IV. æ L'ANITIÉ pu
Jam non diam vos Sértos... vos Autrm
diri amicos,
Je ne vous appellerai plus des ser.
viteurs! désormais vous êtes mes amis (Joan., xv, 15)
C'est à Ja Cène, où éelatent dans leur splendeur suprême tous les amours de son Cœur, que Jésus révèle son amitié pour les hommes. Sans doute, l'amitié, cette forme exquise de l'amour, cette grande beauté du cœur bon, ce charine incomparable de l'un pour le profit des autres, existait dans le Cœur du Sauveur bien avant la Cène: elle avait té formée en même temps que lui,et ses racines plongeaient dans sa nature humaine elle-même, qui le disposait à l'ami- Ué envers nous par la communauté du sang, les mêmes conditions de vie, de travail et de souffrance. Il en avait exercé les prérogatives, pratiqué les devoirs et fait goûter les charmes à ses apôtres et à quelques privilégiés dont il s'était plus intimement rapproché, Mais ees choix étaient plutôt l'effet de prédilections particuliéres que de l'amitié proprement dite du Sauveur pour les hommes.
Or, c'est de l'amitié de Jésus que nous voulons parler, et dire que, consacrée solennellement à la Cène, elle a pour fon«lement, pour gage et pour lien, l'Eucharistie ; comme ce don lui-mëème, il est de l'essence de cette ineffable affection ae s'étendre à tous les hommes, et d'appeler chacun d'eux à son bienfait et à son intimité.
Cette assertion peut paraître étrange au premier aborl et cette universalité contradictoire à la notion même de amitié, dont le commerce, de caractère essentiellement intime, semble exiger la discrétion dans le choix, un par tage très limité, Pexclusion par conséquent de la multiplicité, sous peine de devenir banale, c'est-à-dire au détriment de son prix, de sa force et de son charme,
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Il en est ainsi de l'amitié humaine, Mais il y a dans le Cœur de Jésus des puissances qui lui permettent d'aimer d'amitié vraie tous les hommes ensemble et chacun en particulier, sans que l’universalité la rende commune ou moins efficace, sans que la particularité l'absorbe ou la restreigne. C’est le privilège de cet unique Cœur de trouver dans le trésor de sa propre divinité, qui est l'amour infini. de quoi aimer infiniment tous et chacun d’une amitié qui ignore en même temps la limite, le partage ct lPimpuissance : e« L'homme, dit le Saint-Esprit, ne peut guère avoir äumitié efficace et secourable que pour son voisin le plus proche: Miseralio hominis circa proximum : son cœur est étroit, sa puissance d'affection limitée : mais l'amour de Dieu s'étend sans peine et sans division sur toute chair : Misericordia autem Dei super omnem carnein (1). »
Pour indiquer la raison de cette supériorité sans rivale de l'amitié divine, avant de la démontrer, n'apparait-il pas nécessaire que l'Etre qui se peut donner tout entier à tous et à chacun comme le principe intérieur de sa vie spirituelle, puisse aimer d'amitié personnelle chacun de ceux qu’il nourrit si intimement ?
C'est ce que nous verrons mieux en étudiant la perfection avec laquelle le Sauveur, par le don de l’'Eucharistie, réalise, au profit de tous ceux qui la recoivent, toutes les conditions et fait goûter toutes les joies fortifiantes de la plus véritable amitié; rien ne montrera mieux à quel point l'Eucharistie est l’œuvre propre du Cœur créé tout exprès par le Fils de Dieu pour restaurer ici-bas la sainte amitié de l’homme avec Dieu et avec ses semblables, bienfaisante reproduction, dans la société humaine, de l’amour dont s'aiment entre elles les trois Personnes dans l'adorable société du Ciel.
(1) Eccli., xvur, 12,
IV, — L’'AMITIÉ me mm s le Ier
en où Lea à
De la nature de l'amitié.
IVCP ini, qui I. — L'amitié est, en effet, une aptitude morale à l'union, uis- une force déposée par Dieu dans le cœur de l’homme, qui, "oir en le portant à aimer ses semblabies pour être aimé d'eux lus en retour, l’aide à accomplir sa destinée d'être sociable, La eur 3 société entre des êtres raisonnables se fait par l’union des our pensées et des affections : c'est cette unanimité que proute cure l’amilis, L'union est le bien suprême des êtres destinés }.s à vivre ensemble : d'où la nécessité et le prix de l'amitié, dont le propre est d’unir les volor :s, de fondre les cœurs ; ale et, de deux âmes, n’en faire qu'une (1). { pas Il est clair que la connaissance de Dieu et l’ohtis sance à JUS ses lois sont indispensables à l'amitié, pour qu'elle soit iri- | véritable et durable. Alors même que toutes les sympathies ux d'idées, de sentiments et d'intérêts se rencontreraient pour unir deux âmes, si Dieu était exelu, il manquerait à cette union l'élément capital, le lien essentiel et la garantie | on même de sa stabilité. Nous venons de Dieu, zou: tenons se, ; à lui par des liens si étroits, des nécessités sa profondes di- que, de le vouloir exclure de nos relations, c’est les rendre us aussi fausses, aussi vides qu'éphémères.
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"ès tié $ Ges données sont celles de la raison et de l'ex périence, et | ai- É Cicéron donnait de l’amitié cette définition : « L'accord ur É parfait des pensées dans les choses divines et dans les | lo- k humaines, joint à l'affection mutuelle et au dévouement
(1) Amicitiæ vis in eo est ut unus quasi 2nimus fiat ex pluribus, (Aug. Lib. IT contra Academ, c. vtr, circa finciu.)
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sincère pour le bien de ceux qu'on aime (1). » Aristote oilrait à saint Thomas, sur ce point comme sur tant d'autres, les éléments de sa définition quand il disait : « L'amitié consiste à vouloir du bien à quelqu'un dans son seul intérêt, et à le lui témoigner (2). » L'Ange de l'Ecole traduisait : « L'amitié n’est pas un amour quelconque, une sympathie aveugle ou sans effet; elle est l'amour réciproque avec le dévouement mutuel : Aor cum benevolentia (3). »
Et ce bien de l'amitié est si précieux, si nécessaire, que les philosophes renchérissent à qui mieux mieux pour l'exalter, Cicéron disait : « Je ne sais vraiment si les dieux purent jamais accorder à l’homme quelque chose de meilleur, la sagesse exceptée, que l'amitié. Autant faire disparaitre le soleil de la nature que d'enlever l'amitié à la vie humaine : un ami m'est plus nécessaire que le feu et l'eau (4) . » Plutarque appelle l'amitié « la plus douce et la plus sainte des choses : Rem dulcissimam sanclissimainque. Il la met au-dessus de l'amour fondé sur la parenté : « Celui-ci venant du hasard de la naissance, souvent aveugle, tandis que celle-là est le fruit d’une libre élection, éclairée par un jugement bien établi (5). » — « Quoi de plus doux, écrivait Sénèque, qne d’avoir un ami avec qui vous osiez tout, en qui vous ayez confiance comme
(1) Est autem amicitia nihil aliud nisi omnium divinarum humanarumque rerum consensio. (Cicero, Lib. de Amicit.)
(2) Amicitia est amicum amico velle bona ejus ipsius causa. non latenter sed aperte. (Lib. VII Ethic., e. 11 et vi.)
(3) Non quilibet amor est amicitia, sed amor cum benevolentia, (ès 2», q: xxr, a. L)
(4) Haud scio an excepta sapientia quidquam sit homini amiatia melius à Diis immortalibus datum. Solem e mundo tollere videntur, qui amicitiam e vita tollunt. Amicus magis necessarius est quam ignis et aqua. (Lib. de Amicit.)
(5) Contemplemur nunc amicitiæ vinculum potens et prævalidum, neque ex ulla parte sanguinis viribus inferius : hoc etiam certiuset exploratius quia illud nascendi sors, fortuitum opus ; hoe uninseujusque solido judicio incoacta voluntas contrahit. (Valer. Max, Lib. IV, c. vis.)
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