‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 101 sur 224 · IV. — L'AMITIÉ 359 ee · texte numérisé non relu

IV. — L'AMITIÉ 359 ee

Il se fait Le fondement et le garant de l'amitié, voulant qu'elle ne se porte à l'ami créé qu'a cause de lui, le Créateur, qui daigna se faire l'Amni incréé, l'ami adoré. Dieu devient alors le premier objet de l'amitié et la seule réalité aimée pour elle-même dans les amis : c'est lui qu'on voit sous leurs traits, lui qu'on aime en eux. Mais comme on le doit aimer infiniment, sans crainte de dépasser la mesure, jusqu'où n'ira pas l'amour pour ceux qu'on n'aime qu'en lui, à eause de lui et pour lui, puisqu'en vérité, sous leurs apparences, e’est lui seul qui est añmé ?

Ahtla noble, céleste et divine chose que cette surnaturelle amitié, la seule véritable en réalité, puisque seule elle peut franchir les limites du temps, et, portée sur Celui qui la suscita dans le temps et qui ne passe pas, demeurer pendant toute l'éternité! « La véritable amitié, dit saint Augustin, est l’émanation de l'amour éternel et vrai : car personne ne peut véritablement aimer la ertature s’il n'aime d’abord le Créateur : la base de l'amitié, c'est l'amour de Dieu (1). » Et le Docteur au cœur de flamme, qui, même dans les égarements de sa jeunesse, était resté fidèle au culte de l'amitié, développait ainsi sa pensée magnifique : « Celui-là aime de véritable amitié qui aime Dieu dans ses amis : ZUe veraciter anat amicuin qui Deurr anal in aïñico. Ou bien, en effet, Dieu vit en eux, parce qu'ils sont fidèles à sa loi, et alors or aime en eux le Dieu qui les possède : aut quia est in illo: où bien Dieu, qui y fut par la grâce, en a été chassé par le péché, et il veut y rentrer par le pardon, ne cessant d'avoir tous les droits à être aimé d’enx : il faut l'aider dans cette conquête et Ini rendre ces amis égarés ; ici encore c’est

propter hoc, habitus charitatis non solum se extendit ad dilectionem Dei, sed etiam ad dilectionem proxumi. {21 2æ, q. XXV, a. 1, c.)

(1) A charitate tcternitatis et veritatis cujus regnator est Christus, manat vera amicitia, non pensanda temporalibus commodis, sed gratuito amore polienda. Nemo enim potest veraciter amicus esse hominis, nisi fuerit ipsius primitus veritatis. (Epist, ur ad Macel )n.)

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Dieu que l'on aime en eux, Dieu q1'on leur désire et qu’on travaille à ramener dans leur âme : aut ut sit in ilio : c’est toujours Dieu (1)! Que celui-là donc qui veut aimer l’homme en ami commence par aimer d'amitié Dieu luiméme : il ne tardera pas à n’aimer dans ses amis que Dieu seul. Et Dieu sera le charme durable de cette amitié, Car il y a, hélas! dans les meilleurs amis eux-mêmes des défauts qui blessent ou indisposent. En Dieu, rien qni puisse offenser, hormis que vous l'offensiez vous-même : en lui tout est beau, tout est aimable (2)! »

Voit-on jusqu'où peut aller une telle amitié? Connaitrat-elle une limite dans ses sentiments ou dans son dévoucment? Pas plus que l’amour de Dieu, dont la mesure est de l'aimer sans mesure et à qui c’est un devoir de prouve: son dévouement par la mort joveusement affrontée, si son service le demande ! Ainsi, l'amitié surnaturelle se doit-elle très légitimement démontrer par le sacrifice de la vie pour les intérêts surnaturels de ceux qu'on aime.

Car ilest bien entendu que cette amitié, ne cherchant que *e service de Dieu dans le prochain, ne peut vouloir à l'ami que le règne de plus en plus parfait de Dieu dans son âme. Tous les sentiments, tous les témoignages, toutes les expressions de l’amitié doivent donc se mesurer à Dieu, aux droits, au bon plaisir, à la glorification de Dieu dans les amis. Tout ce qui, d’une manière quelconque, pourrait déplaire à Dieu, diminuer lautorité de Dieu, ravir à son amour jaloux un sentiment, une complaisance, une joie, au profit exclusif de la créature, doit être écarté sans pitié. Les dimensions d’un édifice doivent se mesurer exactement aux fondations qui le portent : tout ce qui excède est sans

(1) Ille veraciter amat amicum qui Deum amat in amico, aut quia in illo est, aut ut sit in illo. (Serm. 256 de Tempore.)

(2) Incipiat homo amare Deum et non amabit in homine nisi Deum. Nil delectabilius Deo. Nam in homine sunt que offendunt : Deus non est qui te offendat, si tu non offendas, Nihil illo p.'chrius, ui] dulcius. (Hom. xxviu, inter 50.)

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