CONVENANCES DU LOGEMENT G
bituel, ce sont les personnes de la famille qui n'ont pas de services à rendre au malade qui, pour lui laisser plus de repos et de calme, peuvent occuper la chambre garnie.
Ce logement supplémentaire permet ainsi un repos plus facile pour la famille tout entière, et donne la possibilité, dans les cas très-rares de contagion, d'éviter les dangers que présente le rapprochement des personnes dans certaines maladies, et surtout dans celles concernant l'enfance.
Le logement sociétaire réunit donc , à n'importe quel point de vue on se place, des avantages que ne peut offrir l'habitation en toute propriété.
Le Palais Social est la mise en pratique de l'amour du prochain; c'est la porte par laquelle l'homme fait ouvertement son entrée dans la voie des Lois de la Vie; quand il en est arrivé à comprendre ainsi sa destinée, quand il a su concevoir la Répartition du Travail et de ses fruits sur des bases équitables, quand il a su tout constituer autour de lui, pour son repos, sa tranquillité et sa sécurité , le même sentiment ne tarde pas à l'élever aux besoins des jouissances de l'Art et de l'Intelligence, et le PalaisSocial doit offrir, sous ce rapport,
les ressources les plus nouvelles et les plus grandement comprises, parce que ces ressources se rattachent à toutes les autres conditions du bien-être et du développement de l'esprit et du cœur.
Aussi le Palais Social, tel que nous l'avons décrit, est-il magnifiquement doté pour procurer toutes ces satisfactions à ses habitants : ses grandes cours vitrées, ses salles publiques, son théâtre, sa bibliothèque, sont, pour les jouissances communes et individuelles, des ressources impossibles à réaliser, dans des conditions aussi satisfaisantes, pour une population autrement organisée.
D'autres éléments de satisfaction existent au dehors du Palais, par les jardins, les pelouses, les ombrages qu'entourent les eaux tranquilles de l'Oise : chacun se promène à son gré ; ici des habitants pèchent à la ligne, là des groupes font la conversation sur les bancs du jardin, pendant que d'autres font la promenade en barque, et que les enfants courent par les allées, autour des massifs, et sur les pelouses, où toute la joyeuse troupe prend ses ébats.
Il y a donc, au Familistère, beaucoup de moyens de délassements dont bien des gens aisés sont privés et ces avantages sont unis au plaisir que procure une société facile à rencontrer.
Les sociétés théâtrales, chorales, et de musique sont les heureux auxiliaires de ces moyens de délassements et de distractions,
Les représentations de drames, comédies ou vaudevilles, que les habitants du Familistère se donnent à eux-mêmes sur la scène, pendant les soirées d'hiver, sont des plaisirs inconnus ailleurs à la campagne; le bonheur d'être admis au nombre des acteurs n'est pas moins grand, pour un certain nombre, que pour d'autres celui' d'assister aux représentations.
Les règlements ou statuts de la société théâtrale sont empreints du meilleur esprit, et font honneur au corps entier des amateurs acteurs et actrices placés sous leur protection.
La société chorale se compose des écoliers les plus avancés en musique, des élèves sortis des écoles, et des amateurs qui se rencontrent parmi les sociétaires. C'est une satisfaction pour les membres de cette société de remplir les intermèdes des représentations théâtrales, et c'est un plaisir pour les assistants de les entendre : c'est du bonheur pour les pères, les mères et les enfants, c'est du bonheur pour tout le monde.
La société des trente-cinq musiciens du Familistère complète cet ensemble de jouissances moralisatrices de la population; elle fournit au théâtre un bel orchestre, et donne aux fêtes du Palais un attrait et une solennité que tout le monde apprécie.
Les répétitions musicales de cette société ont lieu, deux ou trois fois par semaine, dans le foyer du théâtre, faisant face au Palais. Pendant les belles
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soirées d'été, les croisées de la salle d'orchestre sont ouvertes; la population peut sortir sur la place centrale extérieure et jouir, en se promenant, du plaisir d'écouter les morceaux de musique que les amateurs de la ville viennent entendre de leur côté, en se mêlant aux groupes des habitants du Familistère.
Tous les délassements, tous les agréments sont ainsi accessibles à la population entière, parce que le Palais Social les met à la portée de tous.
Les fêtes surtout ont, au Familistère, un caractère de majesté et de grandeur dont la classe ouvrière ne peut nulle part ailleurs avoir aussi complètement l'honneur de l'initiative.
Dans les grandes cours vitrées du Palais, où deux à trois mille personnes peuvent se réunir et circuler à l'aise, la moindre décoration fait aussitôt un magnifique effet, et se prête aux plus grandes solennités.
La planche n° 41 représente la distribution des récompenses, un jour de Fête du Travail ; celte fête a lieu chaque année, comme celle de la distribution des récompenses aux enfants des écoles. Lors des préparatifs de ces deux fêtes, la population prodigue ses efforts afin de donner au spectacle un cadre digne du but poursuivi.
Les trophées, les panoplies s'élèvent alors avec entrain, le long des vastes galeries intérieures du Palais, et ces préparatifs donnent aux cours du Fa-
milistère une majesté de circonstance qui fait le bonheur de la population entière, et l'admiration des visiteurs.
C'est un spectacle grandiose que ces solennités du Familistère, et bien propre à faire comprendre aux sociétaires la distance qui les sépare de l'état d'abandon où ils se trouvaient naguère dans la maison isolée. Au Palais Social, la population ouvrière, sans sortir de chez elle, se donne le spectacle des honneurs qui lui sont dus.
La proclamation des mérites de la pratique industrielle, et la proclamation des progrès de l'enfance, se font en présence des parents, des amis et des nombreux curieux attirés de tous les points du canton.
À Couverture de la fête, l'orchestre du Familistère emplit de ses accords l'immense vaisseau de la cour centrale ; tous les corps élus par le suffrage, munis de leurs insignes particuliers, viennent prendre place sous le portique élevé pour la circonstance, au-dessus d'une vaste estrade. L'enfance du Familistère est assise sur des bancs en face de ce portique, et les lauréats du travail viennent, à titre de bon exemple, recevoir devant elle la récompense de leurs mérites.
La distribution des récompenses commence, et des morceaux de musique particuliers sont joués à l'appel des principaux lauréats, aux grands applaudissements de l'assemblée. Aussitôt cette fêle du
jour terminée commence la fête de nuit : la cour est transformée, à vue d'œil, par la corporation des pompiers, en une immense salle de bal : les musiciens prennent place sous le portique élevé pour la fête, et mille danseurs et danseuses s'élancent aux sons de l'orchestre, et se livrent aux plaisirs du bal jusqu'à une heure avancée de la nuit, pendant que deux mille personnes viennent jouir de ce spectacle du haut des galeries du Palais.
Le lecteur reste juge de l'effet de pareilles solennités sur l'esprit des sociétaires, petits ou grands : tous se sont unis pour les préparatifs et les jouissances de la fête commune, le plaisir de chacun s'est augmenté du plaisir de tous, et le sentiment de l'Amour du Travail, de l'Accord et de la Solidarité a fait un nouveau pas dans tous les cœurs.