‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 102 sur 224 · IV. — L’AMITIÉ O · texte numérisé non relu

IV. — L’AMITIÉ O

appui et tombera fatalement pour la ruine des constructeurs téméraires. e Le fondement de l'amitié surnaturelle est l'amour de Dieu, dit encore saint Augustin ; il faut régler absolument à sa mesure, et contrôler d’après sa loi souveraine, tout ce qu’inspire l'amitié : affections et démonstrations, secrets désirs ou conseils exprimés. Tout ce qui en sortirait, tout ce qui y contredirait, doit être corrigé, ramené à cette régle et réformé selon son esprit {1). »

Ce n’est plus aimer Dieu dans un ami, ni aimer vérita blement un ami, que de tolérer le mal dans sa conduite, que d'accorder à notre convoitise ou à ses désirs ce que Dieu réprouve, que de chercher dans son affection et dans nos concours ce qui, en blessant Dieu, le blessera lui-même et nous avec lui. On n'aime un ami ni pour soi, afin de trouver en lui plaisir ou profit ; ni pour lui, afin de lui être agréable ou temporellement utile, mais pour faire triompher en lui l'avènement du bien souverain. Là est la régle invariable et intangible. Si on le soutient dans ses peines, pour que le désespoir ne l'éloigne pas de Dieu, on lavertit et on le retient dans ses joies de peur qu'elles ne lui fassent oublier la joie éternelle; on le reprend de ses défauts comme on compatit à ses faiblesses ; on veut servir en lui, au mépris de tout le reste, ce qui seul mérite de l'être : Dieu et son àme, sans se nuire à soi-même. Selon le mot de Ja sainte Duchesse de Bretagne, l'amitié surnaturelle a pour règle souveraine « de faire qu’en toute chose Dieu soit le plus aimé. »

Ji ne faut pas s'étonner que le Saint-Esprit ait célébré

(1) Fandamentum amicitisæ Dei amor est, ad quem omnia quo vel amor suggerit, vel aflectus, omnia quo vel occulte aliquis spiritus, vel palam quilibet suadet amicus, referenda sunt ac diligenter aspicienda : ut quidquid astruitur fundamento conveniat et quidquid illud excedere comprehenditur, ad ejus formam revocandum et secundum ejus qualititem cemnimodum convertendum nou dubites. (Lib. de Amic., ©. x11.)

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cette amitié divine avec des louanges plus magnifiques encore que celles qui furent décernées par les philosophes à l'amitié humaine :

« Rien n'est comparable à un ami fidèle, et il n'y a monceau d'or on d'argent qüi puisse en payer le prix : celui qui le possède a découvert le plus riche des trésors,

« L’ami fidèle est une protection invincible : il porte en lui le secret de la vie présente et la puissance de l'immortalité,

« L’ami fidèle est un don de Dieu, et ceux-là l'obtiennent, comme une récompense de leur fidélité à son égard, qui craignent le Seigneur et le servent assidûment (1). »

La gràce d'aimer surnaturellement le prochain est déposée dans l’âme par le baptème, qui fait de tous les enfants de Dieu selon l'esprit, des frères spirituels. Comment, sur ce fonds commun, :aissent les affections qui unissent plus étroitement quelques âmes et leur permettent de jouir plus abondamment des avantages et des joies de l'amitié, c’est un secret dont la Providence très bonne et très sage possède seule le mot. Les rencontres où elles se lient ne sont certainement pas l'effet du hasard. Celui qui jette sur les ailes des vents les semences qu'ils déposent loin du sol où elles mûrirent, rapproche des quatre coins de l'horizon, par le concours des circonstances les moins prévues, les âmes qu'il veut unir de particulière amitié.

Le voisinage, le partage du même travail, la souffrance des mêmes peines surtout, leur révèlent des aifinités communes d'esprit, de cœur ou de caractère : mêmes goûts, mêmes aspirations, fortifiées par les mêmes répugnanees ;

{1) Amicus fidelis proteciin fortis : qui enim invenit illum, invenit hesaurum. Amico tidelis nulla est comparatio et non est digna ponderatio auri et argenti contra bonitatem fidei illius. Amicus tidelis med'camentum vitæ et immortalitatis. Qui timet Deum æque habebit amicitiam bonam, quoniam sesundum illum erit amicus illius. (Prov., xx, 17.)

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