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XL1I

Mais, dira-t-on, les ouvriers ne deviennent pas tous des petits saints parce qu'ils sont devenus habitants du Familistère, et il faut bien que l'ordre soit maintenu par un procédé quelconque ; il faut bien que les rixes, les mauvais traitements , le tapage soient réprimés ; il faut bien que les atteintes portées aux droits des autres soient punies ; il faut bien que des exemples soient donnés pour intimider les malfaiteurs. '

Gela est vrai ; il existe des exceptions en toute chose, au moral comme au physique.

Il y a des indignes dans toutes les classes de la société, chez les ouvriers et les pauvres comme chez les nobles et les bourgeois. Mais la différence entre les premiers et les derniers, c'est que la classe pauvre manque souvent du nécessaire, et qu'elle a

tout à chercher quand elle veut l'obtenir, tandis que la classe aisée n'a rien à demander à personne ; elle jouit de tout ce qu'elle désire.

La vérité à dire en l'honneur de la classe ouvrière, c'est que les malfaiteurs sont rares parmi elle, et que le dévouement y est commun. Il faut donc que les préjugés existants contre cette classe disparaissent de la société, et qu'on ne croie pas plus longtemps à la nécessité des moyens d'intimidation pour diriger les classes ouvrières. Les moyens de justice, relevant et encourageant le sentiment du bien chez les faibles, sont aujourd'hui les seuls au niveau des besoins du temps.

La sévérité de la répression n'est nulle part aussi grande que chez les peuples sauvages et barbares ; chez ces peuples, c'est presque toujours la torture ou la mort qui vient punir l'infraction à la loi ; la cruauté du juge est mille fois plus terrible que celle du malfaiteur,

Les âmes arriérées dans la vraie morale ne comprennent, comme triomphe du Droit, que l'anéantissement de leurs adversaires, et que les représailles de la lutte, du sang versé et du carnage.

A mesure que les civilisations avancent dans la voie du Bien, les mœurs s'adoucissent; mais malgré cela, aujourd'hui encore, le grand tort des moyens de répression de nos sociétés, c'est de dépasser outre mesure l'importance du fait ou du délit, et de n'avoir en eux-mêmes aucun caractère moral propre à

relever la dignité publique, et encore moins celle du justiciable.

Le croirait-on, la plus grande difficulté pour les Questions d'ordre et de moralité au Familistère, est provenue de ce que la police et le prétendu maintien de l'ordre devaient se faire par des agents venant du dehors.

La police et la répression sont des fonctions qui ont leur amour-propre de profession et qui entendent défendre leurs prérogatives ; il leur faut des coupables et desjusticiables, surtout sous un régime tel que nous l'a fait l'Empire.

Il ne pouvait donc être admis, de prime abord, que le Familistère, quoique ayant son existence particulière et propre, fut en droit de faire sa police intérieure, avec la mansuétude qui est entrée dans ses habitudes ; mais ces résistances extérieures se sont en grande partie éteintes par la force d'inertie qui leur a été opposée.

Car il faut le dire ici, pour l'édification de ceux qui croient que les classes ouvrières sont indisciplinées ou indisciplinables, il n'y a pas eu un seul procès de simple police dans le Familistère, depuis sa fondation. Et pourtant, le Palais renferme 900 personnes ; les réunions y sont fréquentes et nombreuses, les relations et les rapports sont des plus actifs entre tous les habitants.

Le fait principal de l'ordre et de la bonne conduite au Familistère, c'est que la vie de chacun

y est à découvert : le mérite y est honoré et mis en relief, et les actes nuisibles à la bonne harmonie des habitants y sont critiqués par la population tout entière.

Ceux qui commettent des actes nuisibles au bien ou à la tranquillité d'autrui, le font en secret ou dans des moments d'oubli dont ils désirent éviter la publicité.

La critique du mal commis, étant une peine morale redoutée, est celle consacrée au Familistère.

Lorsqu'un fait nuisible à l'ordre intérieur, à un titre quelconque, est commis par un des sociétaires, le fait, suivant son importance, donne lieu à un avertissement à domicile, où il est signalé par voie de simple affichage, sans mentionner personne. Quand il y a récidive, ou que le fait a quelque gravité, l'affichage contient, outre le nom du sociétaire, une amende de 5 centimes à 5 francs au profit de la caisse mutuelle. La durée de l'affichage est momentanée, et proportionnée au fait qui a motivé la peine.

Pour les faits d'une certaine gravité, les conseils élus par le suffrage universel, comme cela sera expliqué dans la section suivante, se réunissent en conseil de censure, pour donner à la critique un caractère plus sévère, et à l'affichage plus d'autorité. Les conseils peuvent prononcer l'exclusion du sociétaire en demandant qu'il soit congédié.

Autant l'individu se sent honoré d'être inscrit

dans les tableaux d'honneur, autant il déplore la condamnation de sa conduite au tableau de ceux qui ont démérité.

Rien n'est redouté au Familistère comme l'affichage au tableau spécial ; les cas en sont rares ; aussi chacun s'évertue à tenir une conduite digne et convenable à l'égard de ses semblables.

La critique est active et sévère sur tous les actes préjudiciables aux intérêts généraux de la population, mais la conscience publique n'est pas portée aux rigueurs de la répression, la population se contente du jugement de la critique; le sentiment du pardon et de l'oubli domine dans tous les cœurs.

Les faits qui ne peuvent s'effacer par cette épuration seraient véritablement du ressort des tribunaux , et donneraient lieu à l'élimination du sociétaire.

Si le Palais Social remplaçait nos villages, et que la Justice fût organisée dans son sein, il y aurait bien peu de délits à réprimer et de crimes à punir, ou plutôt il n'y en aurait plus: les écarts de cette nature seraient des dérangements des fonctions mentales qu'il faudrait traiter comme des maladies.

XUIl

Le Familistère représente, sous le rapport de son organisation, une œuvre plus complète que beaucoup de ses visiteurs ne le pensent. Tâchons d'en exposer brièvement le mécanisme général, en négligeant les détails d'organisation qui fatigueraient le lecteur.

Une Commission Administrative est chargée de la direction des intérêts de l'Industrie, de l'Usine et, en même temps, des intérêts matériels du Familistère ; cette Commission est choisie parmi les sociétaires les plus instruits, les plus capables et les plus en état de diriger la marche des opérations. Elle se réunit, au moins une fois par semaine, pour délibérer sur tous les intérêts de l'Industrie, et une autre fois pour s'occuper des approvisionnements et de toutes les choses qu'il est dans l'intérêt du Familistère d'entreprendre et de faire.

Cette Commission surveille et contrôle les opérations du Palais, en se divisant la besogne, mais elle en délègue l'exécution au fonctionnaire qui prend le titre d'économe du Familistère.

L'Économat fait les approvisionnements de toutes les marchandises et denrées nécessaires au Palais;

leur réception et leur vérification à l'arrivée ont lieu sous la surveillance de l'économe, et avec l'intervention des personnes attachées aux divers magasins ou services qui doivent faire la vente de ces marchandises.

Un magasin de réserve est chargé des approvisionnements, tant qu'ils ne sont pas distribués aux débits et magasins de détail.

Le Familistère est, en outre, divisé en autant de services spéciaux qu'il renferme d'opérations différentes les unes des autres : chaque service, suivant son importance, possède un ou plusieurs fonctionnaires.

Les débits, les magasins, et tous les services, sont, chacun dans leur genre, indépendants les uns des autres; ils ont leurs livres auxiliaires, et leurs moyens de contrôle appropriés à leurs opérations.

Chaque débit, chaque magasin, chaque service a un compte ouvert à l'économat, qui en résume les opérations; chacun d'eux est débité des livraisons qui lui sont faites, de son loyer, des frais de son personnel, de l'intérêt de son capital propre, de l'amortissement de son matériel, de son assurance, de sa part de frais généraux, etc.; et il est crédité de ses ventes et sorties.

Chaque jour, le montant des opérations de chacun des services et magasins de vente est porté à son crédit respectif, et tous ces services se ba~

lancent en bénéfices ou en pertes à chaque inventaire, suivant la bonne ou la mauvaise direction qui leur a été donnée pendant le semestre.

Cette division des opérations permet de faire, où et quand cela est jugé convenable, des règlements partiels, par lesquels on peut apprécier, de temps à autre, la marche des services en particulier, sans attendre le jour de l'inventaire.

Les fonctions, réparties dans les différents services du Familistère, appellent soixante-dix à quatrevingts personnes de la population intérieure, à prendre, à des degrés divers, une part active à' Ja marche journalière des opérations et des services utiles à tous les sociétaires.

Les fonctions de la Commission Administrative du Familistère se bornent à la surveillance matérielle du Palais, à la direction du personnel des services, ainsi qu'à celle de la marche commerciale et financière des opérations.

Pour ce qui est de l'administration de toutes les Institutions et Sociétés que le Familistère renferme, la Commission Administrative n'y intervient que pour les renseignements à donner, pour la part des fonds à verser, par l'Usine, à la caisse de prévoyance, et pour le contrôle financier et comptable lorsqu'il y a lieu. Tout le reste est dirigé et administré par des Comités élus, par la voie du suffrage, dans les Sociétés librement formées pour la bonne marche de ces Institutions.

Lorsqu'il s'agit des intérêts du travail, les Comités sont nommés au suffrage universel des ouvriers.

Chacun des Comités, ainsi nommés, propose les statuts qui sont ensuite discutés, modifiés et votés en Assemblée Générale des membres de chaque Société.

C'est ainsi que fonctionnent, au Familistère et dans son Usine, les Sociétés, les Corporations et les Comités : de l'Éducation, de l'Instruction, de Secours et de Prévoyance, de Pharmacie, des Soins Médicaux, des Pompiers, de la Musique, du Théâtre, des Fêtes et Plaisirs, du Cercle, de la Bibliothèque, des Réclamations du Travail, etc.

Aussi, les élections sont-elles souvent en exercice, au Familistère, — soit pour ses Sociétés et ses comités propres, soit pour les Comités se rattachant au travail de son usine et de sa manufacture : — car il est presque généralement admis, par ces Sociétés, de procéder tous les trois mois au renouvellement partiel de leurs Comités; c'est ainsi que les Sociétés se tiennent en haleine, et que l'émulation se maintient dans l'exercice des fonctions purement honorifiques, et de dévouement, dévolues aux Comités.

Toutes ces Sociétés font leurs statuts à leur convenance, les modifient, et les changent en toute liberté.

Un Conseil de douze membres, élu parmi les

hommes, et un Conseil de douze membres, élu parmi les femmes, complètent au Familistère l'ensemble des corps électifs.

Ces deux Conseils sont nommés par le suffrage universel des électeurs du Familistère. Sont considérés comme électeurs tous les individus arrivés à l'âge où ils sont en état de se suffire par leur capacité au travail, après leur sortie des écoles ; à défaut de brevet de capacité, le minimum d'âge est fixé à seize ans pour les deux sexes.

Je vois ici sourire les partisans de la routine, et surtout les hommes qui, amis du Droit et de la Liberté, n'en comprennent néanmoins la jouissance qu'à leur profit.

Au Familistère, on aime la Liberté et le Droit en eux-mêmes et pour tous, la population ne sacrifie, sous ce rapport, rien au préjugé : les femmes ne sont, par conséquent, pas exclues des prérogatives électorales; elles s'en montrent au moins aussi jalouses que les hommes, et sont certainement plus empressées à en accomplir les Devoirs.

Les fonctions des Conseils du Familistère sont surtout des fonctions d'initiative et d'observation ; leurs attributions n'ont rien de limité ni pour l'un ni pour l'autre ; ils ont tous deux la liberté de discussion pour règle, et peuvent, par conséquent, s'occuper des mêmes questions. 11 est dans le droit de chacun de ces Conseils que l'un prétende à un rôle plus utile que l'autre.

Néanmoins, leurs aptitudes et leurs tendances naturelles sont différentes; le Conseil des Hommes s'occupe plutôt des questions d'amélioration dans le travail, d'institutions de prévoyance, de répartition, de l'organisation des fêtes.

Le Conseil des Dames s'occupe plus particulièrement de ce qui a rapport aux fonctions domestiques, de la qualité des denrées qui se vendent au Familistère, de la propreté et de la salubrité générales, des soins donnés à l'enfance; des lavoirs et buanderies, et de toutes les améliorations qui peuvent venir en aide au ménage.

Ces Conseils se réunissent quand ils le jugent convenable ; leur influence agit sur les mesures d'ordre reconnues utiles ; ils donnent leur avis sur la marche des opérations du Familistère ; communication leur est faite des résultats des inventaires, et des dépenses générales faites au profit de la population.

Les Conseils rédigent des procès-verbaux de leur réunion, dans lesquels la commission administrative puise des éléments de direction.

Les Conseils sont les arbitres des hautes questions d'ordre ; ils sont appelés à se prononcer sur les infractions commises aux habitudes de bonne confraternité, sur les actes compromettant, à un titre quelconque, l'ordre du Familistère, et surtout sur les causes qui pourraient motiver le congé d'un sociétaire.

Les attributions des Conseils s'étendent aussi, par conséquent, aux encouragements qu'il convient de donner aux différents mérites qui se distinguent dans l'Usine et le Familistère; ils signalent le zèle et l'exactitude dans les fonctions comme l'oubli ou la négligence des fonctionnaires! Les Conseils sont donc un levier d'influence morale, servant au fonctionnement régulier des intérêts généraux du Palais, et un élément utile dans la marche de son administration.

LE POUVOIR SOUVERAIK

La question que j'aborde ici n'est pas la moins grave de celles à résoudre dans nos sociétés où tous les éléments sont en travail de transformation • les matériaux pour édifier les pouvoirs surtout ne se présentent à l'observateur qu'à l'état confus et sont difnciles à rassembler.

Le Palais Social nous offre pourtant, unis dans une vénlable solidarité, tous les éléments de la vie communale, restes jusqu'ici séparés et sans lien réel; il nous montre ces éléments constituant une société homogène, autonome, qui a son existence et sa vie propres, et cependant nous n'avons pàsen-

core vu quel pouvoir donne l'impulsion à cette société, ni quel principe assure sa durée et ses moyens de direction.

La nécessité d'assurer la stabilité du pouvoir dirigeant se présente peut-être plus souvent à l'esprit des personnes visitant le Familistère, que partout ailleurs. En voyant l'ordre, l'agencement et le fonctionnement de tout cet ensemble, beaucoup me disent : « Que deviendra cette œuvre quand vous n'y serez plus? Votre fils peut s'inspirer de vos sentiments, mais enfin il est mortel comme vous, et on peut prévoir que le sort de l'héritage mette un incapable, un insensé, un indigne à votre place : alors une mauvaise direction amènera le désordre et la ruine. »

Voilà comment des personnes, qui trouvent tout naturel que le sort des nations soit livré aux hasards de l'hérédité, font du principe d'hérédité même une objection contre le Familistère, et établissent souvent, à leur insu, que l'hérédité est impuissante à perpétuer un pouvoir souverain, capable de maintenir la bonne harmonie et la prospérité des fonctions dans une société quelconque.

Si ces personnes se préoccupent peu, pour les fortunes individuelles, des fluctuations et des vicissitudes qu'elles considèrent comme des accidents de la vie dont ceux qui les éprouvent supportent la responsabilité ; elles sont néanmoins frappées des conséquences de ces revers de fortune, lorsqu'il s'agit

de mille personnes vivant heureuses et tranquilles, a l'abri d'une organisation protectrice de leurs droits et de leur avenir.

Dans ces circonstances, les partisans de l'hérédité ne veulent plus que le sort d'une population tout entière soit confié à des incapables, parce qu'ils re doutent pour elle les mauvaises chances de l'hérédité.

L'hérédité est donc condamnée comme système de pouvoir dirigeant du Palais social, même par les plus zèles partisans de ce système.

C'est qu'en effet les pouvoirs dirigeants, basés sur l'hérédité, sont condamnés par les faits devant les besoins que l'Industrie a fait naître dans la société moderne. Trop souvent, le fils, ignorant ou dissipateur, est incapable de donner suite à la direction d'un père habile ; ou même, chez les enfants de mérite, les aptitudes et les goûts sont différents de ceux de leur père, et font obstacle à la continuité régulière des industries.

La nature ne sanctionne du reste, sous aucun rapport, les pouvoirs ayant l'hérédité pour base; car, si elle leur accordait son appui, les rois et les princes seraient toujours les hommes les plus capables des nations et les plus dignes, sous tous les rapports, du gouvernement des Peuples; l'histoire ne nous rappellerait pas ces rois et ces princes dits : Débonnaires, Fainéants, Simples, Fous, Cruels, Mauvais, Faux-AIonnayeurs, Débauchés, etc.; elle ne nous

rappellerait pas tant d'oppresseurs et de tyrans issus des familles princières, tant de turpitudes et de crimes qui sont la honte de leur mémoire.

La nature a donc, dans tous les temps, laissé l'hérédité dans le plus profond oubli, puisque, à côté de ces notoires incapacités, ou même de ces monstruosités princières et royales, elle a versé au sein du Peuple le Génie de sa Régénération.

Mais si la tradition de l'hérédité est usée dans l'esprit des populations, comme principe légitime d'administration et de direction ; s'il est établi que l'hérédité est incapable de servir à une organisation durable du gouvernement des choses humaines ; s'il est même établi que l'Hérédité est contraire au Droit Naturel Permanent dont chacun doit jouir sur la chose publique ; si, par conséquent, l'hérédité est, en matière de gouvernement, contraire au véritable principe de la légitimité du pouvoir, même lorsque ce pouvoir est tempéré par les institutions; à plus forte raison le gouvernement absolu doit-il être l'objet de la réprobation universelle : c'est aussi le sort qui lui est réservé par l'histoire des malheurs qui ont suivi tous les despotismes, et toutes les tyrannies. Les sociétés modernes réprouvent tous les gouvernements arbitraires quels qu'ils soient, mais surtout le gouvernement laissant au caprice d'un seul les destinées de tous.

Mais, s'il est constant que les pouvoirs fondés par l'autorité de la force brutale ou de l'hérédité, sont

condamnés à disparaître des sociétés humaines, il est vrai de dire aussi que les moyens de faire toujours arriver les plus dignes au pouvoir n'ont pas encore trouvé leur formule, et que les gouvernements, même issus du suffrage des populations, sont loin d'avoir trouvé cette sanction.

Et il en est ainsi parce que le Véritable Droit Souverain n'a pas encore été défini ; l'homme, en effet, a voulu s'attribuer ce droit, et, bouffi dans son orgueil, il a marché d'erreur en erreur, de malheur en malheur, de chute en chute, sous le rapport politique et social. Il a négligé de reconnaître qu'audessus de la souveraineté humaine, il y avait la souveraineté divine, c'est-à-dire la Souveraineté des Lois de la Nature, la Souveraineté des Lois de la Vie ; il a négligé de reconnaître que la loi humaine ne pouvait et ne devait être que la Consécration Pratique des Lois Naturelles. L'homme a négligé enfin de reconnaître qu'au lieu d'être le principe de la souveraineté, il n'en est que l'agent.

C'est sous l'empire de cette double erreur du mépris de la souveraineté des lois naturelles et de l'usurpation de leur pouvoir souverain, que l'homme est tombé dans les erreurs politiques au milieu desquelles la société cherche sa voie.

Malgré cela, la Nature n'ayant véritablement distingué les hommes entre eux que par la différence de leurs mérites, de leurs talents et de leur génie, il est conforme aux données de la logique et de la

raison, — parce que cela est aussi conforme aux données de la science de l'homme, — de conclure que la Nature laisse à l'universalité des hommes le soin de distinguer parmi eux les plus méritants et les plus capables, pour leur confier les pouvoirs nécessaires à la direction des intérêts sociaux.

Je généralise et ne fais point de distinctions entre les sociétés petites ou grandes, car je considère désormais comme sociétés l'usine, la fabrique, l'atelier, et toute entreprise enfin dans laquelle une réunion d'hommes travaillent à une œuvre commune, à un résultat commun; et je pose en principe absolu que, du jour où seront résolues, d'une façon définitive, la constitution et la forme du gouvernement du travail et des intérêts d'une entreprise comme celle du Familistère et de son usine, ou même d'une simple usine, dès que ce gouvernement donnera complète satisfaction , pour le présent, à toutes les parties intéressées, et répondra à toutes les prévisions de l'avenir, de ce jour-là, le système de gouvernement qui convient à la Commune et à l'État sera aussi résolu.

Il y a plus, la solution définitive du gouvernement des peuples ne sera trouvée que le jour où les rapports des intérêts du Travail et du Capital seront conciliés dans la Société.

Il faut donc favoriser l'Esprit d'Association entre le Travail et le Capital; il faut en encourager l'application comme seule voie de conciliation desDroits de

Tous; il faut que les ouvriers deviennent des sociétaires; il faut que chaque travailleur recouvre sa part naturelle de souveraineté sociale ; il faut que cette souveraineté confie toujours la direction aux hommes les plus intelligents, les plus capables, et les plus dévoués aux intérêts généraux.

C'est ainsi que se soutiendront, que se perpétueront indéfiniment les entreprises et les institutions humaines, au profit des générations qui se succèdent; c'est ainsi que s'éclairera le difficile problème du gouvernement des sociétés.

Mais nous n'avons pas encore résolu ce problème : Si le pouvoir personnel est, avec raison, considéré comme un marchepied conduisant à la tyrannie et au despotisme ;

Si l'autorité héréditaire est sans valeur légitime pour la direction et le commandement ; Si le suffrage de tous peut s'égarer ; Si la souveraineté de la volonté publique peut se tromper; Où est la Règle Sociale Véritable ?

Où sont les Pouvoirs Légitimes?

Où se trouve enfin la Légitime Souveraineté? D'après les principes de la Doctrine de la Vie exposés au chapitre xu de ce volume, nous répondrons à ces questiens en disant :

La Légitime Souveraineté est confiée de par la Nature à l'Universalité des Individus, parce que tous sont subordonnés à ses Lois : tous y doivent res-

pect et reconnaissance, tous doivent en protéger l'application.

Nul ne peut être complètement dépouillé de ses Droits Naturels sans périr ; nul ne peut les voir s'amoindrir sans souffrir : donc tous les hommes ont intérêt au respect des Lois Naturelles, tous les hommes en sont constitués les gardiens.

La Nature a fondé ainsi le Droit de chaque individu à la Souveraineté, en accordant à chacun une part dans la chose publique.

La Première Puissance Légitime de toute société réside donc dans l'Universalité de ses membres, et tous les Pouvoirs qui dérivent de cette Puissance n'en sont que l'émanation, que les mandataires, et les subordonnés.

Les Pouvoirs Légitimes relèvent essentiellement de la Collectivité *des Intérêts qu'ils embrassent ; leurs mandats doivent être précis, déterminés, et par cela essentiellement temporaires et soumis au contrôle et au jugement de la Puissance Souveraine dont ils émanent.

Dans une société où le respect des Lois de la Vie sera consacré, les Pouvoirs écherront aux hommes que la grandeur de leur mérite et leur amour pour leurs semblables désigneront aux suffrages universels.

La Règle Sociale Véritable, que l'Humanité doit suivre, a toujours été, est, et restera toujours su-

bordonnce aux Lois de la Nature, seules légitimement souveraines.

Si nous nous rappelons que la Morale des Nations , comme celle des Individus, a pour Lois suprêmes : La Conservation et l'Entretien delà Vie Humaine, Le Développement et le Progrès de la Vie Humaine, L'Équilibre et l'Harmonie de la Vie Humaine; Si nous avons reconnu qu'il est impossible d'assigner à la Morale et au Gouvernement des choses Humaines un But Supérieur; nous reconnaîtrons aussi que la Puissance Souveraine dévolue aux hommes, même considérée dans son Universalité, a des limites naturelles, en dehors desquelles elle tombe dans l'abus, et cesse d'être légitime, comme toutes les actions humaines lorsqu'elles enfreignent les Lois de la Nature.

Il convient donc de définir, d'une façon plus précise, la limite dans laquelle peut s'exercer l'action légitime de la Puissance Souveraine dans la Société, et celle des Pouvoirs que cette Puissance est appelée à constituer dans le sein de la Société même, pour veiller au Gouvernement des Intérêts de Tous. C'est dans la Loi Primordiale d'Équilibre, d'Accord et d'Harmonie de la Vie qu'est la source des Besoins Politiques et Sociaux dévolus à l'homme; mais nous avons à démontrer que ces besoins ont précisément pour but de se faire les interprètes des intentions souveraines de la Loi Naturelle.

C'est pour cela que tous les hommes naissent avec les facultés qui les poussent au désir de participer à la chose publique, de surveiller leur part d'intérêt dans la chose commune.

Je démontrerai, avec évidence, l'existence de ces facultés, dans mon Traité des Solutions Morales, Religieuses et Politiques] mais l'existence de ces facultés se constate déjà par l'intérêt, et souvent par la passion, que l'homme libre apporte à la discussion des affaires publiques.

Les Facultés Morales et Sociales de l'homme, par cela même qu'elles sont inhérentes à sa nature, créent pour l'individu des Besoins de Participation au Gouvernement des Sociétés dont il fait partie; ces Besoins constituent des Droits qui sont aussi imprescriptibles et aussi inaliénables que ceux du boire et du manger.

Chacun, dans la société, prenant part à l'action souveraine des efforts, doit aussi prendre part à l'action souveraine des résolutions; de là aussi le Droit Souverain Permanent du Peuple de choisir les hommes les plus dignes du gouvernement de ses intérêts, et de révoquer ceux qu'il en croit incapables.

Le Droit à la Souveraineté existe donc de par la volonté de la Nature, et de par la logique des choses humaines; ce droit résulte des facultés supérieures dont l'intelligence humaine est douée pour accomplir, de la façon la plus largement comprise, la Loi

de Vie dans l'Humanité, lorsque l'homme aura compris cette Loi.

La Loi Naturelle étant le fondement du droit d'élire, du droit de suffrage, comme de tous les droits légitimes de l'homme, ce droit est permanent dans l'individu et dans les générations successives ; il est imprescriptible, de sorte que les actes du pouvoir souverain d'aujourd'hui n'ont de valeur, pour celui de demain, que si ces actes sont en accord avec les droits légitimes que les membres du corps souverain tiennent de la Nature.

C'est donc par une interprétation abusive du Droit Souverain que des hommes, professant l'hypocrisie de la Souveraineté Nationale et du suffrage universel, ont prétendu que le suffrage universel pouvait consacrer l'usurpation de la Souveraineté, s'imposer silence à lui-même, et remettre indéfiniment l'exercice des pouvoirs aux mains d'un individu ou de plusieurs.

Le suffrage universel ne peut déléguer à ses représentants et à tous les pouvoirs qu'il institue, qu'une existence temporaire, qu'une faculté, celle d'être l'interprète du Droit de Tous, et qu'un mandat précis et déterminé, dont le mandataire doit connaître et accomplir l'objet ; mais jamais les mandataires du Pouvoir Souverain, jamais les élus du suffrage ne peuvent recevoir la mission, pas plus qu'ils ne peuvent s'arroger le droit, de porter atteinte aux Droits Fondamentaux que l'Homme tient de la

Nature, ou de Dieu même ; ni d'en restreindre l'usage.

Il est des contrats dont l'iniquité soulève la conscience humaine, même quand ils sont revêtus de toutes les formes légales du consentement. On n'admet plus aujourd'hui, par exemple, qu'un homme puisse se vendre à un autre homme, pour en devenir l'esclave et la propriété; et pourtant un homme est plus maître de lui-même qu'il n'est maître du droit des autres; maisja Vie est un Droit qu'il tient de la Nature, elle est Inaliénable.

Nous avons suffisamment établi au chapitre xiv : Éléments de la Production, que l'homme n'a le droit d'aliéner que ce qui est le produit de son activité : ce qu'il tient de la Nature est inaliénable. C'est par ce motif qu'il ne peut abuser ni de son existence, ni de ce qui en constitue l'essence, sans commettre un acte illégitime, un crime aux yeux du Créateur I A bien plus forte raison est-il sans pouvoir légitime pour aliéner les droits que les autres tiennent de la Nature.

La Souveraineté est dans ce cas ; c'est pourquoi nos pères, animés d'une inspiration supérieure, l'ont déclarée inaliénable; mais il nous appartient aujourd'hui de définir les véritables principes de la Souveraineté, de déterminer ses limites, et de démontrer les motifs de son inaliénabilité. La raison humaine doit compléter l'œuvre de nos pères, et proclamer, dans un avenir prochain, que tout ce

qui est de Droit Naturel pour l'homme est inaliénable et imprescriptible.

La Souveraineté ou la Puissance Sociale étant placée dans l'universalité des individus, il en resuite que pour constituer l'unité d'action, la masse doit déléguer ses pouvoirs. C'est de ce fait que naît l'organisation du suffrage, c'est-à-dire les combinaisons propres à distinguer les hommes auxquels doit être conféré le gouvernement des affaires, et ceux auxquels il convient de retirer ce pouvoir.

Car la Puissance Souveraine joint, à la faculté d'élire ses fonctionnaires, celle de les destituer ; aussi l'intérêt social exige-t-il que la direction soit soumise à l'appréciation du Corps Souverain, à des intervalles déterminés ; par conséquent, tout mandat du Pouvoir Souverain doit être limité à la juste durée nécessaire à cette appréciation.

La Nature assigne une période au renouvellement de presque toutes les opérations de l'activité humaine ; cette période c'est la révolution de l'année.

Chaque année, le Peuple Souverain doit donc s'assembler, après chaque session de ses représentants, pour apprécier si les pouvoirs qu'il a conférés ont été bien remplis, et pour aviser à en redresser les erreurs, par le changement de ses mandataires, dans la mesure nécessaire aux intérêts de tous.

Le plus grand tort des Pouvoirs Humains a toujours été de se croire impeccables, et de vouloir s'éterniser au mépris des Droits du Peuple.

Les Pouvoirs Politiques et Sociaux sont au contraire très-limités, puisque la Souveraineté du Peuple est elle-même subordonnée au respect dû aux Lois Naturelles. En dehors de ces limites tous les Pouvoirs tombent dans l'Arbitraire ou le Despotisme ; n'importe que ce soit le Pouvoir s'exerçant dans l'Individu pour le Gouvernement de ses Actes, ou dans une Société pour le Gouvernement de ses Intérêts, ou que ce soit le Pouvoir de la Majorité de la Nation s'exerçant pour le Gouvernement du Peuple.

La Souveraineté du Nombre elle-même, lorsqu'elle est en opposition avec le Droit Naturel, ne peut s'imposer légitimement; elle ne peut empêcher la Vérité d'être vraie, le Juste d'être juste; par conséquent, quand cette Souveraineté s'égare au mépris des Lois Naturelles et de la Raison Divine, elle n'est plus la Souveraineté, mais la puissance tyrannique de la Force et du Despotisme du plus grand nombre, sans plus de Justice, à l'égard de la Minorité, que le Despotisme d'un seul, ou de quelques-uns.

Une société par exemple qui, par son organisation et la constitution de ses intérêts, serait la négation du Droit à la Vie d'une partie de ses membres, ou même, pour que le fait soit plus frappant, disons, qui décréterait à une grande majorité la mort et la confiscation des biens et des propriétés d'une minorité, une telle société motiverait dans son sein une résistance sociale légitime. — La Loi de Vie étant la première des Lois imposées à

l'homme, et le premier des Droits qui lui sont dévolus, c'est à son inspiration que la conscience des opprimés se soulèverait, et que les victimes s'insurgeraient contre un décret semblable. A plus forte raison, concevrait-on cette résistance, si la violation du Droit était due à l'incurie d'une Représentation qui, dépassant les limites de son mandat, soustrairait ses actes à la sanction du Peuple Souverain.

Mais si la résistance nous apparaît légitime dans ce cas, il faut bien comprendre qu'elle peut exister pour bien d'autres motifs, à des degrés divers, dans nos sociétés encore imparfaites; car le Droit n'y est nulle part assis sur ses véritables bases.

Dès qu'une société quelconque souffre dans les moyens d'existence, et dans l'exercice des droits d'une partie de ses membres, le mécontentement existe, visible ou latent, et la résistance contre l'état de choses établies est prête à naître à chaque occasion qui se présente.

En conséquence, tant que les Besoins de la Vie souffriront d'une atteinte au Droit sur un point quelconque, ces résistances existeront; mais elles s'amoindriront d'autant plus, et la sécurité sociale sera d'autant plus grande, qu'il sera donné plus de satisfaction aux Besoins Légitimes de la Vie de Tous.

Des Droits Légitimes étant encore méconnus, au sein de nos sociétés, la conscience sociale réclamera place à ces Droits, jusqu'à ce que l'action publique soit en accord avec les Lois de la Vie.

L'Organisation de la Représentation Véritable des intérêts sociaux est donc un des problèmes les plus importants à étudier et à résoudre dans les sociétés modernes : le suffrage universel n'est qu'une première ébauche, fort imparfaite, de cette organisation.

Aussi, est-ce à cette imperfection qu'il faut attribuer ces difficultés, en apparence inconciliables, du droit de tout sociétaire et de tout citoyen d'exercer son influence sur le gouvernement des intérêts communs, avec l'impuissance où se trouve le suffrage universel pour distinguer, réellement aujourd'hui, les hommes les plus capables de diriger les intérêts de la chose commune ou publique.

Cela tient à plusieurs causes, que les progrès de la raison politique et sociale, aidés du temps, feront disparaître; ces causes résultent :

De ce que les Pouvoirs issus du suffrage de la Nation se sont crus, généralement, investis du droit de se substituer au Pouvoir Souverain du Peuple;

De l'état de défiance dans lequel sont placées, les unes par rapport aux autres, les Classes de la société représentant le Travail et le Capital;

De l'insuffisance et des vices de l'organisation du suffrage;

Des précautions prises pour diriger les élections, et en paralyser l'influence;

Des restrictions apportées au droit de vote;

De la rareté des manifestations du Peuple Souverain ;

De l'inexpérience de l'électeur;

De la trop longue durée du mandat des élus ;

Du défaut de renseignements vrais sur les candidats;

De l'absence de Liberté.

Le suffrage universel, dans l'état actuel de son organisation et des lois qui en règlent l'exercice, ne peut juger et se prononcer que sur la renommée des personnes, ou sur leurs promesses ; le Peuple Souverain n'est pas libre de s'assembler et de faire comparaître ses candidats devant lui. Dans ces conditions, combien de grands mérites et de liautes capacités sociales peuvent être laissés dans l'oubli ; combien de place peut être faite à l'intrigant, à côté de l'homme fier de sa dignité, et confiant dans sa véritable valeur!

La constitution des pouvoirs dirigeants, et le véritable exercice de la volonté publique, exigent un progrès social que les institutions et le temps pourront seuls aceomplir.

Parmi ces institutions complémentaires, dont le suffrage universel a besoin, se place en première ligne tout ce qui pourra donnera l'opinion publique les moyens d'exprimer sa volonté en toute liberté.

Mais ce qui exercera la plus grande influence sur les destinées de la nation, ce sera l'institution de l'Enseignement Intégral et Libre, ouvert à tous les

enfants du peuple; alors on verra chacun se classer, suivant ses aptitudes, dans les différents ordres des institutions scientifiques de la Nation, où se développeront les capacités naturelles propres à toutes les fonctions.

L'Étude plus complète de l'homme et la science des Lois de la Vie démontreront bientôt que les différences de conformation et de constitution, que les enfants présentent dès le jeune âge, correspondent à des aptitudes et, disons même, à des qualités et à des vertus particulières à la vie individuelle.

Avec l'aide de la connaissance de l'homme, et par l'Éducation Intégrale commencée dans la Commune, il sera facile de diriger les natures d'élite vers tous les degrés de l'enseignement, en suivant Tordre des aptitudes multiples des individus, dans les écoles graduées de la nation; écoles comprenant des cours spéciaux pour les sciences sociales et politiques, c'est-à-dire pour les sciences des Lois de la Vie et de l'Humanité; ainsi naîtront les véritables capacités sur lesquelles le suffrage pourra sans erreur diriger ses choix.

Telle est la voie que le Familistère a ouverte à son administration future; c'est par l'Éducation et l'Instruction qu'il développe et fait grandir, en savoir et en intelligence, la génération qui s'élève ; et c'est au milieu d'elle qu'il espère voir se perpétuer ses traditions et puiser les éléments de sa prospérité.

Mais on comprendra que le Familistère et son Usine n'ont pas eu, plus que tout autre centre de population, la ressource de trouver, par voie d'élection naturelle, des capacités développées à l'avance pour les placer dans la hiérarchie des fonctions de l'industrie et du travail, afin de juger ces capacités à l'œuvre, et de leur confier ensuite la part de direction dont elles seraient reconnues capables.

Ce qui se fait pour la direction du Familistère et de son Usine diffère donc peu, quant au choix des fonctionnaires, de ce qui se fait dans la direction de toutes les entreprises actuelles; le hasard en a rassemblé les éléments qui, pour la plupart, ont vu les choses s'édifier sans comprendre la pensée qui y présidait, ou sont restés longtemps incrédules devant le but poursuivi.

La souveraineté du nombre n'a donc pas pris part à la fondation du Familistère et de ses Institutions; l'hostilité de l'opinion publique y a au contraire été prise en pitié.

Mais rien n'était pourtant laissé à l'arbitraire d'une volonté sans guide : le fondateur du Palais Social avait puisé dans la Loi Souveraine de Vie les moyens les plus sûrs de toute direction en pareille matière.

C'est inspiré des Lois de la Vie qu'il a fondé le Familistère; c'est inspiré des Lois de la Vie qu'il en a créé et dirigé toutes les Institutions dans la voie où elles sont entrées; c'est inspiré des Lois de

la Vie qu'il en a confié la garde à la population entière qui en profite ;

C'est sous l'inspiration de ces Lois que se développent les sociétés mutuelles et corporatives, ayant pour but d'agrandir chaque jour les bienfaits d'une Solidarité sagement comprise, au sein de la population;

C'est enfin sous l'inspiration des Lois de la Vie, que le fondateur du Familistère laisse à la volonté' librement exprimée de la population entière, soit par l'organe de ses comités, soit dans ses manifestations générales, le soin de choisir et d'élire les personnes capables de concourir aux progrès des Institutions profitables à l'Association entière.

Telle est la puissance de la Loi de Vie et des Lois Secondaires qui en dérivent, que le fondateur du Familistère, en possession du guide souverain qu'elles mettent aux mains de ceux qui les consultent de bonne foi, a pu faire ce que les pouvoirs publics, ignorants de ces Lois, n'auraient pu réaliser.

C'est la dernière preuve que j'apporte à ce chapitre pour établir que les Lois de la Vie sont les Lois Souveraines sur lesquelles les hommes peuvent s'appuyer, avec Vérité et Justice, pour fonder le Gouvernement et les Pouvoirs Légitimes des Sociétés Humaines, depuis les Sociétés d'Exploitation Agricole et Industrielle jusqu'à l'Association Communale, et de l'association communale à l'Unité de la Nation et à la Fédération des Peuples.

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