SUBLIME-PORTE
Ministère des affaires étrangères.
« Monsieur,
» Je me suis empressé de mettre sous les yeux de S. M. le sultan, mon auguste maître, la dépêche que Votre Excellence in'a fait l'honneur de m'adresser le 19 mai dernier.
))S. M. le sultan a toujours montré en toute occasion les plus grands égards pour S. M. l'empereur de Russie, qu'il considère comme son allié sincère et comme un voisin bien intentionné; la Sublime-Porte, ne mettant nullement en" doute les intentions généreuses de l'empereur, a ressenti un profond chagrin de l'interruption des relations survenue malheureusement parce qu'on n'a pas liien compris peut-être l'impossibilité réelle où elle se trouvait, à propos de la ciuestion soulevée pai- M. le prince Menschikoft', de consigner dans un engagement diplomatique les privilèges religieux accordés au rite grec. Toutefois, elle éprouve la consolation de voir que, pour sa part, elle n'a nullement contribué ii amener un semlilable état de choses.
1) En effet, le gouvernement ottoman a montré dés le principe les meilleures dispositions et offert toutes les facilités relativement à toutes les questions que M. le prince Menschikoff était chargé de régler d'après les ordres de l'empereur, et même, dans une (question aussi délicate que celle des privilèges religieux ch'. l'Eglise grecque ; «'inspirant encore de ses sentiments pacitiques, et ne refusant pas les assurances qui pouvaient fViire disparaître et réduire à néant tous les doutes qui auraient pu s'élever à cet égard, la Porte espérait surtout de la sagesse recomme du ]n'ince Menschikoff que cet ambassadeur se montrerait satisfait du projet de note qui lui avait été transmis en dernier lieu, et qui contenait tout; s les assurances demandées; qiioi qu'il en soit, un fait regrettable s'est produit.
» Il est vrai que S. A. le prince Menschikoff' a, la seconde fois, abrégé la minute du srved qu'il avait donné li'aljord, et, en donnant à la un un pr.jet de note, il a fait
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quelques changements, soit dans les termes, soit dans la rédaction et le titre de la pièce. Mais le sens d'un engagement s'y trouva t toujours, et comme cet engagement diplomatique ne peut s'accorder ni avec l'indépendance du gouvernement ottoman, ni avec les droits de son autorité souveraine, on ne pouvait donner aux motifs d'impossibilité réelle présentés sur ce point par la Porte le nom de refus, et faire de cela une question d'honneur pour S. M. l'emperem- de Russie.
» De plus, si on se plaint de cette impossibilité en l'attribuant à un .sentiment de défiance, la Russie, en ne tenant aucun compte de toutes les assurances offertes de la manière la plus solennelle par la Sublime-Porte, et eu déclarant qu'il était indispensable de les consigner dans un acte a.yant force d'engagement, ne donne-t-elle pas plutôt une preuve patente de sou manque de confiance envers le gouvernement ottoman, et celui-ci n'a-t-il pas, a son tour, le droit de s'en plaindre ?
" Toutefois, il s'en remet, pour répondre sur ces deux poirits, à la haute justice si connue de l'empereur de Ru.ssie, ainsi qu'à la haute raison et aux sentiments émineiument pacifiques de ^"otre Excellence, que cliacun, d'ailleurs, a pu reconnaître et apprécier.
» S. ]SI. le sultan, par un flrman impérial revêtu de sou auguste hadi-chéritt, vient de confirmer de nouveau les privilèges, droits et iunnunités dont les religieux et les églises du rite grec jouissent nb andquo.
» La Sublime-Porte n'hésitera jamais à maintenir et à donner les assurances contenues et promises dans le projet de note remis au prince Meuschikoff peu avant son départ. La dc'pèche reçue de la part de "S'otre Excellence parle de faire passer les frontières aux troupes russes. Cette déclaration est incompatible avec les assurances de paix et de bon vouloir de S. M. l'empereur. Elle est, en vérité, si contraire à ce que l'on est en droit d'attendre de la part d'une puissance amie, que la Porte ne saurait conuueut l'accepter. Les préparatifs militaires et les travaux de défense ordonnés par la Porte, ainsi qu'elle l'a déclaré officiellement aux puissances, ne sont donc nécessités que par les armements considérables de la Russie.
» Ils ne constituent qu'une mesure purouent défensive. Le gouvernement du sultan, n'ayant aucune intention hostile contre la Russie, exprime le désir que les ancien-
nés relations, que S. M. regarde d'ailleurs comme si précieuses, et dont les nombreux avantages sont manifestes pour les deux parties , soient rétablies dans leur état primitif.
» J'evpère que la cour de Russe appréciera avec un sentiment de confiante considération les intentions sincères et loyales de la Sublime-Porte, et tiendra compte de l'impossibilité réelle où elle se trouve de déférer aux désirs qui lui ont été exprimés. Que cette impossibilité soit appréciée comme elle le mérite de l'être, et la Sublime-Porte, je puis l'assurer à \otre Excellence, n'hésitera pas à charger un ambassadeur extraordinaire de se rendre à Pét( rsbourg pour y renouer les négociations, et chercher, de concert avec le gouvernement de S. M. l'empereur de Russie, un accommodement qui , tout en étant agréable à S. M., serait tel que la Porte pourrait l'accepta sans porter aucune atteinte, soit aux bases de son indépendance, soit à l'autorité souveraine de S. M. le sultan.
» Votre Excellence peut tenir pour certain que, pour ma part, j'appelle ce résultat de tous mes vœux. J'aime à croire que, de son côté, il en est de même.
» Je prie Votre Excellence, etc.
» Signé : reschid. »
RÉPONSE DE LA SUBLIME- PORTE OTTOMANE AU PRIIVGE MENSCHIKOFF, EN DATE DU 7 SCHOBAR 12Ci> (15 MAI
« La Sublime-Porte a pris connaissance de la dernière note de S. A. le pr'nce Menscliikotï. Ainsi que S. A. le prince Menscliikoff en a été déjà informé, tant en personne que par intermédiaire, il est impossible, par suitedes changements dans le n\inistére, de donner inie réponse explicite sur une question au? si délicate que celle des privilèges religieux avant de les examiner avec soin.
» Mais comme le maintien des relations amicales avec l'auguste cour de Russie est l'objet de la plus vive sollicitude de S. M. le sultan, il s'ensuit que la Sublime-Porte désire sincèrement trouver un nlo.^■en de garantie de nature à satisfaire les deux parties.
» En informant S. A. le prince Menschikoiï qu'un délai de cinq jours suffira et que l'on s'efforcera d'arriver, s'il
est possibl"^, à un? prompte Eolution dans la question, j'ai l'honneur d'être, etc. » Signé : resghid-pacha. »
IVOTE OFFICIELLE ADRESSÉE PAR LA SUBLIME-PORTE OT- TOMANE AUX REPRÉSE!\TAIVTS D'AIVGLETERRE , DE FRANCE, D'AUTRICHE ET DE PRUSSE, EIV DATE DU 12 SA-