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DÉMOCRATIE POLITIQUE

L'idée démocratique n'est plus, pour une minorité seulement, la liberté et l'égalité des droits politiques : c'est pour le peuple tout entier la liberté et l'égalité des droits sociaux.

C'est pour les masses travailleuses leur part d'intervention dans la direction industrielle, c'est la revendication de leurs droits légitimes à la participation des bénéfices créés par leur travail, et, par conséquent, à la jouissance des avantages qui s'attachent à la richesse.

L'idée démocratique émane du profond sentiment que l'homme a de ses droits; ce sentiment se développe avec les progrès de l'intelligence, c'est pourquoi les classes éclairées en ont surtout revendiqué l'application. Aptes à se mêler au gouvernement des affaires publiques, elles ont été frappées des nom-

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breux abus qui y régnent, elles ont éprouvé le désir d'y introduire les réformes nécessaires, et par conséquent c'est vers la conquête de la liberté et de l'égalité qu'elles ont d'abord dirigé leurs efforts.

La liberté et l'égalité politiques sont d'ailleurs la première base de toute réforme. Que peut l'homme lorsque le despotisme ou la tyrannie pèse sur son intelligence et sur ses actes? Quelles institutions peut-il fonder? Quels progrès peut-il accomplir?

En vue d'adoucir sa situation, le chien lèche la main qui le frappe, à moins qu'il ne s'exaspère et ne se révolte; il en est ainsi de l'homme : en l'absence de la liberté, il se fait l'adulateur des puissants ou le promoteur des désordres.

On conçoit donc comment il est nécessaire que l'idée démocratique pénètre d'abord dans le domaine politique, afin de pénétrer dans le régime social.

Mais l'idée démocratique est un levain inaltérable qui agit profondément sur toutes les couches sociales; elle leur inspire le sentiment de l'égalité des mêmes droits pour les mêmes mérites, pour les mêmes capacités, et leur inspire le désir de décerner le pouvoir aux plus dignes et aux plus capables.

Les masses ont peu de sympathie pour l'autorité ignorante qui n'a pas la sanction du vœu populaire ; mais malgré cela, ni l'exercice, ni l'application du principe démocratique n'ont pu pénétrer encore dans les faits de la vie sociale, et cela se

conçoit quand ils ne sont que si imparfaitement entrés dans la vie politique.

Mais si les efforts tentés pour le triomphe du principe démocratique dans la constitution politique et dans le gouvernement des nations, n'ont pu encore aboutir à la liberté, le peuple n'en a pas moins compris qu'il n'est pas seulement gouverné en haut de l'échelle sociale, mais qu'il est autant et plus gouverné en bas ; que dans les sociétés où la grande industrie et la grande culture se constituent, c'est dans ces institutions mêmes que le principe autoritaire pèse sur lui, d'où il suit que l'idée démocratique fermente aujourd'hui jusqu'au sein de la ferme et de l'atelier.

L'idée démocratique dans la société moderne s'universalise : elle ne tend pas seulement à supprimer l'incompétence héréditaire dans le gouvernement et l'administration de la chose publique, mais elle tend aussi à constituer l'industrie, la fabrique et l'agriculture sous le régime de la direction et de l'administration dévolues à l'intelligence, au mérite, à la capacité et au savoir.

L'autorité et la direction du capital s'imposant au travail, font souvent, par leur inintelligence même, désirer à l'ouvrier l'autorité dévolue au dévouement et à la capacité qui ont fait leurs preuves. La nature elle-même élève du reste contre l'hérédité en matière administrative, une difficulté insurmontable.

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