NÉCESSITÉ D'UN PRINCIPE
Le Fait serait le Droit ;
L'Art de capter l'Opinion serait le Devoir;
Et le Pouvoir de la Force serait la Justice !
Il n'en est pas ainsi : le Bien et le Mal ne sont pas même chose.
Aussi la Nature nous inspire-t-elle le sentiment d'un principe placé au-dessus de notre faiblesse et duquel relèvent tous les actes de la créature humaine. C'est pourquoi l'homme a toujours cherché, dans une cause supérieure à lui, une loi commune, une règle suprême, du Droit, du Devoir et de la Justice.
Les Religions ont présenté Dieu aux hommes comme étant ce principe et cette cause, mais aucune d'elles n'a dévoilé le lien qui unit l'homme à Dieu, ou à la Loi Morale qui dérive du principe de tout ce qui est.
Aussi toutes les erreurs et tous les égarements imaginables se sont produits au nom de la Divinité; les doctrines les plus diverses ont été professées, et l'idée de Dieu n'a été qu'un moyen de tracer aux hommes des règles arbitraires, presque toujours en désaccord avec la vérité du Droit, du Devoir, et de la Justice dans l'Humanité.
La loi à découvrir, c'est donc la grande Loi du Droit, du Devoir et de la Justice, à laquelle tous les hommes doivent se soumettre, et à laquelle les plus puissants doivent être les premiers à obéir!
La Morale à faire, c'est la Morale Universelle, la
morale des grands comme des petits ; c'est la Morale de l'Humanité, celle qui doit relier les hommes et non les désunir ; qui doit protéger les faibles et non les sacrifier ; qui doit inspirer aux puissants l'amour de la conservation des hommes, et non le désir de les détruire.
J'avais cherché en vain le principe de cette Morale dans toutes les Philosophies, et dans toutes les Religions ; je l'avais plus vainement encore demandé aux Lois Humaines ; partout je n'avais trouvé que le néant en face des Grands Grimes de la terre.
En présence de cet état d'incertitude de l'Esprit Humain, en voyant mon pays que j'aime, — au milieu de l'Humanité que j'aime, — ignorant de la Loi Morale, je remontai à la Sphère des Principes; je me demandai s'il n'existait pas un Critère naturel, invariable, certain, du Droit, du Devoir, et de la Justice; Critère que toutes les doctrines philosophiques n'ont pu jusqu'ici découvrir, pas plus que ne l'ont fait les doctrines religieuses ; et, reconnaissant que la véritable Loi Morale n'était pas connue des hommes, j'en invoquai la formule avant de céder aux inspirations dont mon passé avait été souvent traversé.
Je ne cherchai plus seulement quelle était la Destinée de l'Homme, mais aussi quelle était sa Loi, quel était le But de sa Création.