ÉDUCATION ET INSTRUCTION
Ce que Fourier a écrit sur l'Éducation et l'Instruction de l'enfance est un chef-d'œuvre de conception et de génie.
Combien il laisse loin derrière lui ces traités d'éducation qui, comme l'Emile de Rousseau, ne sont
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applicables qu'à quelques enfants, élus delà fortune, aux pas desquels peuvent être attachés des précepteurs et des maîtres. Dans ces systèmes, rien n'est prévu pour l'enfant du peuple: il n'y a pour lui que l'abandon, car, pour que le père et la mère fussent les précepteurs naturels de leurs enfants, à la manière dont ces traités l'indiquent, il ne faudrait pas qu'ils fussent astreints à un travail de tous les jours et de toutes les heures* indispensable pour nourrir et vêtir ces mêmes enfants.
Pour le peuple, la nourriture et le vêtement passent nécessairement avant l'éducation.
Fourier qui, par l'organisation de la production et de la répartition des fruits du travail, a assuré à tous nourriture, vêtement, logement et bien-être, est aussi le fondateur des principes de l'éducation démocratique. Seul, il trace un système d'éducation et d'instruction par lequel les corps se développent dans toute leur force, et par lequel les intelligences sont appelées à une éclosion certaine.
Nous ne nous arrêterons pas aux vaines critiques qui peuvent être faites sur des questions de détail, de forme et d'application.
Nous n'examinerons que le principe philosophique et social sous lequel Fourier s'est placé lorsqu'il a spéculé sur l'éducation. Sa méthode renferme des erreurs contre lesquelles l'expérience et la pratique échoueraient; mais ses cadres n'en sont pas moins une œuvre admirable de conception et de
génie, que l'avenir consultera avec le plus grand profit.
Fourier a, le premier, possédé le génie de l'éducation du peuple et la véritable grandeur des inspirations du cœur qui, seule, peut élever l'homme à de telles conceptions de charité et de fraternité sociales.
A part quelques réserves sur sa méthode d'enseignement, et la fréquence d'alternat dans les leçons, on reconnaîtra certainement un jour que Fourier a fait sortir du principe d'association les véritables moyens de l'éducation et de l'instruction du peuple, et les données générales de l'Éducation Intégrale de l'enfance.
Une fois l'Association comprise d'après les bases indiquées par Fourier, l'Éducation et l'Instruction du peuple en découlent; quelle que soit la forme sous laquelle on envisage son organisation , le seul fait de l'habitation sociétaire entraîne la conséquence forcée de la direction et du soin de l'enfance.
Dès le matin, quatre à cinq cents enfants se trouvent réunis sous les yeux de tous les parents ; l'indifférence des pères et mères ne peut résister à la pensée de leur donner une sage direction.
Tous les sociétaires comprennent que la prospérité de l'association dépend de la capacité de chacun de ses membres; elle aspire donc à voir l'enfance s'élever au plus haut degré de savoir
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nécessaire à l'activité utile et productive. Le progrès devient un objet de passion publique.
L'homme étant le plus parfait des êtres de la Création, il est de principe que l'Association lui prodigue les premiers soins; c'est le plus précieux agent du travail, elle a le plus grand intérêt à le maintenir en santé, et à assurer son développement physique, intellectuel, industrieux et moral.
Le régime de l'Association dirige l'esprit public vers l'éducation et l'instruction de l'enfance : chacun conçoit que c'est là un des premiers devoirs: mais l'intelligence fût-elle oublieuse de sa mission | que l'intérêt des sociétaires serait à lui seul suffisant pour faire comprendre que le développement physique, industrieux et intellectuel de chacun fait la fortune de l'Association.
L'éducation et l'instruction que l'Association prodigue à tous ses enfants sont la première richesse qu'elle leur donne; elle permet à toutes les aptitudes et à toutes les capacités de se produire : chaque individualité s'élève ainsi au rang et à la fortune que l'importance de ses mérites lui assigne dans le monde.
L'éducation et l'instruction ne sont plus obligées d'attendre du budget de l'État des secours illusoires; l'Association range les dépenses qu'elles entraînent au nombre de ses frais généraux.
Dans le Palais Sociétaire, l'enfant trouve les salles d'enseignement v.u seuil des appartements de la
famille : il ne perd plus ses heures de leçon à flâner le long du chemin par le beau temps pour aller à Pécole du village, ou à patauger dans l'eau et la boue par la bise et la neige !
Au Palais Sociétaire, rien ne peut distraire l'enfant de son entrée en classe ; tous à l'envi' s'y rendent, et les parents sont aussi empressés de veiller à leur éducation, qu'ils y sont indifférents maintenant au village.
En Association, l'intérêt sociétaire commande le ton général, détermine les habitudes, et fait de l'éducation et de l'instruction une préoccupation passionnée des parents.
Quel plus beau champ d'expérience pour l'éducation que l'agglomération sociétaire : la pratique jointe à la théorie, l'expérience à côté de l'enseignement.
Dans le palais sociétaire de Fourier, non-seulement toutes les branches de l'enseignement sont ouvertes à l'enfant, mais la manufacture, la fabrique, la ferme, les cultures, les ateliers de tous les ordres sont des écoles, où il se familiarise en grandissant avec toutes les industries, par le contact journalier des faits qui se passent sous ses yeux ; et il arrive à l'enseignement industriel et agricole tout initié, déjà, pour avoir vu chaque jour les méthodes et les procédés qui y sont employés, ou même par la participation qu'il a pu y prendre dès ses premiers ans.