relatais ici tous les actes de faiblesse, de tergiversation et de duplicité qui ont signalé la conduite des autorités ottomanes, lorsqu'il s'est agi d'accom])lir les engagements pris à notre égard, et de procéder à Jérusalem , suivant les formes d'asage, ti la promulgation , à l'enregistrement et à l'exécution du lirman.

w Envoyé <à cet effet dans la Ville Sainte, selon Tiv-surance explicite qu'en avait reçue notre mission à Consta utinople, le commissaire turc, une fois sur les lieux, osa déclarer à notre consul, qui insistait sur la lectiu'e et l'enregistrement du firnian, qu'il n'avait point connaissance de cet acte, et quil n'en était fait aucune mention dans ses instructions. Bien que plus tard, sur nos réclamatioas, le flrman ait fini par être lu et enregistré à Jérusalem , il ne l'a été qu'avec des restrictions blessantes pour le culte oi'iental. Mais pour ce qui est de l'acte même, si l'on en excepte l'iiccomplissement de ces simples formalités, les dispositions particulières en ont été ouvertement transgressées.

» L'infraction la plus flagrante a été la remise aux mains du patriarche latin de la clé de la porte principale de l'église de Bethléem. Cette remise était contraire aux termes précis du tiruian. Elle lieurtait profondément le clergé et toute la population du rite gréco-russe, parce qxie, suivant les idées acci'éditées en Palestine , la possession de la clé semble impl'quer à elle seule celle du temple tout entier. Le gouvernement turc constatait ainsi aux yeux de tous, contre son propre intérêt même, la .suprématie qu'il accorde à un autre rite que celui auquel est soumise la majorité de ses sujets.

» Un pareil oubli des promesses les plus positives con- .signées dans la lettre du sultan à l'empereur ; un manque de foi aussi patent, aggravé encore par les procédés et le langage dérisoire des cons illcrsdeS. H., étaient certes fie nature à autoriser notre auguste maître, blessé dans .sa dignité, dans sa confiance amicale, dans son culte et dans les sentiments religieux qui lui sont connnuns avec ses peu-

pies, à demander sur-le-champ une satisfaction éclatante.

» S. M. l'aurait pu faire , si , comme l'en accuse sans cesse une opinion faussée dans ses sources, elle ne cherchait que des prétextes pour renverser l'empire ottoman. Mais elle ne l'a point voulu. Elle a préféré obtenir cette satisfaction par les voies d'une négociât on pacifique. Elle s'est efforcée encore une fois d'éclairer le souverain de la Turquie sur ses torts envers nous, comme envers .ses propres intérêts, d'en appeler à sa sagesse des fautes de son ministère ; et c'est dans ce but qu'elle a Ciivové le prince Menschikoff à Constantinoplc

» Sa mission avait deux objets, toujours relutils à l'aflïiire des Lieux Saints :

» 1° Négocier, à la place du firman que l'on avait mis à néant, un nouvel arrangement qui, ^aus enlever aux Latins ce qu'ils venaient d'obtenir eu dernier lieu (car nous voulions éviter de placer, en exigeant ce reirait, la Porte- Ottomane vis-à-vis de la France précisément dans la fausse position où elle était placée vis-à-vis de nous), expliquât eu moins ces concessions de manière à leur ôter l'apparence d'une victoire remportée sur le culte gréco-ru.sse, et rétablît, moyennant quelques compensations légitimes, l'équilibre rompu aux dépens de ce dernier.

» 2° Corroborer cet arrangement par un acte authentique, qui pût nous servir à la fois de réparation pour le passé, de garantie pour l'avenir.

» Cette première partie de la mission de notre ambassadeiu" extraordinaire, fort difficile et fort épineuse en ellemême, tn ce qu'il s'agissait de mettre d'accord les droits et les intérêts réciproques mais contradictoires de la Russie et de la France, nous cro3 ons y avoir apporté un extrême esprit de conciliation , dispositicns auxquelles, nous aimons à le dire, le gouvernement français a répondu de son côté. Après de longues discussions, elle venait enfin déporter fruit, et le résultat en a été la rédaction de deux nouveaux firmans, obtenus sans opposition de la part de l'ambassadeur de France.

» Mais, connue je l'ai dit plus haut, la question à négocier présentait encore une autre face. Obtt nir un arrangement n'était pas tout. Sans un acte qui le validât, qui nous offrit la gai-antie que les nouveaux firmans seraient à l'avenir exécutés et religieusement observés dans lem* principe et leurs conséquences, il est évident que ces docu-

mentp, après la flagrante violation de celui qui les avait précédés, ne [ ouvaient avoir à nos yeux plus de valeur réelle que celui-ci. Cette garantie, l'empereur y attachait d'autant plus d'importance, qu'elle constituait au fond la seule et unique réparation qu'il demandât après l'outrage fait à sa dignité par le manque de foi de la Porte-Ottomane, après sutout les circonstances qui l'avaient rendu encore plus patent.

» Le pr nce Menscliikoff fut chargé de cherchera l'obtenir, moyennant une convention qu'il signerait avec le gouvernement turc. De Irailé proprement dit, il n'en a jamais été question.

» On s'est récrié hautement contre la forme de cette convention, comme portant atteinte aux droits de souveraineté du sultan , comme nous conférant de fait, au nom de la religion, un droit d'ingérence perpétuelle dans les affaires intérieures de la Turquie. Nous croyons qu'on se crée là un fantôme, qu'on se préoccupe de craintes dont le fonde'.nent est plus spécieux que réel.

» En principe, une convention ou même un traité pareil n'auraient rien d'insolite; et nous ne comprenons pas en quoi ;ls serai nt plus attentatoires aux droits d'autonomie souveraine du sultan que les capitulations ou autres actes que possèdent déjà eu Turcjuie la France et l'Autriche. Car, en principe seulement, c'tst-à-dire tn ce qui concerne l'indépendance du sultan, il importe peu qu'un acte s'applique à tel ou ttl nombri' plus ou moins considérable de ses sujets en fiweur desquels s'exercerait un droit de protection étrangère.

» La garantie par traité assurée dans un autre État aux intérêts d'une commmiion étrangère a été usuelle de tout temps. A l'époque de la Réforme, des États, même de grands Etats catholiques , ont conclu avec d'autres des traies, ou convent.ons, par lesquels ils garantissaient caez eux à la communion prolestante certains privilèges, franchises et immunités; en sorte que, même aujourd'hui, la position civile de cette communion y repose encore sur ces bases, sans que pour cela les Etats qui ont donné pareille garantie se soient crus lésés dans ler.rs droits souverains ou dans leur indépendance politique. A plus forte raison, en principe, de tels actes peuvent-ils être conclus avec un Etat musulman, dont les sujels chrétiens ont souffert et souffrent encore tant de fois , non-seulement dans

leurs immunités, mais dans leurs propriétés et dans leur existence.

» Quant au fait, en ce qui nous concerne, la chose existe déjà, et la forme d'une convention que nous avons proposée n'offrirait rien de nouveau en matière de protection relig-ieuse. Le traité de Kaïnardji, par lequel la Porte s'engage à protéger constamment dans ses Etats la religion chrétienne et ses églises , implique pour nous suffisamment un droit de surveillance et de remontrance. Ce droit se trouve éabli derechef , et plus clairement encore spécifié, dans le traité d'Andrinople , qui a confirmé toutes nos transactions antérieures. Celle de Kaïnardji date de l'année 1174.

» Voilà donc, de fait, prés de quatre-vingts ans que nous possédons par écrit le droit même que l'on nous conteste, et dont on regarde la mention qui en serait faite aujourd'hui comme devant apporter wïïq r 'volulion toute nouvelle dan^ nos rapports avec la Porte Ottomane, en nous conférant la souvera.neté effective de rnnmtnse majorité de ses sujets.

') Certes , durant ce laps d > temps, si nous avions été disposés à en abuser, comme d'incurables défiances le supposent, les occasions ne nous auraient pas manqué, dans les derniers temps surtout, où l'Europe, livrée à l'anarcliie, où les gouvernements impuissants contre la discorde intérieure, étaient absorbés ou distraits par les révolutions de l'Occident et laissaient en Orient libre carrière aux vues ambitieuses qu'on nous prête.

» Si nous avions les intentions qu'on se plaît à nous supposer, aurions-nous attendu, pour les mettre à exécution, que la paix fût rétablie en Europe? Aurions-nous disposé nos forces de manière à en offr.r à nos voisins le secours moral ou matériel? Aurions-nous travaillé avec zèle, comme nous l'avons fait, à réconcilier nos alli 's , à écarter tout ce qui pouvait nuire à l'union intime des puissances ? Au contraire, nous aurions cherché à perpétuer leur désaccord.

» Nous aurions laissé les gouvernements européens se débattre entre eux ou avec leurs peuples en révolte, et, profitant de leurs embarras , nous aurions volé sar.s obstacle au but de ce qu on persiste à nommer notre politique envahissante. Aujourd'hui que l'ordre social s'est heureusement raffermi partout, et que les États, rassis

sur leurs bases, peuvent disposer plus librement de leur action comme de leurs forces, le moment serait étrang-ement choisi pour suivre une pareille politique.

» Encore une fois, en principe et en fait, une convention avec la Porte dans l'intérêt de nos coreligionnaires n'a rien de nouveau. Elle ne nous offrirait nul avantage que nous ne possédions depuis longtemps, et dont nous n'eussions pu faire abus si nos intentions étaient telles qu'on le suppose. Si nous sommes forts, nous u'en avons pas besoin. Si nous sommes faibles, un pareil acte ne nous rendrait pas plus à craindre.

» Cela est si vrai, que nous n'aurions jamais songé à en faire la proposition à propos de la question spéciale des Lieux Saints, si la Porte ne nous avait obligés, par l'oubli (le ses promesses antérieures, à tâcher de la lier plus étroitement au maintien du atatii quo des sanctuaires de la Palestine; si, quand nous avons réclamé contre les concessions fiai; es à notre déti'iment, elle ne nous avait donné pour excuse qu'en ce qui concerne les Lieux Saints la France avait un traité, et que la Russie n'en avait pas.

» Au reste , monsieur, nous n'avons jamais fait d'une convention proprement dite la condition sine qun non de notre accommodemeuî avec la Porte. Tout en remettant sous cette forme au prince Menschilcoff, lors de son envoi à Constant iuople, la minute des stipulations qu'il aurait à négocier, il lui avait été laissé pleine et entière latitude non-seulement de les modifier dans leurs termes, mais aussi de les obtenir sous telle autre fonne quelconque à laquelle répugneraient moins les susceptibilités de la Porte ou de la diplomatie étrangère.

" C'est d'après cette autorisation que notre négociateur, arrivé sur les lieux et ayant pu se convaincre des obstacles que rencontrait notre projet de convention, s'est borné à (lenumder, sous le nom de acned , un acte ])lus en rapport avec les usages orientaux et moins conforme aux idées solennelles qu'implique d'ordinaire le mot de convention dans le droit public européen.

» Deux clauses étendues de ce premier projet de scned par lesquelles uous demandions, non pas , comme on l'a prétendu, le droit d ■ contiruier l'élection du patriarche de Constantinople, mais simplement le maintien des immunités ecclésiastiques et des avantages temporels accordés ab (inUquo par la Porte aux quatre patriarches deConstan-

tinople, d'Antioclie, d'Alexandrie et de Jérusalem , ainsi qu'aux métropolitains, évêques et autres chefs spirituels de l'Eglise orientale, ayant soulevé de trop graves objections, le prince IMenscliikoff n'a point refusé de supprimer entièrement ces deux clauses. Il en est résulté un second projet de sened, sur l'acceptation duquel il a longtemps insisté.

» Enlin, au dernier moment, la Porte persistant à rejeter tout« espèce d'engagement qui porterait une forme bilatérale et synallagmatique quelconque, notre auibassadeur, dans l'esprit de ses instructions, avait été jusqu'à déclai*er que si la Porte voulait accepter et signer immédiatement \me note telle que celle dont vous trouverez ci-joint le projet lui-même, il consentirait lui-même à se contenter d'un pareil docmnent et à le considérer comme réparation et garantie suffisante.

» Voilà donc quel était, au moment où le prince Menscliikoff a quitté Constantinople , le véritable ultimatum posé par le cabinet impérial; et c'est sur le relard qu'a mis la Porte à accepter la pièce en question que notre négociatexir a enfin levé l'ancre pour Odessa et interrompu nos rapports diplomatiques avec le gouvernement ottoman.

)) Ce qu'il a cédé successivement sur la forme et le fond de nos propositions mêmes , il a cédé également sur le terme originairement fixé pour leur admission. Il lui avait été prescrit, après une longue et stérile attente, de deuiander à la Porte une réponse définitive dans le terme de trois jours; et, quoique cette réponse consé-iuemment eût dû lui être donnée dés le 8 mai n. st., ce n'est pourtant que le 21 qu'il a quitté Constantinople.

» Apres trois mois consécutifs de laborieuse négociation, ayant ainsi épuisé jusqu'aux dernières concessions possibles, l'empereur se voit désormais forcé d'insister péremptoirement sur l'acceptation pure et simple du projet de note. Toujours mû néanmoins par les considérations de patience et de longanimité qui l'ont guidé j;squ'ici , il laisse à la Porte un nouveau sursis de huit jours pour se décider; après quoi, quelque effort qu'il en coûte à ses dispositions conciliantes, il se verra bien foi'cé l'aviser aux moyens de se procurer, par une attitude plus prononcée, la satisfa'tion qu'il a vainement essayé d'obtenir jusqu'ici par des voies pacifiques.

» Ce n'est pas sans un vif et profond regret qu'il adop-

— notera cette attitude. Mais, à force d'aveuglement et d'obstination, ou aura voulu le pousser dans une situation où la Russ^ie, acculée, pour ainsi dire, à l'extrême limite de la modération, ne pourrait plus céder d'mi pas qu'au prix de sa considération politique.

» Veuillez , monsieur , communiquer ces faits au gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, en portant à sa connaissance la pièce importante qui sert d'annexé à cette dépêche. Nous le prions d'y vouer sa plus sérieuse attention ; car c'est elle qui forme in ce moment le nœud gordien de la question ; le nœud que nous ne demandons encore qu'à délier pacifiqiement , mais qu'on semble avoir pris à tâcli? de vouloir nous forcer à roaipre.

» En soumettant notre uUimolum au jugement impartial des cabinets, nous leur laissons à décider si, après les torts si graves dont la Porte s'est rendue coupable envers nou5, après qu'elle nous a donné tant de causes de ressentiment légitime, il était possible de se contenter d'une moindre satisfaction. L'examen consciencieux de notre projet de note prouvera que, dépouillé de toute forme de traité ou même de contrat synallagmatique, il n'a r.en qui soit contraire aux droits de souveraineté du sultan , rien qui implique de notre part les prétentions exagért'es que nous prête une défiance aussi injurieuse pour nous qu'elle est peu justifiée par nos actos antérieurs.

» Cet examen suffira, nous l'espérons , pour faire évanouir les faux bruits répandus sur nos exigences hautaines, et pour montrer que, si le rejet d'cs derniers moyens d'accommodement que nous proposons, pour résoudre les difficultés qui nous ont été suscitées dans l'affaire des Lieux Saints, amène des complications compromettantes pour la paix, ce n\st pas sur nous que la responsabilité en devra peser aux yeux du monde.

» Recevez, etc.

» Signé : nesselrode. »

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