‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 105 sur 224 · IV. — L’AMITIÉ · texte numérisé non relu

IV. — L’AMITIÉ

eee mes

Tous ces dons si riches de l'amitié, reunis dans Île Cœur de Jésus avec une perfection qui se doit mesurer sur l'excellence infinie de son union personnelle avec le Verbe de Dieu, Jésus les cultiva et les mit en œuvre, pendant sa vie, dans toutes ses relations avec les hommes. Il ne les regardait pas comme de simples ornements de son Cœur, mais comme des forces vives qu'il avait de son Père le mandat d'employer, et dont l'emploi actif et constant était un des principaux moyens de sa mission ici-bas. Dieu ‘avait envoyé, dans l'excès de son amour paternel à notre égard, pour renouer avec les hommes lPamitié premiére, Il fallait, pour refaire de tous les hommes des amis de son Père, que Jésus fût l'armi par essence : l'ami capable de verser dans les cœurs les qualités surnaturelles de l'amitié divine, d'en dicter les préceptes, d'en fournir l'exemple, d'en répandre au loin les charmes vainqueurs. L'amitié, dans cet unique ami, n’était done pas une simple inclination, mais l’un des principaux devoirs de sa charge, l'une des forces les plus puissantes de son œuvre : aussi ne fut-il pas seulement ami par ses qualités, il le fut par une volont déterminée, par la poursuite d’un but, par l'intérêt qu'il avait à procurer le succès de sa venue ici-bas : restaure” l'amitié sacrée des hommes avee Dieu leur Père et avec leurs frères.

Cette préoccupation constante de son Cœur, de gagner notre amitié par la démonstration de la sienne, se manifeste par de nombreux témoignages dans l'Évangile. — Le mot d'ami revient souvent dans ses paraboles (1); il se complait à l’employer aussi dans ses instructions morales sur “humilité et sur la prière (2). — Ses ennemis l'accusaient

(1) Telle la parabole des ouvriers appelés à la vigne : Amice, non facio tibi injuriam (Matth.. xx, 13); — celle du festin nuptial : Amice, quomodo huc inträsti? (Matth., xx11, 13.)

(2) Amice, ascende superius. (Luc., xiv, 15.) — Quis vestrum habebit amicum ? {(Luc,, xr, 5.)

Le Cœur pe Jésus-Curisr. — T. II. 20

om

ni mme moe

de faiblesse en amitié vis-à-vis des publicains et des pécheurs (1). — Il appelait couramment ses apôtres « ses amis » dans les entretiens qu'il avait avec eux: et il se proclama ouvertement x Fami de Lazare (2), » — Il exhortait ses apôtres à devenir plus parfaitement « ses amis »; il leur montrait son arvitié comme le but de la loi accomplie et par conséquent comme le terme de la perfection chrétienne : Vos amici mei erilis si fecerilis queæ præcipio vobis (3).

Enfin il mettait l'acte le plus éminent du dévouement dans un acte d'amitié, celui par lequel « on donne sa vie pour des amis. »

Ce qu'il enseignait, il le fit. Pour les hommes ses créatures, dont, en prenant leur état, il s'était constitué l'ami; pour ces coupables, condamnés à la mort éternelle, qui ne pouvaient échapper au châtiment que si un homme de leur race prenait leur place et offrait pour eux à la justice divine son sang innocent, l’on vit tout à coup se lever, du milieu de l'humanité, le premier-né, le plus beau, le plus parfait de tous les hommes; et, renouvelant une des scènes les plus tonchantes de l'histoire, chantée par le plus délicat des poètes (4), il se présentait à la Justice divine, prèéte à frapper le monde, et ji eriait d'un grand cri au nilieu de ses sanglots : Père, pardoniez-leur, éar ils n'ont su ce qu'ils faisaient en vous offensant; le coupable, c'est moi, car j'ai pris volontairement sur moi toutes leurs iuiquités! — Le gluive S'abattit; l'innocent avait sacrifié

(1) Ecce homo publicauorum et peccatorum amieus. (Matth., x, 19.) (2) Dico autem vobis amicis meis, (Lue., x11, 4.) = Lazarus amicus goster dormit. (Joan., x4, 11.) (3) Joan., xv, 1. (1° Me, me, adsum qui feci, in me convertite .errum, O Rutuli, meu fraus omuis, nil iste nec ausus, Nec jotuit!

(Enéide, lb, IX.)

IV, — L'AMITIÉ S1 EEE

sa vie; les coupables, purifiés, avaient sauvé la leur: le plus grand témoigage d'amitié qui se puisse concevoir aveit été fourni perle meilleur de tous les amis : Majorein hac dilectionem nemo habet ut arimam sua ponut quis pro amicis suis (1).

IT. — Le don de sa vie, la tradition de soi-même, est donc le dernier terme de l'amitié; c'est sur cette preuve qu'elle appuie sa plus évidente démonstration : on ne saurai. aller plus loin que ce sacrifice sublime. spontané et srns réserve. Mais ce qui s’est fait une fois se peut rerouveler, ce qui n’a duré qu'un instant peut se perpéfer; ce qui s'est fait au profit de tous se peut reproduire en faveur de chacun. Ce sera alors le témoignage constamment donné, dans son plus brillant éclat, d’une amitié dont seul est capaile un homme qui est Dieu en même temps. Eh bien, l'amitié de Jésus, expression de l'amour infini qui est son être même, se plait à se montrer dans cette merveille de la tradition, perpétuellement faite à chacun des hommes, de la vie qu'il a prise par amour pour eux. Voilà le comble de l'amitié : rien ne se pourra de plus, sinon l’amitié dans la possession éternelle de Dieu au ciel : « Qui donc, dit saint Ambroise, peut vous ètre plus ami que celui qui vous livre son co'ps en nourriture : Quis ainicilior est quam qui vobis Corpus sum tradidit (2)?

Alors, assi: pour prendre avec les siens son dernier repas, la veille 4e sa mort, se souvenant de ce précepte de la Sagesse : « Fais à tes amis, de ton vivant, tout le bien que tu peux (3) », il prend son Corps, qu'il immole en le

(1) Joan., xv, 13.

2) Ambr. in Luc., xt, \5) Ante mortem benefac amico tuo. (Eccl., x1v, 13.)

nn nn sement

mer

ne

952 LES AMOURS DU SAGRI-CEUN

réduisant à devenm une parcelle de pain, ei il le livre à ses apôtres en leur disant: « Prenez, maugez-le tous, et, en mémoire de moi, faites-le Manger à tous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siéeles! Je vous le livre, je me livre moiméme pour être perpétuellement sacrifié dns une mandneation à tout instant el partout renouvelée, Ah! S'il est vrai eue de se livrer soi-même pour ses amis est l'acte suprêine de l'amitié, je puis vous prockuner désormais, ;sans réserve et sans crainte, mes amis; car tout ce que j'ai recu de mon Père : ma divinit®, mou âme, mon corps et mon sang, je vous ai tout livré : Vos autein diri amicos, quoniain Oinnit qui Cuinque audiri «a Palre neo, nota feci vobis. »

Voilà l'amitié de Jésus pour les hommes instituée et fixée sur cette terre en un témoignage perpétuel qui se renouvellera de lorient à l'occident, du midi au septentrion, à tous les instants de la durée, en faveur de chacun des fils d'Adan !

L'Eglise est fondée sur ce testament de l'amitié: c'est l'amitié de Jésus qui l'inspire, la gouverne et lu défend ; cest l'amitié de Jésus qui l'anime, la nourrit et la sanctifie. ile ne fait autre chose que garder cette amitié entre les âmes et Dieu et entre les enfants de Dieu de toutes les races, Ses fils sont des frères, et elle veille par-dessus tout à ce qu'une amitié réelle et sincère, supérieure à toute les svmpathies naturelles, manifeste par les œuvres du dévonement, les unisse tons à l'abri des divisions et des haines, Si ses enseignements étaient écoutés, le monde seruit tout entier une inimense société d'amis ne formant, comme an début de son existence, qu'un cœur et qu'une âme (1).

Mais le point éanitel, à remarquer ici, c'est que ce don

(1) Credentium erat cor unum et anima una, (Act, 1v, 32.)

IV, — L'aurrif sh À

du Corps de Jésus, expression Suprème de son étant risoureusement mis à la disposition hommes, des plus ignorants, des plus D:

coupables, c'est tous les hommes ne Jésus aime en ani sublime, d'amitié vraie qui ne peut faire plus, ni donner davantage, ni se démontrer plus élairement.

Clacun des hommes? — Oui, Sans exception, sane exclue sion de nationalité. de langue ou de condition Manducate er hor ones. L'amitic totale, l'amitié extréème, l'amitié vivante et Personnelle, elle est intégralement renlermée dans le don de ce pain ; elle est donnée le mange et chacun est appelé, sollicité, pre tous les jours !

anitié, de chacun des tuvres et des plus

: Accipile et

à quiconque ssé de le Hiatioop

Tous les hommes sont donc vraiment appelés à être Jes amis de l’Ami divin ? à jouir de tous les droits, de tous les honneurs. de tous les biens, de tous les secours, de toutes les joies de cette inénarrable amitié : de Son intimité, de sa familiarité, de ses épanchements confidentiels ? — Oui, tous les hommes! — À moins que vous ne prétendiez que de recevoir de ]a façon la plus intime qui se puisse Concevoir, celle de la manducation, l'ami livré à vous par amour pour vous, n’est Pas Îa preuve irréfutable de l'amitié? Or, la vérité affirme le contraire,

Mais tous ceux qui communient sont-ils donc également les amis de Jésus ? — Oui, s’il s’agit de la réalité substantielle de l'amitié, Puisque tous en recoivent le # gral : et, de ce chef, nous allons voir tout à l'heure que quiconque possède l'Hostie de la communion possède tous les trésors de l'amitié de Jésus et voit ge réaliser faveur toutes les conditions de la plus parfaite amitic. Car cette parole ne Passe pas : il n’y a pas de plus grande amitié que de donner sa vie, pour leur bien, à ceux qu'on aime : Majorer: hac dilectionem neno habet !

Cependant, comme, dans le ciel. sur le don fondamental

de sa possession Par ia vision béatifique, le meme däus

age int.

en sa

son essence pour tous les élus et qui suffit à les rendre tous infiniment heureux, Dieu sème à profusion des dis: tinctions, des privilèges, des récompenses de surcroît qui multiplient à l'infini les demeures de la Patrie céleste, la beauté extérieure et les joies des élus, — ainsi le don du Corps de Jésus dans la communion, substantiellement le même pour tous et pour chacun, est susceptible d'innombrables effets qui ne se produisent pas également dans tous les communiants, mais que le céleste ami opére en qui il lui plait, soit en vertu de ses prédilections gratuites, soit en raison du plus grand mérite et des dispositions plus parfaites de ceux qui le reçoivent. Ces surcroîts, accordés à quelques-uns, n’enlèvent rien à la plénitude du don fait à tous. Tous sont bien véritablement traités en amis, à qui l'on ne peut donner substantiellement rien de plus. Ces privilèges apportent la variété dans l'unité, ils la font resplendir dans ceux qui en jouissent, sans la diminuer dans ceux qui ne les reçoivent pas. La parole de J'Ami demeure dans sa vérité intégrale : « Prenez et mangez tous ; je ne puis faire davantage: vous êtes tous mes amis, désormais, vous à qui je livre sans réserve tout ce que j'ai recu de mon Père : Vos diri amicos ! »

Le don «le l'Eucharistie est donc la raison de l'extension de l'amitié personnelle de Jésus à tous les hommes, jusqu’au dernier. Ce qu'il sera intéressant de voir maintenant, c’est avec quelle perfection ce don réunit toutes les conditions requises, selon les théologiens et les philosophes, pour constituer l'exercice de la véritable amitié. Nous les entendrons tous par la bouche du Docteur angélique. Ces conditions, qui sont des propriétés ou des effets de l'amitié, se peuvent grouper sous ces trois chefs : la dilection, l'union, la fidélité. Par le don de l'Eucharistie, l'Ami divin nous aime, nous unit à lui, nous est fidéle, avec une perfection aussi sublime que réelle,

Page 1