‹ Solutions socialesChapitre 8 sur 172 · MA VIE D'OUVRIER II · texte numérisé non relu

MA VIE D'OUVRIER II

Tous les jours se renouvelait pour moi le dur labeur d'un travail qui me tenait à l'atelier depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heures du soir.

Je voyais à nu les misères de l'ouvrier et ses besoins, et c'est au milieu de l'accablement que j'en éprouvais que, malgré mon peu de confiance en ma propre capacité, je me disais encore : Si un jour je m'élève au-dessus de la condition de l'ouvrier, je chercherai les moyens de lui rendre la vie plus supportable et plus douce, et de relever le travail de son abaissement.

Ces aspirations ne sont certainement pas moins singulières que celles éprouvées par moi sur le banc de l'école, puisque je n'avais d'autre perspective que la pauvreté 1 Elles sembleraient presque dénoter un caractère sujet à une vaine ambition : pourtant j'ai toujours professé le plus grand éloignement pour les glorioles personnelles.

J'étais alors aussi très-préoccupé de l'anarchie du salaire, et je ne voyais aucune règle d'équité dans la répartition des fruits du travail.

L'offre et la demande étaient la règle économique, sans entrailles et sans cœur qui, parfois, quand j'avais accompli un travail procurant des bénéfices exagérés au maître, ne m'accordait à moi qu'un salaire insuffisant pour subvenir à mes besoins; et qui, d'autres fois, au contraire, pour des travaux peu favorables à l'entrepreneur, me donnait un salaire plus élevé.

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