TROISIÈME DÉPÊCHE CIRCULAIRE DE M. DE NESSELRODE
" Saint-Pétersbourg, le 19 octobre 1S53.
)) Monsieur le » Les efforts que nous ne.cessons de faire depuis huitmois
pour arriver à rarrangement à l'amiable de nos différends avec la rorte-Ottomane sont iiiallieureusement restés infructueux jusqu'ici. Il y a plus : la situation semble tendre à s'aggraver tous les jours d'avantage. Tandis que l'empereur offrait, durant scn entrevue à Olnaitz avec son intime ami et allié Vempcrcur François-Joseph, de nouvelles facilités au cabinet autrichien pour éclaircir le malentendu qui s'est attaché aux motifs exposés par nous pour rejeter les modifications que la Porte avait voulu introduire dans la note concertée à Vienne, la Por e, cédant, malgré les conseil- des représentants européens à Constantino) le, à l'impulsion des idées belliqueuses et du fanatisme musulman, vient, comme vous l'aurez déjà appris, de nous déclarer formellement la guerre. Cette mesure précipitée n'a pourtant rien cliangé pour le moment aux dispositions pacifiques de l'empereur. Nous n'abandoiv nons point encore pour cela les résolutions énoncées dès l'origine dans notre circulaire du 20 juin f2 juillets
» A cette époque, S. M. a déclaré qu'en occupant temporairement les Principautés, comme gage matériel destiné à lui assurer la satisfaction qu'elle réclame, elle ne voulait pas pousser plus loin les mesures de coercition et éviterait une guerre oflensive aussi longtemps que le lui permettraieiit sa dignité et ses intérêts.
» Al'lieure qu'il est, et en dépit de la nouvelle provocation qui vient de lui être adressée, les intentions de mon auguste maître restent les mêmes. iXantis du gaga matériel que nous donne l'occupation des deux provinces moldo-valaques, bien que toujours prêts, suivant nos promesses, à les évacuer du moment que réparation nous aura été faite, nous nous contenterons provisoirement d'y maintenir nos positions, en restant sur la défense aussi longtemps que nous n'aurons point ct^ forcés de sortir du cercle dans Icquc nous désirons enfermer notre action. iNous atttndi'ons l'attaque des Turcs sans prendre l'initiative des hostilités. // dépendra donc enlirremenl des autres puissances de ne point élargir :es limites de la guerre, si les Turcs s'obstinent à vouloir nous la faire absolument, et de ne point lui imprimer un caractère uutie que celui que nous entendons lui laisser.
» Cette situation tout expectante ne met point obstacle à la poursuite des négociations. Comme de raison, après la déclaration de guerre qu'on vient de lui faire, ce n'est
point à la Russie à cherclier de nouveaux expédients, à prendre Finit iative des ouvertures de conciliation. Mais si, mieux éclairée sur ses intérêts, la Porte est plus tard disposée à mettre en avant ou à accueillir de pareilles ouvertures, ce n'est point de l'empereur que viendront les obstacles à ce qu'elles soient prises en considération.
» Voilà, monsieur, pour le moment, tout ce qu'il est permis de vous dire, dans l'incertitude où nous sommes de savoir si la Porte-Otto)nane donnera uu' suite inunédiate aux projets belliqueux qu'elle vient d'adopter. Faites part de nos intentions éventuelles au cabinet auprès duquel vous vous trouvez accrédité. Elles attesteront, une fois de plus, le désir de notre auguste maître, de circonscrire, autant que possible, le cercle des liostilités si elles doivent avoir lieu malgré lui, et d'en épargner les conséquences au reste de l'Europe.
n Recevez, etc.
» >E.SSF.LRODE. ))