V. — L'AMITIÉ
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cours S'écoulant lun dans l'autre (1), » — Et voila que l'Ami de l'Eucharistie, en se redonnant tous les jours, renouvelle les effusions d'une tedresse toujours jeune, tou-
jours ardente, toujours plus envahissante; et qu'en retour
il demande, supplie et ordonne qu'on « demeure duns son umour, et qu'on lPaime comme il a aimé. » Ce qui est dire: « Mon fils, mon «ani, donné-moi ton cœur comme je t'ai donné le mien; rends-toi à moi qui me suis offert à toi ; livre-toi comuine je me suis livré! »
C'est alors « lFextase » (2), la sortie de soi-meème, et l'oubli de ses propres intérêts pour entrer dans l'Ami divin, habiter en lui et vivre uniquement attaché à lui, occupé de lui, reposant en lui, dans la complaisance en ses beautés et en ses houtés, dans la condoléance en ses peines, dans le service de ses desseins, dans Puccomplissement de ses volontés : Qui smanducal med carnenr, die ine manel. — Lui aussi subit cette pression de l'amour qui le jette hors de sa gloire, de su dignité, de sa liberté. de son repos: hors de sa vie et de son élat d'homme, pour le fixer dans une poitrine étrangère, à l'état de pain, consumé au service de cet être aimé dont les besoins, mais aussi les destinées éternelles à assurer, l'ont fasciné et captivé : £f ego ti eo. Ainsi la communion donne-t-elle satisfaction à cette loi de l'union dans l'amitié qui est le mutuel exode de l'ami vers l'ami: Divinus nor erlasin facil ; el ipse Deus propler dinoren est exlasin passus.
En cons‘quence, chacun des amis habite dans son ami [ , y demeure et y vit plus qu’en lui-même. Ici l’âme humaine
(1) Sed nec benevolentia sufticit ad rationem amicitiæ, sed requiritur quicdam mutua amatio ; quia aimicus est amico amicus. — Amor importat quamdam unionem secundum affectum amantis ad amatum. (28 2€, q. XXVIH, a. 2.)
(2) Divinus amor extasim facit ; et ipse Deus propter amorem est estasim passus. (Dyon. De Div. nom., L, IV.)