VI. — SES PRÉDILECTIONS ‘ LES VIERGES
sur la croix, un coup de lance, frappé dans son côté, faisait sortir de son Cœur une épouse lavée dans son Sang, Sans tache, sans ride, toute belle et digne de lui. I l'aima et prit en elle des Complaisances qui ne se sont jamais lassées, 1] hab en Personne avec elle, il la nourrit de sa Chair, il Ja conduit, Ja défend, lui donne une inépuisable fécondité, el son grand Souci est de la faire honorer Par loute la terre: il l'a sacrée reine et äa mis entre ses nains tous ses trésors et toute sa Puissance (1),
Et l'Eglise, de son Côté, l’aimo uniquement et Je sert avec une fidélité et un dévouement qui ne reculent ni devant les travaux, ni de ant les Souffrances, ni devant la mort. Elle lui donne infatigablement «2 nouveaux enfants qu'elle forme à Ja ressemblance de ses vertus, qu'elle instruit Dour le connaître, Je louer et répandre sa Connaissance au loin ; elle les fait forts et intrépides pour être les défenseurs de ses droits et les ProFagateurs de son empire. Elle ne vit qe pour lui (2) : et Je Cœur de l'Epoux se repose en toute Confiance dans l'amour de cette femme forte et de cette épouse fidèle : Confidit in ex cor viri Sui (3),
TL. — Mais Je Christ Jésus, dont l'amour est infini, veut ètre aimé de cet amour qui unit les époux et qui est le plus puissant à fondre ensemble les cœurs, Par d’innombrables âmes qu'il distinguera Par des dons de grâces privilégiés, qu’il appellera à lui par une élection particulire, qu’il entourera d’une tendresse inappréciable : ce sont les vierges sacrées.
(1) Christus dileyit Ecclesiam et seipsum tradidit pro ea ut illam sanctificiret mundans lavacro aquæ in verbo vitæ, ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam, non habentem maculam aut r'ugam, aut aliquid hujusmodi, sed ut sit sancta et immaculata. (Ephes., v, 25.)
(2) Sicut Ecclesia subjecta est Christo, ita et mulieres viris suis in Ornibus. (Ubi Supr., v, 24.)
(3) Prov., SAP ES
Coca matigenentnans came res meet tr nn RR Rs enter arnee, cmt nnt
A vrai dire, toute âme baptisée qui vit dans la grûce, peut, à un certain titre légitime, être uppelée épouse du Christ Jésus. L'amour surnaturel de Ja charité ünit assez intimement les âmes au Christ, et la foi avec laquelle il se donne à elles est assez stable (1), pour que le baptême puisse être considéré comme un hymen, et lu tuble sainte comme un repas nuptial où, dans l'accroissement de la cha rité. les cœurs se dilatent et se pénètrent, les liens de laffection se multiplient et se resserrent jusqu'à opérer la plus étroite unité entre l'âme et le Fils de Dieu (2, L'amour est le lion de tous les états particuliers qui mettent les âmes en relations spéciales avec le Christ Jésus, tin de tous les états, et il les dépasse tous pour Îles tondre dans son unité. Aussi, là où il y a plus d'amour ÿ a-til union plus étroite et participation plus abondante à Ja possession de l'Epoux. C’est ce qui fait qu'une mère de famille, servant son mari et élevant ses enfants avec plus d'amour qu'une “eligieuse n’en mettra à accomplir ses devoirs de perfection, attirera bien plus les compluisances de l'Epoux divin, et sera dans le ciel, comme elle l'est sur la terre, bien plus près de lui. Cette remarque est de saint Thomrs, que certaines personnes, Sans en avoir fait profession, sont bien plus parf”itement les épouses du Sauveur que d'autres qui ont été a, es à cet état privilégié et qui se sont engagées à en observer les lois (5).
(A) it percutiam cum eis fædus in die illa, et sponsabo te mihi in sempiternum et sponsabo te mihi in tide ; et scies quia ego Dominus. (Osexe, 11, 20.) — L'Apôtre disait dans le même sens de tous les chrétiens : Despondi enim vos um viro virginem exhibere Christo. (IL Cor., x1.)
(2) Gaudeamus quia venerunt nuptiæ Agni. Beati qui ad cœntm nuptiarum Agni vocati sunt. (Ap., xix. 7, 9.)
(3) Contingit quod aliqui se obligant ad id quod non servant, et aliqui implent ad quod se non obligaverunt ; et ideo nihil prohihet aliquos esse perfectos, qui non sunt in statu perfectionis, et aliqrios esse in statu perfectionis qui tamen non suni perfeeti. (4° 29, q CLxXSIV, à ‘.)
VT. — 8E8 PRIDITEGTIONS : LES VIENOrS 41 em annee Il faut pourtant avouer que les personnes qui peuvent, par un éminent amour, joindre la perfection de l'état sécu. lier avec celle de l’état religieux, sont des exceptions, « Le cœur de la femme mariée est divisé, dit saint Paul, entre deux objets : son époux et le Seigneur; son temps l'est aussi (1) » et par conséquent ses forces morales, Encore qu'aimant surnaturellement son mari, elle ne l'aime qua pour Dieu et que par conséquent son amour se repose définitivement en Dieu, il ne laisse pas que de consumer une part de ses ardeurs sur l'autel du cœur créé où il s'est posé d'abord pour s'élever jusqu'à Dieu : semblabla à l’encens qui laisse dans les charbons embrasés une partie de l'arôme qui s’en dégage en nuées odorantes. Bien qu'elle puisse, en l'employant avec beaucoup d'ordre et de jalouse économie, donner quelques moments de son temps à la prière, elle n'en Pourra ni n'en devra même jamais soustraire assez au service de son époux et de ses enfants pour satisfaire aux longs épanchements, à la grande liberté intérieure, à la préocc pation dominante de ses intérêts divins que réclame le service parfait de l'unique Seigneur, En fait or "nuire, celle qui a voulu posséder Ja créature, même très «:rétiennement et sans exclure de son cœur Je Créateur, doit accepter de céder Je pas dans sa perfection, les prédilections et les joies de sa possession, à celles qui ont su mépriser tout rival, quelque séduisant qu’il fût, Four n’aimer que le senl Epoux divin,
Celles-ci sont, dans ]n multitude du peuple chrétien
(1) Vole autem vos sine sollicitudine esse, Qui sine uvore est, sollicitus est quæ Domini Sunt, quomodo placeat Deo. Qui antem cum uxore est, sollicitus est mundi, quomodo placeat uxori, et li visus est, Et mulier innupta, et virgo cogitat qui Domini sunt, ut sit sancta corpore et Spiritn, Que autem nupta est, cogitat quæ sunt mundi, quomodo placeat viro. Porro hoc ad utilitatem ves. tram dico vobis…. ad id quod farultatem præbeat sine impieilie mentc Dominum otsecrandi (1 Cor., vit, 32,)
oo
appelé déjà par la vocation du baptéme à aimer le Christ Jésus, l'objet d'une seconde élection toute privilégiée de son particulier amour : Elegil eam Dominus et prœæelegit ean (1).
La virginité est un don du Seigneur. Toute oreille n'est pas apte à entendre l'appel à la chasteté volontaire (2) e toute jeune fille ne devient pas épouse du Christ du fait de ne se point marier et de demeurer pure; mais celle-là seulement qui lui consacre son cœur pour toujours en vertu d'un choix déterminé et irrévocable qu'elle fait de l'Epoux divin, pour répondre à l'appel qu'il lui a fait entendre au fond du cœur avec une clarté et des inslances qui ne trompent guère et que, d'ailleurs, discernent définitivement les ministres que le Christ Jésus charge, comme de nouveaux Jean-Baptiste, de lui préparer et de lui présenter ses épouses (3).
Que d'amour dans ce choix et dans cet appel de T'Epoux! Quelle révélation profonde il leur fait, et souvent dés leur enfance, de ses qualités, de ses beautés de ses amabilités infinies! De quelles prévenances il les comble, de quelles sauvegardes il les entoure! Avec quelle force aussi douce qu'irrésistible il les séduit, les gagne, les ravit, les emporte enfin. à travers les tendresses éplorées, les cœurs déchirés, à travers les oppositions aussi et parfois les violences de la chair et du sang! Mais rien ne l'arrête, et son amour jaloux ne cesse de leur redire au plus profond du cœur l'appel victorieux : « Ecoute, ma fille, et comprends, et cbéis! Oublie ton peuple et la maison de ton père; le Roi
(1) De l'office des vierges.
(2) De virginibus prwceptum Domini non habeo : consilium autem do. (1 Cor., vit, 25.) — Sunt enim eunuchi qui de matris utero sic nati sunt, ct sunt eunuchi qui facti sunt ab hominibus ; et sunt eunuchi qui seipsos castraverunt propter re£num cælorum. Qui potest capere capiat. (Matth., x1x, 12.)
3) Qui habet sponsam, sponsus est; amicus autem sponsi, qui stat et audit eum, gaudio gaudet propter vocem sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum est. (Joan., 111, 9.)