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LA VILLE AU MOYEN AGE

des effets, sur la santé publique, d'une concentration, sans règle, des populations.

Les rues étroites, sans alignement, étaient le réceptacle fangeux des détritus industriels, des eaux ménagères et de toutes les ordures que chacun y déposait.

Ces rues, sans égouts et sans pavés, plantées de perches servant à étendre les braies, les tuniques et les peaux, formant les vêtements de chaque famille, devenaient des foyers d'infection.

Les émanations délétères de tant d'immondices accumulées, donnaient naissance à des pestes et des épidémies effroyables, et à toutes sortes de maladies étranges et cruelles. Telles étaient les variétés de lèpres couvrant l'homme d'ulcères au point d'en faire un objet d'horreur pour ses semblables ; tel était le mal des ardents qui, en un jour, enunenuit, consumait le corps, ou des parties du corps, comme si un feu invisible était venu les brûler jusqu'à en faire tomber les chairs en morceaux.

L'éléphantiasis était encore une autre de ces terribles maladies : les perturbations qu'elle apportait dansl'économie étaient si considérables, que lesmembres inférieurs prenaient des proportions d'enflure telles que les jambes de l'homme ressemblaient à celles de l'éléphant. Et avec cela, la peste venait par intervalles couronner ce tableau d'affliction en décimant des populations tout entières, au point qu'il ne restait plus de vivants pour enlever les morts.

A mesure que la liberté a repris sa place parmi les peuples, les rues des villes se sont élargies, elles se sont pavées. L'industrie s'est développée, l'habitant des campagnes a retrouvé la sécurité nécessaire pour cultiver son champ, et pour restaurer le toit de sa cabane.

C'est l'habitation dans sa pauvreté primitive : le sol nu, quatre murs en terre et en bois, un toit de chaume, voilà pour l'habitation de la famille, en même temps que pour les bestiaux qu'elle possède, car la famille et le bétail vivent à peu près ensemble.

Fie. 26.

Cabanes des serfs au moyen âge.

Une cloison de terre sépare la pièce servant d'habitation de celle servant d'étable, mais elles sont en communication par une porte, et l'étable sert au coucher de la famille en même temps qu'à celui des bestiaux. A côté de la cabane, s'élèvent ainsi les éléments de l'exploitation agricole; une grange vient s'y joindre pour resserrer la récolte, et nous avons la ferme du moyen âge restaurée, dans laquelle renaît pour la famille l'espérance de vivre du fruit de son travail ; elle n'est préoccupée de rien autre : le fumier des étables est devant sa porte, les eaux des toits tombent sur le sol et rendent les abords de l'habitation sales et boueux : ces eaux croupissent dans la fosse voisine ; peu importe, ce qu'il faut, c'est créer du pain.

Enfin, l'éternelle liberté renaît des cendres du despotisme. Le Travail, au champ comme à la ville, finit par trouver, dans les mœurs et dans la protection de la loi, un peu de la sécurité nécessaire à son développement.

La maison prend alors des formes plus appropriées aux besoins delà famille : elle est pourvue de cheminée, une poutre et des soliveaux recouverts de pisé, séparent le rez-de-chaussée du toit et forment le grenier, en faisant de la maison un plus sûr abri. Des croisées ferment les fenêtres et remplacent les torches de paille servant à boucher les trous qui en tenaient lieu. La cave sert à la conservation des légumes el des boissons; le bien-être commence

à se faire sentir un peu sous l'empire des progrès de l'habitation.

Fig. 27.

mm

Maisons de village.

L'industrie se développe parmi les populations redevenues plus confiantes en leur sécurité. Les progrès du Travail relèvent peu à peu la société de son abaissement, et créent lentement les éléments d'une civilisation plus humaine.

C'est donc au Travail seul que reviennent les premiers droits à la reconnaissance du monde; la société lui doit sa marche en avant, c'est le Travail qui lui fraie le chemin par ses découvertes, par les Richesses qu'il enfante, et par l'élévation, au premier rang de la société, des classes autrefois asservies.

Le Travail et l'industrie détruisent peu à peu les traces de l'hostilité parmi les hommes. Le château féodal et ses créneaux tombent en ruines, la construction des remparts s'arrête, les fossés des villes se comblent lentement, les fortifications râlent leur suprême agonie, en attendant que l'heure de la Paix Générale les fasse complètement disparaître, en sonnant l'avènement pacifique des masses travailleuses à l'Émancipation Sociale et au Bien-Être.

Mais nous l'avons déjà dit, un progrès nouveau est à réaliser : il faut tarir la misère et combler sa source. Il faut remplacer ces masures, fruit de longs siècles d'ignorance et de servitude, par l'habitation vraiment sociale; il faut que l'architecture fasse un nouvel effort pour créer l'habitation qui doit être au progrès delà sociabilité, ce que les chemins de fer sont à celui de la circulation. #

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