FER 1269 (26 MAI
« Bien que la question des Lieux Saint?, qui formait un des objets de la mission de S. A. le prince MenschikofF, amlassadeur extraordinaire de Russie, ait été ré^olue à la satisfaction de toutes les parties, le prince a mis en avant relativement au culte e' au clergé grecs des prétentions qui sont d'une tout autre nature.
» Il tst de l'honneur delà Sublime-Porte de préserver, dans le présent et dans l'avenir, de toute atteinte les immunités religieuses ainsi que les droits et privilèges accordés sous les règnes précédents et confirmés par S. M. le sultan régnant, au clergé, auxégliseset auxmonas'.ères des sujets o tomans qui professent la religion grecque, et de même que l'on n'a jamais songé à v apporter la moindre restriction, l'on n'a jamais, non plus, mis en doute les intentions amicales et loyales de S. M. l'eii pereur de Russie envers la Sublime-Porte. Mais stipuP r avec un gouvernement étranger par imscncd ^acte obligatoire), sous forme de convention ou par une note ou déclaration ayant la même force et valeur, les droits, privilèges tt immu nités (quand même ce ne serait que pour la religion, le culte et 1 église), en faveur d'une communauté nombreuse sujette du gouvernement, cela toucle aux droits d'indépendance et aux bases gouvernementales de la puissance qui s'engage, et cela n'est nullement à comiarer à quelques concessions faites par d";inciens traités.
» Cependant les fai's ont été exposés au prince Menschikoff avec toute franchise et loyauté, et, en outre, on s'est montré parfaitement disposé à donner les assurances propres à dissiper les craintes conçues à l'égard des immunités de toutes sortes du culte que professe personnellement S. M. l'e npereur de toutes h s Russies. Mais malheureusement cela n'a pas mené à une entente entre les deux parties, et la Sublime-Porte regrette vivement que le prince ait poussé les choses jusqu'à rompre les rapports officiels et quitter son poste,
— irî4 —
» La Sublime-Porte ne nourrit aucune intention hostile envers l'auguste cour de Russie; son vœu le plus ardent, au contraire, est de resserrer encore plus que i)ar le passé les liens d'amité qui lui sont c ers et précieux, par la reprise des rapports offîciels. Elle espère donc que S. M l'empereur, vu son caractère d'équité bien connu, ne voudra pas ouvrir, sans motif, la voie des hostilités, et que les principes constants deS. M. impériale, dont l'miivers enfier est témoin, ne lui permettront pas des démarches en opposition avec les assurances positives qu'elle a données aux aug-ustes cours d(> l'iîurope.
»Mais comme il est de fait que le prince a rompu ses rapports et quitté son poste ; comme, dans cet intervalle, la Sublime-Porte n'a nullement été assurée que la guerre n'aurait pas lieu, tandis que l'on voit les grands préparatifs militaires, de terre et de mer, faits par la Russie dans les endroits rapprochés de l'empire ottoman, la Sublimé- Porte, tout en n'ayant aucune intention hostile, se voit obligée, cepeniant, par prudence et par précaiition, d'aviser aussi à quelques préparatifs, et il n été résolu qu'à partir de ce jour des dispositions militaires et de défense seront prises, et le gouvernement ottoman espère que les hautes cours, signataires du traité de 1841, lui donneront raison à cet égard.
» En m'acquittant par ordre souverain de cette connnunicntion, je saisis, etc.
)) Signé : motst ifa itESCHfi). »
Comimniiralion.,
" 4 juin 185a.
» Connue les deux parties n'ont jjas pu s'accorder sur toutes les questions que S. A. le prince Menschikotf, arrivé dernièrement h Constantinople avec le caractère d'ambassadeur extraordinaire de l'illustre cour de Rufsie, a, conformément .à la mission dont il était chargé, mises en avant, S. A. a rompu les relations diplomatiques avec la Sub'ime-Porte, mis tin à son ambassade, et elle a quitté Constantinople.
n Bien que ces faits survenus dans un temps où la Sublime-Porte met tous ses soins à conserver et à maintenir ses relations amicales avec la cour de Russie, n'aient pu que faire de la peine au gouvernement de S. M. le sultan,
ou espère toutefois qu'une juste -appréciation de ses intentions loyales et pacifiques de la cour de Russie et une manifestation de la part de celle-ci d"intentions analogues et pacifiques rétabliront dans peu les bonnes relations des deux puissances sur le même pied qu'auparavant; et la pensée d'ailleurs que la Russie n'entreprendra pas une guerre pour laquelle il n'y a pas de n otif fondé, fait espérer que la paix ne sera pas troublée.
» Quoi quil en soit, connue la ruptui'e des relations officielles et le départ du prince sont des faits qui, lors du départ de cet ambassadeur, sont restés sans des assurances qu'il n'y aurait pas de guerre, et comme la Russie se trouve avoir foit de grands préparatifs de guerre par terre et par mer, la Sui lime-Porte, tout en déclarant officiellement aux hautes puissances qu'elle n'entretient pas la moindre intenti(jn hostile, s'est trouvée dans la pénible nécessité d'ai'opter, par pure précaution et uniquement pour se mettre en défense, quelques mesures consistant en mouvements de troupes et en i'ortifications ; en conséquence de quoi elle a entrepris de mettre dans un bon état de défense, par l'emploi de troupes et par d'autres moyens, les forteresses impériales qui sont au-delà de« Balkans et sur les bords du Danube, ainsi que d'autres endroits essentiels et le détroit de la mer Noire. L'envoi à ce détroit des vaisseaux de guerre qui étaient amarrés devant Récliiktasch fait partie des mesures de précaution dont il sagit.
» Connue les employés de la chancellerie commerciale russe à Constantinople et les consuls de Russie restent à leurs postes, et que les opérations mercantiles des négo ciants et des sujets russes continuent à se faire comme par le passé, la Sublime-Porte, pour donner une nouvelle preuve de ses égards envers la cour de Russie, a envoyé des ordres partout où il le fallait, à l'effet de faire donne aux négociants et aux sujets de cette nation plus de facilités encore, et de traiter tous les employés russes avec les égards convenables, ce à quoi le gouvernement de S. M. I. le sultan tient beaucoup. »
PROTEST ATIOi\ DE LA SUBLIME -PORTE COIVTRE L'INVA- SIOÎV DES PRL^CIPAUTÉS.
« La Sublime-Porte vient d'apprendre officiellement que l'armée russe a passé le Pruth, et qu'elle est entrée dans
la Moldavie avec l'intention d'occuper aussi la Valachie, Ce mouvenien% opéré sans son concours sur une partie intégrante de son empire, a dû lui causer autant de peine que de surprise. Il lui est pénible de voir les habitants de ces provinces loyales et tranquilles exposés à toutes les chances d'une occupation militaire. Il lui est difficile de concilier une telle agression avec les déclarations pacifiques et les assurances amicales que le cabinet de Saint- Pétersbourg a tant de fois réitérées. Il lui est encore plus difllcile d^ ne pas s'étonner d'une opération qui porte atteinte aux principes établis dans le traité de 1841.
» La Sublime Porte, en exprimant les sentiments que cet événement lui fait éprouver, ne peut se dispenser de met re dans leur vrai jour quelques circonstances auxquelles les ministres de S. M. I. se sont efforcés en vain de donner une conclusion telle que leur amour de la justice et de la tranquilli'é leur faisait désirer.
» Les négociations qui furent entamé s de concert avec le prince Mensc ikoff se bornaien d'abord aux poin's qui souffraient des difficultés relativement à la quest on des Lieux Saints, et les différends qui en étaient les objets principaux ne tardèrent pas à recevoir une solution propre à satisfaire toutes les parties intéressées.
» Nous avons consenti, en outre, à la construction d'une église et d'un ôpital à Jérusalem pour le service spécial des Russes, en sorte que les concessions demandées rn %veur des prêtres et des pèlerins de la même nation n'ont pas été refusées non plus.
» Après l'heureuse conclusion d ■ la partie des négociations qui avait trait au seul objet ostensible de la mission extraordinaire du prince IMenschikoff, cet ambassadeur s'est empre.-sé, avec les plus vives instances, de faire accepter une autre demande dont les conséquences, si elle avait été admise par le gouvernement de S. M. le sultan, n'aura'ent pas manqué de porter une grave atteirte aux intérêts de l'empire, et de compromettre les droits souverains qui en sont les ornements et les soutiens.
» On a vu, par les communications officielles que la Sublime-Porte a faites en temps et lieu aux hautes puissances, qu'elle n'hé ite point à donner des assurances suffisantes capables de dissiper les doutes qui ont amené les discussions relatives aux droits, aux privilèges spirituels et à d'autres immunités qui s'y rattachent, et dont
les églises grecques et les prêtres grecs sont en possession de la part de S. M. I. le sultan. Loin de songer à retirer une parti;; quelconque de ces privilèges, ou même à en restreindre la jouissance consacrée par leur utilité, S. M. I. se fait une gloire de les confirmer publiquement et, fidèle aux maximes de la justice et de la clémence, de les mettre à l'abri de tout préjudice au. moyen d'un acte solennel revêtu de son hatti-cliériflf et qui a été porté à la connaissance de tous les gouvernements amis.
n Tel étant le cas, ce serait une chose oiseuse que d'encombrer ce'.te quehtion d'un tas de détails. Il suflit ici de constater que, d'un côté, la demande de l'ambassadeur russe, nonobstant certaines modifications, soit dans les termes, soit dans la forme, demeurait à la fin inadmissible à cause de ce qui vient d'être expliqué; tandis que, de l'autre côté, elle devenait sans objet réel par suite des garanties solennelles données spontanément par le souverain lui-mê.ne à la face du mond; entier. Ces faits incontestables suffisent pour dégager la Sublime-Porte de toute obligation de s'excuser davantage au sujet des privi 'ges religieux. Il est d'une évidence inconte.-table que l'indépendance d'un État souverain est nulle si, parmi ses attributions, il n'existe pas celle de refuser sans offense une demande que les trait's n'autorisent point, et dont l'acceptation serait en même temps superflue quant à la haute partie qui s'en excuse.
» Nér.nmoins la Sublime-Porte ne se dési<^te en rien de son désir amical et profondément sincèr % non -seulement de remplir tous ses engagements envers la Russie avec la plus scrupuleuse exactitude ; mais, en outre, de ses dispositions cordiales, qui sont compatibles avec les droits sacrés de sa souveraineté et avec 1'. onneur et les intérêts fondamentaux de son empire.
» Elle est toujours prête à réitérer les assurances promises dans la lettr.? en date du 4/16 juin, écrite en réponse à celle de S. Exe. le comte de Nesselrode, portant la date du 19 mai v. s., et elle est encore disposée, pour peu que l'on veuille s'arrêter à un arrangement propre à satisfaire la cour de Russie sans préjudice aux droits sacrés du sultan, a envoyer un ambassadeur extraordinaire à Saint-PétersLourg pour chercher, de concert avec le cabinet russe les moyens de parv. nir à c > but.
» Quant au passage de la lettre de S. Exe. le comte de
— 1 3fi
Nesselrode relatif à l'invasiou éventuelle de reinpire ottoman, la Subliine-Porte a déjà déclaré (qu'elle ne saurait raccepter, et puisque cette lettre, ainsi que la réponse du ministère ottouum, ont été sur-le-champ couununi(|U('e!=! aux puissances signataires du traitf^ de 1841, il devient (■'vidennnent inutile de se répandre en détails sur une (luestion aussi pénible.
» A la suite de ces circonstances, et en vertu de ces considérations, le gouvernement de S. M. I. avait lif-u d'espérer ((ue les motifs fondés qu'il n'a cessé d'alléguer pour justifier le refus de son consentement, l'impossibilité dans laquelle il se trouve de l'accorder, et le désir sincère qu'il a exprimé à plusieurs reprises de voir renouer les rt dations cordiales des deux hautes parties, seraient enfin appréciés, et que la cour de Russie reviendrait à des sentiments plus équitables à son égard. La Porte éprouve d'autant plus de douleur en se voyant déçue dans cet espoii", que les qualités éminentes de l'empereur de Kiissie, sa modération et sa justice connues, ne lui permettent pas de supposer que S. M. serait capable de vouloir fondtn-ses demandes sur d'autres bases que celles de la raison et du l)on sens; et qu'elle a tout récemment donné, soit au sultan lui-même, soit aux puissances européennes, des assurances positives de son désir de respecter la dignité et de maintenir rindéi)endance d" l'empire ottoman.
» A'oilà dans quel état de choses la Sublime-Porte vitnt de recevoir l'avis officiel c[ue les troupes russes ont franchi la frontière.
M Si la cour de Russie persiste à fonder la demande de consacrer paruu document obligatoire envers elle les privilèges religieux dont il est question sur le traité de Kaïnardji, il est à remarquer que la promesse contenue dans la première ])ai'tie de l'article 1 de ce traité, relativement à la protection de la religion chrétienne et de ses églises, est une généralité, et l'on ne p;mt guère v voir le degré de force que la Russie lui attribuait encore , et moins une spécialité en faveur delà religion grecque.
» Quoi ([u'il en soit , si la l\)Hr manquait de protéger la religion et les églises chrétiennes, c'est ahjrs seulement qu'il faudrait lui rappeler sa promesse en citant le susdit traité ; et il n'est pas moins clair que cette nouvelle pro- 1 osition ne saurait être fondée sur ce traité , attendu que les privilèges et les immunités de la religion grecque ont
été octroyés par la Sublime-Porte sans la demande ni l'intervention de qui que ce f-'Oit. C'est , en effet , un point d'honneur pour elle de les maintenir à présent et à l'avenir, et un devoir que lui impose son système plein de sollicitude pour ses sujets.
)) Les tinnans qui viennent d'être ijromulgués , et qui eonfir)nent les privilé;^-es et les imnuiuités de toutes les religions, témoignent publiquement des fermes intentions de la Sublime-Porte à cet égard ; de manière que, sans le moindre doute, une intervention étrangère n'est pas du tout nécessaire à cet effet. Seulement, puisque la cour do Rus-sie a conçu, quel qu'en pxiisse être le motif, des soupçons par rapport à c^s privilèges religieux, et que la religion grecque est celle de l'auguste empereur et d'une grande partie de ses sujets, la Sublime-Porte, mue par ces considérations, connue auss. par déférence' pour les relations amicales qui existent encore entre les deux puissances, ne recule pas devant la résolution de donner à ce sujet des assursinces suffisantes,
» Mais si un gouvernement contractait, sur les droits et les privilèges qu'il a, de son propre mouvemtnt , accordés aux églises et aux prêtres d'une nation de tant de millions d'âmes, somnise à son autorité, des obligations exclusives avec un fîutre gouvernement, ce serait partager son autorité avec ce gouvernement ; ce ne serait qu'anéantir sa propre indépendance.
» Les traités conclus entre la Sublime-Porte et la cour dé Russie, concernant les deux Principautés , n'autorisent en aucune manière l'envoi de la part de la Russie de troupes dans ces deux pays, et l'article y relatif qui se trouve dans le sened de Balta-Liman est subordonné au cas où des troubles internes éclateraient ; ce qui n'est millement le cas dans la circonstance actuelle.
» Le fait est ciue ce procédé agressif de la part dé la Russie ne saurait être, en principe , considéré autrement (lue connue une déclaration de guerre donnant à la Sublime-Porte le droit incontestaljle d'employer, tn revanche, la force militaire; mais la Sublime-Porte est loin de vouloir pousser ses droits à l'extrême . Forte de la justice qui règle sa politique envers les puissances, elle pre'fére les réserver dans l'attente du retour spontané de la Russie à une manière d'agir plus conforme à ses déclarations.
» C'est dans le but d'écarter tout obstacle à ce retour
qu'elle se borne, pour le moment, à protester contre Tagres siou dont elle a bien le droit de i^e plaindre. Elle croit offrir, par ce moyen, au monde entier une nouvelle preuve de la modération du système qu'elle a adopté dés le commencement de cette affaire. Elle s'abstient de tout acte hostile; mais elle déclare qu'elle ne consent en aucune manière à ce que l'on fasse entrer de temps en temps des troupes dans les provinces de ■Moldavie et de Valachie , qui sont parties intégran'es de l'empire ottoman, en les regardant connue une maison sans maître.
n Elle proteste donc formellement et > uvertement contre cet acte, et , dans la conviction que l-^s puissances signataires du traité dr- 1841 ne donneraient pas leur assentiment à une pareille agresi^ion, elle leur a fait un expose des circonstances et garde, en attendant , une attitude armée pour sa défjnse.
)) Pour en venir à la conclusion, elle répète que S. M. le sultan ei-t toujours dé.-ireux d'aller au-devant de toute réclamation fondée de la cour de Russie , ce dont il a déjà donné n aintes preuves, et est prêt à redresser tout grief concernant les affaires religieuses dont ses sujets grecs pourraient ei.coi'e avoir à se plaindre; que réparation a été faite par rapport aux Lieux Saints: que cet;e question a été résolue à la satisfaction de la Russie , et que la Sublime-Forte n'hésite pas à offrir des assurances plus exi-licites, afin de contirmer l'arrangement qui a été fait au gré de tontes les parties.
» Constantinople , le 2-14 juillet 1853 (8 de la lune de chewal K69.,i »
NOUVEAU FIRMAIV ACCORDÉ PAR LE SULTAN ABDUL-MEDJID AU PATRIARCHE DE L'ÉGLISE GRECQUE ORTHODOXE.
« Ceci ot le commandement adressé au moine Germanos, le patriarche grec de Constantinople, et à ceux qui dépendent de lui.
» Le Dieu Tout-Puissant, souverain dispensateur des grâces, après avoir, par sa divine assistance et sa volonté éternelle, élevé ma personne impériale au rang suprèuie de sultan et à la glorieuse d gnité de prince et de calife, a placé sous la juste autorité démon califat, comme un dépôt particulier et sacré, un grand nombre de pays et de contrées et beaucoup d.^ nations et de populations diverses.
» Depuis mon heureux avènement au trône, mon gou-
vernement impérial, se ralliant à mes intentions sincèrement bienveillantes et à mes vœux réels, et remplissant les devoirs impérieux de la royauté et de la souveraineté, aussi bien que les saintes obligations du califat, n'a pas cessé, avec l'assistance de la faveur divine et les grâces du Tout-Puissant, d'appliquer ses soins les plus actifs et ses efforts les pluspersi;-tants àassureraux sujets de toutes les classes une protection entièrement efficace, et à leur garantir avant tout la jouissance complète des privilèges dont ils ont été investis de lous les temps pour l'exercice de leur culte et l'administration de leurs intérêts ecclésiastiques. Aussi les heureux effets et les résultats salutaires de cette ligne de conduite ne cessent-ils de se manifester au monde.
» Le plus cher de mes vœux étant de faire disparaître complètement certains abus que la négligence et la paresse ont peu à peu enracinés et d'en éviter le retov.r pour l'avenir, je veux et je déirire vivement préserver, dans toutes les circonstances, dv:- toute atteinte, les privik'ges particuliers que nos glorieux prédécesseurs ont octro\és aux ecclésiastiques de ceux de mes fidèles sujets qui professent la religion grecqu3, privilèges qui leur ont été conservés et sanct onnéspar ma personne impériale ; conserver intacts les églises et couvents grecs situés dans mes Etats, avec les biens, immeubles et institutions ecclésiastiques qui en dépendent; garantir le maintien des droits et de- immunités dont jouissent ces objets sacrés et leur clergé. En un mot, maint; nir les privilèges et les concessions de ce genre formulés dan^ les berals des patriarcb.es et des métropolitains qui contiennent les anc.ei.nes conditions de leur 'nvestiture.
» C'est pourquoi est publié un ordre péremptoire et souverain, aux termes duquel doivent être répétées (t proclamées de nouveau mes intentions impériales à cet égard. Qu'on se garde de porter la moindre aUeinte à l'état de choses défini plus haut, et qu'on sache que ceux qui contreviendraient à mon commandement s'exposeraient à ressentir les efte s de ma colère impériale.
» Cet ordre est porté à la connaissance des autorités compétentes, afin de leur enlever tout moyen d'excuse pour le cas où la moindre négligence à cet égard pourrait leur être reprochée.
» Et c'est pour manifester de nouveau ma haule volonté
mpériale, en ce quitouclie la complète et efficace exécution des ordres qui précèdent, que le présent firman est délivré par mon divan impérial.
» Toi donc, qui es le patriarche susmentionné, quand tu en auras eu connaissance, tu agiras constamment conformément aux prescriptions de ce firuran; tu éviteras de l'enfreindre, et si quelque cliose arrive de contraire aux résolutions catégoriques qui y sont exprimées, tu t'empresseras de le porter à la connaissance de la SublLi ne-Porte. Sache-le, et aie foi dans cet auguste seing.
» Donnédans la dernière décade du uiûisdeschehan 1"^(>!) (fin de mai et commencement de juin 1853. »
ADRESSE DES PATRIARCHES >IÉTR0P0LITA1I\S, ÉVÊQVES ET CHEFS DE <;ORPORATIOi\S GRECS. (1)
« Les patriarclies grecs de Constantinople et de Jérusalem, les métropolitains et les évèques de premier ordre, les notables de la nation et les chefs de la corporation, sujets de la Sul)lime-Porte, soumettent la prés nte adresse aux pieds du trône sublime plein de justice, tt du seuil impérial et miséricordieux 'qn'il foit conservé jusqu'à la fin du monde ! .
» Notre huin1)le nation, qui se ;^Ioritie de sa tidele siijétion et soumission au gouvernement impérial (d'éternelle durée) de sa S. M. le sultan, notre maître bienfaisant, ayant couA-oqué un conseil général à notre patriarcat, à l'occasion de la lecture (en présence de vos ferviteiu's les métropolitains, les notal)les delà nation et leschefs des diverses corporations qui se trouvent à Constantinople; du fii'man impérial, revêtu du hatti-chériff de S. M., notre très auguste souverain, et émané dernièrement au nom de notre patriarche, votre serviteur, dans le but de confirmer les conditions particulières, privilèges spirituels et concessions accordées par les grands sultans et empereurs (de glorieuse mémoire), et que S. M. I., notre auguste maître et bienfaiteur, s'est plu à maintenir depuis qu'elle a commencé à faire brillersa justice du sommet du trône majestueux du sultanat, d'éviter les aljus qui auront eu lieu par
.(l) PréceUeimuent des adresses avaient été votées au siiltau par le» iVit'férentes L'onimnr.ai'.tés. pour le fiiinan (l'.ii a été acco-.ilé lelativenieni au maintien de leurs privilégies spirilucl».
suite dequelque négligence ou iaattcutiou, de consevveren tout temps intacts et d'exécuter entièrement et exactement les imnuuiités ( t les droits particuliers des églises, monastères et des terres, propriétés tt autres endroits et sanctuaires qui en dépendent, enlin les privilèges et immunités contenus dans les berals relatifs aux anciennes concessions et donnés au patriarche actuel, aux métropolitains et arclievèques, les soussignés, sujets fidèles, furent comblés d'une joie infinie et d'une reconnaissance éternelle. Il est hors du cercle de la possibilité de faire en actes ou en paroles les remercîments dus pour mie seule des bontés, privilèges et concessions, -accordés à notre liumble nation d'une manière propre à attirer la jalousie des autres nations et faire la gloire de la nôtre, suivant la miséricorde ordinaire de S. M. i., le très auguste et très puissant sultan, miséricordieux envtrstous, l.ué pour ses actions, bienfaiteur du monde, notre bienfaiteur particulier, ornement de la couronne des sultans, et faisant l'admiratiou des souverains du temps et de la terre par ses bontés et par ses jerfections.
» Tout le inonde connaît que la sûreté et la tranquillité de tous les sujets sont parfaites, grâce à la protection pleine de justice du gouvernement impérial, auquel est confié, comme un g-^ge^ divin, le bien-être et le contentement de tous les habitants des Etats impériaux. Ainsi, notre nation considère comme le premier de ses devoirs de religion et de loi de rester, de tout son cœur et de toute son âme, constante à jamais dans sa sujétion et sa somnission au gouvernement impérial, etde verserjusqu'à la dernière goutte de son sang pour l'auguste personne de 8, M. I., et elle fait des prières ardentes à Dieu tout-puissant, imit et jom-, avec ses enfants et ses familles, la tête découverte et versant des larmes, pour qu'il préserve l'auguste personne de S. M. notre magnanime souverain sur le trône du sultanat, d'éternelle durée, en bonne santé et pour de longues années, et qu'il conserve les ministres du gouvernement impérial qui sont l'intermédiaire de tant de bontés impériales dans l'honneur et la gloire, sous la gracieuse bienveillance de S. M. I. Nous prit-ns "Sotre Altesse de vouloir bien prendre connaissance de la présente adresse, et de soumettre au pied du trône du très auguste sultan, ombre divine, notrt; parfaite l'econnaissance, notre joie et nos remerciments sincères.»
LE GRA!VD-\IZIR AUX HABITANTS DE COIVSTANTINOPLE, D'EYOUB, DE SCUTARI ET DE GALATA.
« L'acceptation des propositions telles qu'elles nous ont été faites par la Russie, propositions relatives aux pr.viléges relig eux, eût été non-stulement une infraction directe aux droits souverains et à l'indépendance de l'empire ottoman , mais elle eût encore' entraîné dans la suite une foule de désastres, dont Allah nous préserve !
» La Russie a pris une att tude menaçante en faisant d'immenses préparatifs de guerre.
n De son côté, la Sublime-Porte, tout en prenant des mesures de précaution, en envoyant des troupes aux frontières de l'empire, en Anatolie et en Roumélie, a épuisé tous les moyens de négociations. Elle a proposé un arrangement plein de modération; elle a fait tous les effor s po.-sibks pour la conservation de la paix, ciiose toujours aimée et toujours sacrée.
» Tous Fes efforts ont été vains; enfin les Russes ont passé le Pruth, et une armée a envalù les provinces de S. M. le sultan. Malgré cet état de choses, la Sublime- Porte a eu recours à la médiation dans un but de reconciliation et dans l'intérêt du maintien de la paix ; tout encore a été inutile.
» En conséquence, un conseil nafonal a été convoqué le 22 et le 23 du mois de zelludge. Ce conseil se composait d'ulémas etdecaserkers, de ch fs militaires et autres fonctionnaires. La question leur a été soumise.
)> Il était clair et évident que la Russie ne voulait pas accepter un arrangement auquel la Sublime-Porte pût adhérer. La solution du différend ne pouvait donc pas être pacifique.
» Il était reconnu du monde entier que c'était la Russie qui avait violé les traités en envahissant l'empire ottoman. Cet état de choses ne pouvait se supporter plus longtemps : aussi a-t-il é1 é décidé à l'unannnité quenous nous confierions à la Providence et à notre saint prophète. La guerre a donc été décidée. Cette détermination du conseil a donc été confirmée par un felva du she k ul-Islam, lélva que l'on jugea propre à être mis à exécution.
» Un rapport à cet effet ayant été mis au pied du trône pour provo iuer un ordre du sultan, la décision du conseil général a été sanctionnée par un liatti-cliériff, et portée à
la connaissance des caserkers des divisions de l'armée de Rouniélie et d'Anatolie et des habitants de tout l'empire par la publication des firmans.
» Cî'est pourquoi vous aussi vous rassemblerez lesimans des districts, vous leur direz que c'est la Russie qui a soulevé cette affaire, que c'est sur elle que doit en retomber toute la responsabilité. Ils adresseront des prières au Dieu des batailles pour le triomphe de la Sublime-Porte et des troupes impériales. Ils Itur enjoindront de prier nuit et jour et avec ferveur pour le succès de notre cause.
» Qu'il soit en même tempsbicn compris que cetteguerre est une guerre contre un f2,ouvernempnt qui, sans la moindre provocation, a violé les droits de l'indépendance de l'empire o toman. Les relations amicales qui existent entre la Sul)lime-Porte et les autres nations amies nedoivent passoufFrh'lamoiii 're altération, par suite des conséquences de cette situation. Personne donc ne doit molester les marcliandises ou les sujets de ces puissances, quelle que soit leur rel g on. La vie, l'honneur et les propriétés des ra.vas doivent êtrj sacrés comme les nôtres.
» Notre conduite doit être dirigée selon la loi sacrée, en toute circonstance, avec justice et loyauté. En un mot, il répugne à la loi sacrée comme au sens commun ainsi qu'il a déjà été déclaré anciennement, de regarder les rayas de la Sublime-Porte qui professent une religion conforme à celle de la Russie, comme responsables de la conduite du gouvernement de Saint-Pétersbourg. Ce que demande ce gouvernement, il le demande dans son intérêt et pour augmenter son influence.
» Les sujets delà Sublime-Porte ont joui p'-ndant des siècles des privilèges religieux que leur ava ent accordés les empereurs turcs, sous la protection spéciale de la Sublime-Porte, et ces privilèges reçoivent tous les jours plus de force et plus d'extension. Les sujets de l'empire ottoman savent parfaitement que les prétentions du gouvernement russe à les prendre sous sa protection ne feraient que diminuer la somme de ces privilèges,
» Vous ferez bien connaître à tous que l'une des causes de succès, c'est de vivre en lonne harmonie. Personne ne doit humilier ni molest r autrui ; tous doivent essayer de vivre en vmion parfaite et servir leur pays en coilimun.
» Si, par négligence, ignorance ou mauvais vouloir, quel-
qu'un agissait eu opposition à ces ordres légitimes , il serait sévèrement puni.
» Toutes les dispositions ci-dessus ont été décrétées dans le conseil général tenu dernièrement. Vous aurez donc soin que personne n'agisse contrairement à ces ordres.
n Fait le 5 manharem 1270 (1853), »
MANIFESTE DE LA SUBLIME-PORTE, EN DATE DU 1er IVIOUHAREIVI 1270.
( Traduction. )
"Dans les circonstances actuelles, Userait superflu de reprendre dés l'origine l'exposé du différend survenu entre la Sublime-Porte et la Russie, d'entrer de nouveau dans le détail des diverses phases que ce différend a parcourues, ainsi que de reproduire les opinions et appréciations du gouvernement de S. M. le sultan, qui ont été rendues notoires par les pièces otïicielles publiées en temps et lieu.
» IMalgré le désir de ne pas revenir sur les motifs pressants qui ont déterminé les modifications apportées i,ar la Sublime-Porte au projet de note élaboré à Vienne, motifs exposés aussi précédem-rent dans iine note explicative, de nouvelles sollicitations ayant été fiiitos pour l'adoption pure et simple dudit projet, à la suite de la non-adhésion de la Russie à ces mêmes modiîications, le gouvernement ottoman, se trouvant aujourd'iiui, qunnt à l'adoption du projet de note en question, sous l'empire de la plus grande impossibilité et forcé d'entreprendre la guerre, croit de son devoir de laire l'exposé des raisons impérieuses de cette importante détermination, ainsi que celles qui l'ont obligé à ne pas conformer, pour cette fois, sa conduite aux conseils des grandes puissances, ses alliées, bien qu'il n'ait jamais cessé d'apprécier la nature bienveillante de leurs observations.
» Les points principaux <ne le gouvernement de S. M. le sultan relèvera d'abord sont ceux-ci : c'est que, dés le principe, il n'a existé dans sa conduite aucun motif de querelle, et qu'animé du désir de conserver la paix, c'est avec un remarquable e-^prit de modération et de conciliation qu'il a agi depuis le commencement du différend jusqu'à présent. Il est facile de prouver ces faits à tous les esprits tiui ne s'écartent pas de la voie de la justice et de l'équité.
» Quand même la Russie aurait eu un sujet de plainte à élever relativement à la question des Lieux Saints , elle aurait dû circonscrire ses démarches et ses sollicitations dans les limites de cette seule question, et ne pas élever dts prétentions que l'objet même de ses réclamations ne ' pouvait comporter. Elle aurait dû, en outre, ne pas prendre des mesures d'intimidation, comme celles d'envoyer ses troupes aux frontières et de faire des préparatifs de force maritime à Sébastopol, au sujet d'une question qui aurait pu être résolue amicalement entre les deux puissances. Or, il est évident que c'est tout ù fait le contraire ({ui a lieu.
» La question des Lieux Saints avait été résolue à la satisfaction de toutes les parties; le gouvernement de S. M. le sultan avait témoigné de favorables dispositions au sujet des assurances den;andées pour cette question, et pour certaines autres demandes relatives à Jérusalem. Enfin, il n'y avait plus lieu, dtla part de la Russie, d'élever aucune réclamation. N'est-ce pas chercl.er un prétexte de guerre ([ue d'insis er comme elle l'a fait sur la question des privilèges de l'Eglise grecque octroyés par le gouvernement ottoman, privilèges qu'il croit de sou honneur, de sa dignité et de son autorité souveraine de maintenir, et au sujet desquels il ne peut admettre ni l'immixtion n; la surveillance d'aucun gouvernement ? N'est-ce pas la Russie qui a occupé avec des forces considérables les principautés de Moldavie et de Valacliie, en déclarant que ces provinces lui serviraient de garantie jusqu'à ce qu'elle eût obtenu ce qu'elle exige ? Cet acte n'a-t-il pas été justement considéré par la Sublime-Porte comme une violation des traités, et par conséqiunt comme un cuans bclli? Les autres puissances elles-mêmes ont-elles pu en juger autrement? Qui donc pourra douter que la Russie ne s- oit l'agresseur?
» La Sublime-Porte, qui a toujours observé avec une fidélité notoire tous ses traités, a-t-elle pu les enfreindre au point de déterminer la Russie à une démarclie aussi violente que celle d'enfreindre elle-même ces mêmes traités.
» Ou bien, contrairement à la promesse consignée explicitement dans le traité de Kaïnardji, s'est-il produit dans l'empire ottoman des faits pareils à ceux de dén.olition des églises cl i rétiennes ou d'obstacles apportés à l'exercice du culte catliolique?
» Le cabinet ottoman, sans vouloir entrer dans de plus longs détails sur ces points, ne doute pas que les hautes puissances ses alliées ne trouvent et ne jugent tout à fait juste et véridique ce qui vient d'être mentionné. • » Quant à la non-adoption, sous sa forme pure et simple, du projet de note de Vienne par la Sublime-Porte, il est à remarquer que ce projet, sans être tout à fait conforme à la note du prince Mens liikofF, et tout en contenant, il est vrai, dans sa composition quelques-uns des paragraphes du projet de note de la Sublime-Porte elle-même, n'est point dans son ensemble, soit dans sa lettre, soit dans sou esprit, essentiellement différent de celui du prince Menschikoff.
«Les assurances récemment données parles représentants des grandes puissances, au sujet du danger d'interprétations nuisibles du projet de note en que.-tion, sont une nouvelle preuve des bonnes intentions deleiu-s gouvernements respectifs pour la Sublime-Porte; elles ont, par conséquent, causé une vive satisraction au gouvernement de S. M. le sultan. Il faut remarqu:^r, cependant, au moment où nous avons encore sous les yeux le débat des privilèges religieux soulevés par la Russie, qui cbex'che à s'appuyer sur un paragraphe si clair et si précis du traité de Kaïnardji, que vouloir consigner dans iine pièce diplomatique le paragraphe concernant la sollicitude active des empereurs de Russie pour le maintien dans les Etats de la Sublime- Porte des immunités et des privilèges religieux octroyés au culte grec par les empereurs ottomans avant même l'existence de la Russie comme empire, laisser dans un état douteux et obscur l'absence de tout rapport entre ces privilèges et le traité de Kaïnardji, employer en faveur d'une grande communauté de sujets de la Subliiue-Porte, professant le rite grec, des expressions qui pourraient faire allusion à des traités conclus avec la France et l'Autriclie relativement aux religieux francs et latins, ce serait courir la chance de mettre à la disposition de la Russie certains paragraphes vagues et obscurs dont quelques-uns même sont contraires à la réîdité des faits; ce serait également, sans nul doute, offrir à la Russie un prétexte solide pour ses prétentions de surveillance et de protectorat religieux, prétentions qu'elle essayerait de produire, en affirmant qu'elles n'ont rien d'attentatoire aux droits souverains et à l'indépendance delà Sublime-Porte.
» Le lang-age même des emplove's et agents de la Russie, qui ont déclaré que l'intention de leur gouvernement n'était autre que de remplir l'office d'avocat auprès de la SubLme-Porte, toutes les fois que des actes contraires aux privilèges existants auraient lieu, est une preuve patente de la justesse de l'opinion du gouvernement ottoman.
» Si le gouvernement de S. M. le sultan a jugé nécessaire de demander des assurances, lors même que les modifications proposées par lui à la note de Menne auraient été accueillies, comment, en conscience, pourrait-il être tranquille, la note de Vienne étant maintenue dans son intégrité et sans modifications?
» La Sublime-rorte, en acceptant ce qu'elle a déclaré à tout le monde ne pouvoir admet re sans y être forcée, compromettrait sa dignité vis-à-vis des autres puissances ; elle la sacrifierait aux yeux mêmes de ses propres sujets, et, tout en attentant à son honneur, elle commettrait un suicide moral et matériel sur elle-mêine.
» Quoique le refus de la Russie d'accéder aux modifications réclamées par la Sublime -Porte ait été basé sur une question d'honneur, on ne saurait nier que la cause réelle du refus de la Russie provient unique nent de son désir de ne pas laisser remplacer yar des termes explicites des expressions vagues qui pourraient ultérieurement lui fournir un prétexte d'immixtion. Une semblable conduite oblige conséquemment la Sublime-Porte à persister , de son côté, dans sa non-adhésion.
» Les raisons qui ont déterminé le gouvernement ottoman à faire des modifications ajant été appréciées par les représentants des quatre pu ssances, il est prouvé que la Sublime-Porte a eu complètement raison de ne pas adhérer à l'adopt on pure et simple de la note de Vienne.
» En entrant en discussion sur les inconvénients que cette note présente, le but n'est pas de critiquer un projet qui a obtenu l'assentiment des grandes puissances. Leurs eff"orts ont toujours tendu, tout en désirant de préserver les droits et l'indépendance du gouvernement impérial, à conserver la paix. Les démarches faites dans cette intention étant on ne peut plus louables, la Sublime-Porte ne saurait assez les apprécier.
» Mais connue chaque gouvernement possède évidemment, par suite de ses connaissances propres et de son
expérience locale, plus de facilités que tout autre gouvernement pour juger les points qui touchent à ses propres droits, l'exposé que fait le gouvernement ottoman provient de l'uniqu' désir de justifier la situation obligatoire où il se trouve placé, à son plus grand regr.?t, tandis qu'il aurait désiré continuer à ne point s'écarter des conseils bienveillants qui lui ont été offerts par ses alliés depuis rorig;ne du différend, et qu'il a suivis jusqu'à présent.
)) Si on allègue que l'empressement avec lequel on a arrêté en Europe un projet résulte de la lenteur de la Sublime-Porte à proposer un arrangen;e.it, le gouvernement de S. M. le sultan se trouve dans l'obligation de se justifier en exposant les faits suivants :
» Avant l'entrée des troupes russes dans les deux Principautés, quelques-vms des représentants des puissances, guidés par l'intention sincère de prévenir l'occupation de ces provinces, ont exposé à la Sublime-Porte la nécessité de rédiger un projet de fusion des projets de note de la Sublime-Porte et du prince MenscliikofF. Plus tard, les représentants des puissances ont remis confidentiellement à la Sublime-Porte différents projets d'arrangement. Aucun de ces derniers ne répondant aux vues du gouvernenem nt impérial, le ca1:)inet ottoman était sur le point d'entrer en négociation avec les représentants des puissances sur un projet rédigé par lui-même, conformément à leur suggestion.
» Dans ce moment, la nouvelle du passage duPruth par les Russes étant arrivée, ce fait a cliangé la question de face. Lé projet de note proposé par la Sublime-Porte a dû être mis de côté, et les cabinets ont été priés d'exprimer leur manière de voir sur cette violation des traités après la protestîiiion de la Sublime-Porte. D'un côté, le cabinet a dû attendre les réponses, et de l'autre il a arrêté, sur la suggestion des représentants des puissances, im projet d'arrangement qui a été envoyé à "S'ienne. Pour toute vé ponse à toutes ces démarclies actives, le projet de note élaboré à Vit une a paru.
«Quoi qu'il en soit, le gouvernement ottoman, craignant à juste titre tout ce qui impliquerait un droit d'i'.nmixtion en faveur de la Russie dans les affaires religieuses, ne pouvait faire plus que de donner des assurances propres à dissiper les doutes qui étaient devenus le sujet de la discussion, et ce ne sera pas surtout après tant de prépa-
ratifs et de sacrifiées qu'il acceptera des propositions qui n'ont pu être accueillies lors du séjour du prince Menscliikotr à Constantinople.
» Puisque le cabinet de Saint-Pétersbourg ne s'est pas contenté des assurances qui lui ont été offertes ; puisque les efforts bienveillants des hautes puissances sont demeurés infructueux ; puisque enfin la Sublime-Porte ne peut tolérer ni souffrir plus longtemps l'état des choses actuel, ainsi que la prolongation de l'occupation des Principautés moldo-valaques, parties intégrantes de son empire, le cabinet ottoman, dans l'intention ferme et louable de défendre les droits sacrés de souveraineté et d'indépendance de son gouvernement, usera de justes représailles contre une violation des traités qu'il considère comme un casus belli.
))I1 notifie donc officiellement que le gouvernement de S. M. le sultan se trouve obligé de déclarer la guerre, et qu'il a donné les instructions les plus catégoriques à S. Exe. Omer-Pacba pour inviter le prince Gortschakoff à évacuer les Principautés, et commencer les hostilités, si dans un délai de quinze jours, à partir de l'arrivée de sa dépêche au quartier général russe, une réponse négative lui parvenait.
«Il est bien entendu que, si la réponse duprince Gortschakoff est négative, 1. s agents russes devront quitter les Eats ottomans, et que les relations commerciales des sujets respectifs des deux gouvernements devront être interrompues. Toutefois, la Sublime-Porte ne trouve pas juste que l'embargo soit mis sur les navires marchands russes, conformément aux anciens usages. En conséquence, il leur sera donné avis do se rendre dans la mer Tsoire ou dans la Méditerranée, à leur choix, dans un délai qui sera fixé ultérieurement. En outre, le gouvernement ottoman, ne voulant pas apporter d'entraves aux relations commerciales des sujets des puissances amies, laissera pendant la guerre les détroits ouverts à leurs navires marchands. »