PROGRÈS DE L'HABITATION
Tant que les hommes manquent des inspirations
de la véritable justice et de celles de la liberté, les
fruits du Travail suivent sans règle et sans mesure
les courants des abus. Les habitations du peuple
sont l'image de la confusion et du désordre dans
lesquels se trouvent les intérêts individuels et sociaux.
Aucun lien ne rattache les familles les unes aux autres : les habitations sont isolées, placées avec incohérence, sans ordre, sans alignement, mal construites, basses, malsaines, en matériaux grossiers et sans valeur.
Rien au monde n'a conservé jusqu'ici le cachet de l'ignorance, de l'incurie et de l'absence de tout progrès, autant que l'habitation du peuple.
L'habitation des campagnes n'est-elle pas encore, pour un trop grand nombre, à peu près ce qu'elle était pour les Gaulois nos pères?
L'arehitectonique s'étudie encore sur les travaux des siècles passés pour tout ce qui a rapport à l'habitation humaine, ou plutôt elle ne s'étudie pas du tout pour ces millions de masures qui couvrent les pays les plus civilisés.
Le village avec ses maisons en pans de bois, ses murs en terre ou en pierre brute, ses toits de chaume, ses rues boueuses, ses fumiers et ses mares, est le tableau de la confusion. C'est aux yeux du Créateur une tache de misère au sein de la verdure des bois et des prairies.
Lorsque le niveau intellectuel et moral est suffisamment élevé pour bien diriger les choses d'intérêt public, l'isolement des habitations devient alors non-seulement inutile, mais nuisible à la société : il
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constitue le plus grand obstacle au progrès des lumières et à l'organisation du bien-être. Aussi, avec quelle lenteur le progrès s'accomplit-il au milieu de ces populations disséminées sur le sol, le long de rues ou de chemins boueux et impraticables, comme Tétaient naguère tous les villages de France.
L'influence du rapprochement des habitations sur la sociabilité est un fait bien caractéristique, qui se constate dans la comparaison des villes et des campagnes ; chez les populations condensées où le milieu habitable s'est le plus amélioré, le niveau intellectuel s'élève et l'esprit de progrès se développe, tant a de puissance l'effet du rapprochement des individus, même lorsque les hommes n'ont encore compris leur devoir ni dans le Travail, ni dans le perfectionnement et le progrès de leur existence.
Sous l'influence du rapprochement, l'habitation revêt dans les villes un caractère nouveau, quoique l'incohérence et la confusion soient encore empreintes dans son architecture. Les matériaux sont de meilleure qualité, les étages s'élèvent, et malgré l'état de tohu-bohu des maisons hautes et basses, de leurs formes disparates, des cours et des rues étroites, des impasses, malgré les quartiers repoussants que les villes recèlent encore, quelques rues tirées au cordeau, les hôtels, les palais, les jardins et les édifices publics, indiquent les tendances de l'homme vers la perfection du milieu
habitable, et montrent ce dont il est capable en architecture.
Fig. 28.
Maisons de ville.
Mais si les habitations des villes renferment déjà, dans leur état actuel, un grand progrès dans l'art de construire, on peut facilement concevoir des améliorations considérables à y introduire, auxquelles s'opposent différentes causes : absence d'unité de vue dans leur édification , absence d'unité dans la propriété des maisons, et quelquefois même dans celles de leurs différents étages, etc.
Si l'on suppose pour un instant cette multiplicité d'intérêts, qui concourent à l'érection et à la possession partielle des habitations urbaines, unis sous forme actionnaire, convertis en association, on con-