LE GÉNIE DU MAL
La Liberté de l'autre :
Le Despotisme se soutient par l'asservissement de la pensée humaine et par la Guerre ;
La Liberté conquiert le monde par l'élévation des intelligences et par le Travail.
Ht tant que la Liberté n'aura pas vaincu le Despotisme, la Guerre anéantira les bienfaits du Travail, et sera la ruine et le malheur des peuples.
Or, le despotisme est encore tout-puissant sur la terre, parce que l'ignorance des peuples y est grande.
La logique du despotisme, c'est d'assujettir l'homme de travail à la peine, pour lui faire supporter, avec une plus facile résignation, les fatigues de la guerre; c'est de le maintenir dans l'ignorance du juste, afin de le rendre plus propre aux horreurs du plus grand des forfaits et des crimes que la raison humaine puisse concevoir : — - le Grime de la Guerre.
Voilà pourquoi l'Instruction du Peuple a toujours été l'objet de l'aversion du Despotisme, même au milieu d'une Civilisation qui attend toutes ses conquêtes des efforts du Travail sur la Matière.
L'Instruction du Peuple est contraire aux gouvernements qui ont la Force pour Principe, et qui considèrent la masse humaine comme une chose dont ils peuvent disposer à leur gré.
L'Instruction du peuple serait le signal de sa souveraineté, et les peuples instruits et souverains,
s'inspirant des intérêts du Travail et de la prospérité des Nations, banniraient le Despotisme et l'Esprit de Guerre, pour faire place à la Liberté et à la Paix, par la Fédération des Peuples.
Mais il faut pour cela découvrir la Loi Morale qui condamne le Despotisme et la Guerre ; il faut que cette loi montre à tous les yeux les maux exécrables dont la guerre et le despotisme sont cause , au point d' en faire reculer d'horreur les despotes eux-mêmes !
Nous étions alors en 1854 : l'horizon de la paix s'assombrissait sur la Crimée, et bientôt l'Europe put comprendre que l'Esprit de Guerre couvait encore dans son sein des malheurs futurs pour les Nations.
Je ne sais sous quel empire des lointains frémissements du carnage et du sang versé, je vis se dresser devant moi l'Esprit de Guerre comme étant le spectre hideux duquel est sorti le Mal dans l'Humanité.
Je vis la Guerre, génie de la destruction, luttant contre le Travail, génie de la production.
Je vis la Guerre, génie de la mort, luttant contre le Travail, génie de la vie.
Je vis la Guerre ruinant le Travail et dressant des
obstacles à la Liberté des Nations : le passé de l'humanité se présentait devant moi, déroulant les horreurs de ce long martyre du Travail sous le joug de la Force et de l'Ignorance.
Et la Guerre, avec toutes ses terribles conséquences, se présentait à moi, et j'embrassais tous les détails de son effroyable histoire.
Car la Guerre, c'est l'histoire de l'Impunité de tous les Crimes ;
C'est l'histoire de toutes les Monstruosités dont l'Homme est capable ;
C'est le côté bestial de tous ses mauvais instincts surexcités !
La Guerre, c'est l'histoire du vol et du pillage autorisés sur terre et sur mer ;
C'est la gloire des meurtriers, des corsaires et des forbans ;
C'est la course aux navires, le vol des marchandises,^ coulage bas des vaisseaux ;
C'est l'anéantissement du Commerce et des Échanges ;
La Guerre, c'est l'état de siège ; c'est la suspension des lois; c'est la force imposant des rançons, des réquisitions forcées, et toutes les vexations imaginables ;
La Guerre, c'est la dévastation et la. ruine des Nations;
C'est Je vol, le pillage et l'incendie des villages et des villes ;
C'est l'histoire du sacrifice des innocents, des femmes violées, des enfants torturés, des populations entières passées au fil de l'épée et taillées en pièces;
La Guerre, c'est l'histoire de tous les meurtres horribles, de toutes les violences inouïes ;
C'est l'histoire de tous les excès du Mal dont la terre est couverte, c'est la Perversité du Sens Commun à sa plus haute puissance ;
C'est la négation violente de tous les Droits de l'Homme, c'est le bouleversement des Sociétés et l'anéantissement de toutes les Conquêtes du Progrès !
Aussi la Guerre est-elle le fléau avec lequel les Sociétés roulent de ruines en ruines, en entretenant sur la terre la source de tous les égarements subversifs dans lesquels l'homme est entraîné ;
C'est l'affaissement des Principes de toute Morale et de toute Religion, non-seulement des religions qui s'abaissent jusqu'à bénir les instruments du carnage, et jusqu'à chanter des actions de Grâces après l'enterrement des cadavres, mais c'est aussi la plus' grande violation de la Religion Vivante de l'Humanité!
La Guerre, c'est la souillure de toutes les mœurs, le renversement de toutes les notions du Juste et du Vrai, des Droits du Travail et de la Propriété ;
La Guerre, c'est le Crime de Lèse-Humanité qu'il faut effacer du monde, c'est le Cancer qu'il faut extirper des Nations !
La Guerre ne peut jamais avoir une juste origine; la guerre défensive même est provoquée par l'agression despotique d'un voisin, par la violation de droits acquis, ou par celle de droits naturels méconnus. C'est la conflagration du Mal, par l'agression du Mal, provoquant le Mal.
La Guerre n'a lieu que parce que la notion de Morale Universelle est incomprise du Monde.
L'Horrible Violation de la Vie Humaine par la Guerre suffit, à elle seule, pour démontrer que les principes de morale supérieure qui doivent guider les hommes chargés du gouvernement des sociétés, font complètement défaut.
La Morale existe-t-elle seulement pour conseiller, à ceux qui possèdent, de faire l'aumône à ceux qui ont faim; et pour recommander, à ceux qui n'ont rien, le respect du champ du voisin ?
La Morale existe-t-elle seulement pour défendre la violence et l'homicide aux individus?
La Morale n' existe-t-elle pas aussi pour les Droits Sacrés du Travail devant la Richesse ?
La Morale n'existe-t-elle pas aussi pour l'Inviolabilité de la Vie Humaine devant les Rois ?
C'est un Crime d'attenter à la vie d'un homme, et de le dépouiller de tout ce qu'il possède ; mais, ô î tristesse de l'humanité 1 ce qui est un forfait pour l'Individu dans la Société, n'en est-il plus un pour les Rois, lorsqu'ils contraignent les Peuples à s'entretuer par centaines de mille hommes pour satisfaire
l'iniquité de leur orgueil et de leur ambition ! Quoi ! tant de femmes délaissées, de mères éplorées, d'enfants sans pain et sans ressources! tant de familles dans la misère, tant de malheurs enfin, pourraient être le fait de la volonté des hommes, sans avoir pour origine un Grime Exécrable !
Quoi ! ces champs ravagés, ces villages détruits, ces villes démantelées, l'industrie ruinée, le travail suspendu, la richesse des nations dispersée, ne provoqueraient pas un jour contre ceux qui en sont cause, l'Anathème des Nations?
Quoi ! tout ce sang versé, tous ces membres brisés, toutes ces existences humaines qui s'élèvent vers le ciel, dans les vapeurs du sang, du carnage et de la mort, n'attireraient pas sur le Despotisme et la Guerre l'Exécration et la Malédiction des Peuples, comme la Malédiction et l'Exécration de la Justice Éternelle !
Que faudrait-il donc estimer la Morale et les Lois Humaines, si tous les maux que la Guerre fait peser sur les peuples ne valaient à leurs auteurs la plus terrible des expiations que l'existence de l'âme humaine ait à subir?
Le Créateur a suffisamment marqué son anathème sur la Guerre, par tous les maux qui en jaillissent sur les Peuples et les Nations.
Mais pour les fauteurs de Guerres, pour les fauteurs de ces crimes de Lèse-Humanité , l'Expiation est subordonnée à la Loi Morale Vivante, et c'est au
pilori de la Justice Divine qu'ils subissent la Dégradation qui leur est réservée dans la Vie. Car ceuxlà se trompent, qui pensent que toutes les actions humaines ne trouvent pas leur équilibre devant la Justice Eternelle. Rien du Vrai Bien que l'homme sait accomplir ne sera sans récompense ; mais rien du Mal fait à l'Humanité ne sera sans expiation î Chacun dans la Vie s'élève en raison du Bien qu'il a fait, ou descend proportionnellement au Mal dont il a chargé son existence.
C'est cette Loi Morale qu'il faut apprendre au Despotisme comme à l'Humanité entière.