‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 104 sur 224 · IV. —æ L'AMITIÉ · texte numérisé non relu

IV. —æ L'AMITIÉ

linfortune, 1 y à l'ami prét à se tourner en ennemi, et

l'ami qui ne cesse de susciter des querelles, qui attise la haine et qui vous accuble d'injures. IL y a aussi l'ami de la tuble, que vous ne verrez plus quan vous serez obligé de la servir inoins somptueusement (1). »

Si ce tableau, encore que tract par la Vérité, semble trop chargé, qu'on se souvienne que contre le seul adorable Sauveur, l'ami si sincère, si noble et si aimable, qui eñt dû ne rencontrer que des amitiés fidèles, on vit se dresser l'amitié de la cupidité qui vend l'ami trente deniers et le Wahit par un baiser : Asnice, osculo Filium hominis radis ? — l'amitié de l'ambition qui, jour ne pas perdre les bonnes grâces de César, livre l'innocent au caprice féroce de la foule : Si lune dinittis, non es dinicies Ceesaris ; — l'amitié de l'iniquité, qui se scelle entr: Hérode et Pilate dans une injure commise contre le Juite : Et facti sunt anici in ipso die. -- Hélas! l'on vit aussi l'Ami lâchement abandonné, publiquement renié par ceux qu'il avait appelés à l'honneur de son amitié priviléwice, aux confidences de ses secrets les plus intimes, à la douceur de su tendresse, aux trésors de sa générosité; il les avait pressés sur son Cœur et il le leur avait ouvert, le leur révélant sans réserve et les conjurant d'y vivre à jamais : Arici mei de longe steterunt (2).

Comment done l’or pur de l'amitié en ce plomb vil de Pinfidélité s'est-il changé ?

(1) Noli fieri pro amico inimicus proximo susurrande et occulte ei detrahendo ac nocendo, ait C. à L. — Anima enim bequain disperdit qui se habet et in gaudium inimicis dat illum. — Est enim amicus secundum tempus suum et non permanebit in tempore tribulationis. — Et est amicus qui convertitur ad inimicitian ; et est amicus qui odium, et rixam et convicia denudabit. — Est auteni atuicus s0cius mensie et non permanebit in die necessitatis. (Eccl., vi.)

(2) Joan., xx, 12, luc. xxu, 12, = Ps. xxxva, 14,

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516 LES AMOURS DU SAGHÉ-CŒUÉR

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C'est l'œuvre du péché, qui, ayant rompu le lien d'amour qui unissait noblement l'homme avec Dieu, à corrompu toutes les énergies de Pammilié des hommes entre eux, Et comme Les parfums les plus exquis, s'ils se gätent, produisent Les corruptions les plus infectes, ainsi Farmitié, privée de son principe vivitiant, n'eut plus à trainer qu'un cadavre en décomposition, répandant par Le monde lu peste et la mort. L'amitié est devenue le culeul intéressé de l'égoisme, où un moyen de satisfaire l'ambition, où un escubeuu pour l'orgucil, Pire encore, elle est tombée jusqu'à être Le plus ordinairement la passion de la chair, livrant l'homme à la folie des plus infñmes désirs, à l'ivresse de toutes les débauches, à la honte de toutes les dépravations ! — Juste chathnent d'un étre qui, honoré du privilège et du bientait de l'amitié de Dieu, lui à préféré oulrageusement Painour désordonné de la créature où, perdant son inmortelle primauté, il est devenu semblable uux bites sans ruisou (1)!

Qu'il était donc nécessaire que le Fils de Dieu vint restaurer cette merveille de lamitit, si profondément dégradée, si ignominieusement souillée! Ayant été créée par lui, elle ne pouvait être refaite que par lui, et saint Augustin à pu dire sans exagération « que Cicéron luiméme, malgré son éloquent traité sur lAmitié, n'en à jamais su la vraie beauté parce qu'il en a ignoré le principe et la fin, c’est-à-dire le Christ Jésus : attendu qu'il ne peut y avoir d'amitié vraie en dehors de Jésus-Christ : Vera anicilia non polest esse tr ler eos qui sine Christo sut (2). »

(1) Propter quod tradidit illos Deus in desideria cordis eorutu, in immunditiam : ut contumells afticiant corpora sua semetipsis. (Eioun., 1, 24.) Homo cum in honore esset non intellexit ; Comparatus est jumentis insipientibns et similis factus est ais, (Pa Kevur, 15.)

(©) Constat nubi Fullium ver ainicitie ignorasse viétutenr, cura ejus principium fiuenique, Christuim, penitus iguoravit, qui est d

PV, — L'aMITIl

L'amitié de Jesus.

FL. -— Le Verbe incarné, en effet, est l'Ami par excellence, aluant de toutes les nobles uftections, ainauble pour toutes lc< nobles qualités sur lesquelles s'étillissent les syinpathies profonde: et dont se forme, se nourrit et se resserre l'amitié, C'est cet unique Ami que désigmait de Race dans celle courte mais très profonde délinition « Lomme uimable, vraiment né pour l'amilié, est un metteur i que le meilleur des frères : Vis œuabilis «rt à tatcn:, mugis amicus est quun frater | }, » Ce qui vout dire, selon les commentateurs, que l'homme qui à recu de ja nature et cultivé avec soin les dons qui fout l'homme propre à l'amitié, celui-là est plus capable d'en otfrir les uvantages, d'en accomplir les devoirs, d'en faire sentir tous les churmes, que le meilleur et le plus attentif des frères, dont la sympathie ne se fonde que sur les affinités du sang et de lu naissance,

Vir amabilis ad societatem : l'homme aimable, fait pour l'amitié, ah! que c’est bien Jésus! De nature et de naissance aussi bien que pur le devoir de sa mission, il est destiné à être l'ami parfait, l'unique ami, en qui surabondent toutes les qualités de l'amitié, avec exclusion de toute lucune et de tout défaut.

et «, principium et finis omnium bonorum. Vera amicitia non potest esse inter eos qui sine Christo sunt. (L, de Amie. Lit. IV.)

(1) Vir amabilis, et potius amicubilis, id est active amuus et passive, vir amaus et studiosus amicitie, qui vel a natura vel a virtute natus et factus videtur esse ad societatem et amicitianm, qui totus videtur esse amor, benevolentia et beneticeutia; hic utique magis amicus est, id est, magis diliget et opitulabitus quan frater. (Coru. a L. in Prov., xvut, 24.)

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918 LES AMOURS DU SACRÉ-CŒUR D re

I est aimable, parie qu'il a dans le Cœur toutes ces amabilités irrésistibles qui emportent les cœurs d'enthonsiasme : Ja beauté et la grandeur morale; la vérité, la sainteté, Ja force indomptable; la noblesse de sentiments, la générosité, le desintéressement, le couraze, la magnanünité et l'héroïsme : Vér æmabilis ad socielalein.

Ces qualités conquérantes s'épanouissent au milieu de ces charmes qui séduisent et gagnent : la bonté et la tendresse, la compassion et la miséricorde, la douceur et la bienveillance, l'améuité et laflabilité, la condescendance et la patience : Vér amabilis ad socielatem.

Qualités et attraits sortaient brillants et parfumés comme du fonds le plus propice à l'amitié, de l'identité de nature, de condition et de vie, qui faisait si réellement de ce céleste «mi un homme semblable aux hommes, un frère parmi des frères : même naissance dans la pauvreté, le froid et le mépris ; même adolescence dans les rudes travaux ; mème condition humble et précaire ; mêmes travaux à travers les tentations, les contradictions, les résistances : mêmes efforts inutiles et mêmes insuceès ; mêmes inimitiés injustes et mêmes persécutions; mème fin dans la douleur et dans l’abandon. Son âme partageait les craintes, les angoisses et les tristesses de nos âmes; son cu-ur connaissait notre ennui, nos amertumes et nos dégoûts ; sa volonté reculait devant l'énormité des sacrifices imminents et ployait sous le poids des fardeaux écrasants. Il était devant Dieu dans la mème sujétion, dans les mêmes besoins que nous; sa prière et son adoration étaient ies nôtres; et de nos péchés même, il prit sur lui la honte et le châtiment, afin de se mettre avec nous sur Île pied d’une ésalité parfaite, ce qui est Le principal fondement de l'amitié (1} : Vir amabilis ad societatein.

(1; Omne animal diigit simile sibi, Similitudo, proprie loquendo, est causa amoris, (la 2æ, q. xxvu, a. 3.) — Omnis amicitia est quædam æqualitas. (Ubi supr. ad 3.)

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