IV. — L’AMITIÉ 33 Rd. de
en vous-même, à qui vous parliez sans détour et sans crainte, comme vous faites avec vous-même dans le secret de votre cœur (1) ? »
IT. — Telle est cette grande chose de l'amitié considérée au point de vue simplement naturel, bornant ses désirs aux horizons de la terre : aux joies de la vie, qu'elle double par l’accession des joies du cœur ami; à ses peines, qu'elle soulage par le partage sincére et le secours dévoué : à ses intérêts, qu'elle sert par le conseil et le concours assuré.
Mais comme l'âme humaine elle-même, élevée par un choix tont gratuit de Dieu à des destinées qui dépassent la nature et le temps, l'amitié humaine, appelée à servir lame dans ce nouvel état, est devenue surnaturelle par une participation sublime à l’amour théologal de Dieu et du prochain. Car l'amour que Dieu allume dans le cœur de l'homme par la grâce, est une véritable amitié réciproque de Dieu pour l’homme et de l’homme pour Dieu. C'est, de la part de Dieu, le dessein libre et magnifique d'aimer de véritable amour, plein de dons magnifiques, de communications déifiques, de joies béatifiques, cet être de rien, jusqu'à vouloir qu’un jour il entre en société éternelle avec lui (2?) C'est, de la part de l’homme, soulevé audessus de lui-même par les forces surnaturelles de l'amour déposé dans son cœur, emporté par l’Esprit-Saint qui réside
(1) Quid dulcius quam habere amicum cum quo omnia audeas : cui sic credas ut tibi ; cum quo sic loquaris ut tecum ? (Ep. xzvnr.)
(2) Non quilibet amor habet rationem amicitise, sed amor qui est cum benevolentia ; nec benevolentia sufticit ad rationem amicitise, sed requiritur quedam mutua amatio, quia airicus est amico amicus. Talis autem mutua benevolentia fundatur super aliqua communicatione. Cum sit ergo aliqua communicatio hominis ad Deum, sec. quod nobis suam beatitudinem communicat, super hanc communie cationem oportet aliquam amicitiam fundari : de qua dicitur Cor., 1) : Fidelis Deus per quem vocati estis in societatem Fili ejus. (21 22, q. xxiu1, a. 1.)
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personnellement en lui, le vivifie et l'embrase de feux célestes, le besoin, la puissance et la confiance d'aimer Dieu pour lui-même, par-dessus toutes choses, sans autre Vue sinon qu'il est la beauté et la bonté suprêmes, sans autre intérêt que de lui offrir les hommages qu'il mérite à tous les titres de l'amour, de la louange, de la reconnaissance, portés jusqu’à l’adoration sans limite et sans fin. Cette amitié souveraine de sa créature, dont il n’a nul besoin, Dieu non seulement daigne l’agréer, mais il l'exige et l'attend comme une dette rigoureuse, en échange de l'amour dont il l’a prévenue et enrichie. Elle est l'expression de la gloire que le Cr'‘ateur veut recevoir d'elle ; elle est aussi pour l’homme l'honneur suprême, le bonheur véritable et la vie épanouie dans des splendeurs toujours croissantes ici-bas, jusqu’à ce qu’elle atteigne, pour s’y fixer dans une béatitude sans mélange, son éclat éternel.
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Mais, dit saint Jean, « ayant de Dieu lui-même le devoir de l'aimer, nous avons aussi l'obligation d’aimer l'hemme, notre semblable et notre frère : Hoc mandatum habemus a Deo ut qui diligit Deum, ditigat et fratrem suuim (1). » Et voici l'amitié surnaturelle entre les hommes : c’est amour du prochain, aimé pour Dieu de la même charité dont nous aimons Dieu lui-même.
Oui! il a plu à la divine Sagesse d'élever si haut l'amitié de l'homme pour son semblable, que de s’en faire directement le principe, la fin et le lien. Il veut que l'amitié surnaturelle de l’homme pour l'homme s'inspire du même motif que l'amitié de l’homme pour Dieu. Que dis-je? Il veut que l’homme aime d'un même et unique amour, pris au même foyer, Dieu lui-même et la créature pour Dieu (2).
(1) I Joan., 1v.
(2) Ratio diligendi proximum Deus est : hoc enim debemus in proximo diligere, ut in Deo sit: unde manifestum est quod idem specie actus est quo diligitur Deus et quo diligitur proximus; et