VI. — SES PRÉDILECTIONS ! LES VIERGFS
généreux, les plus soutenus de l'amour pour Dieu et pour le prochain. Chaque communion redouble en elle les :
P'iissances actives de la Charité en même temps qu’elle
en accroît le foyer : Comment cet aliment quotidien de
l'amour ne la transformerait.i] Pas en un être d'amour ?
Je dis : aliment quotidien, car il paraît évident qu'à
considérer la dignité, les grâces, les exercices, les œuvres
de l’état religieux, la mesure normale de la communion
Pour les religieuses devrait être la communion quotidienne,
sauf pour celles qui déclareraient renoncer à vivre selon
les conditions essentielles de leur vocation sainte. Elles
sont les épouses, et les épouses Consacrées, du divin
Epoux : pour qui dresse-t.il sa table et qui y appellera.til
chaque jour, après ses ministres, sinon ses “pouses ? Leur
vie d’abnégation, de prière, d'austérité, de dévouement n'y
est-elle pas une Préparation très parfaite? Les sacrifices
qu'elle suppose chaque jour, les privations qu’elle impose
à tout instant, la perfection à laquelle elle oblige sans
arrêt, ne leur créent-ils point par ailleurs le besoin de cet
aliment à dose quotidienne ? Murs Surtout, ce seul fait
d’avoir quitté les affections les plus saintes et les plus
douces et d'en imposer sans cesse le Sacrificc sincère à
leur cœur, dans le fond duquel Pourtant continuent d’en
vivre les racines profondes, ne leur donne-t-i! pas le droit de recevoir et de posséder l'unique bien, l'unique &mour de leur vie, autant qu’il se veut donner ? Et si c’est luus les jours, qu'elles le reçoivent donc tous les jours!
Liles sont, nous semble-t-i}, religieuses avant tout pour el: pour s'offrir à Jésus-Christ et Pour posséder Jésus-
‘ist dans l’union de Ja Communion, s’il est vrai que
‘nn ion Personnelle, aussi parfaite que possible, soit la vie
‘mour des époux : £t adhærebat uxori suæ (1). La
reuxieuse ne s'appartient plus, elle appartient à son divin Lpoux : qu’elle se laisse donc prendre par lui autant que
(2) Gen., n, 24.
Lr CŒvR DE JÉSUS-CaRisT. — T, IL,
son amour le désire ; et cette mesure est celle du don qu'il fait de lui-même dans ce Pain qu'il ordonne à son épouse de demander tous les jours : Panem nostrum quotidianum da nobis hodie (1) /
VI. — Si l’'Epoux accumule tant de trésors et tant de puissances d'amour dans le cœur de ses épouses sacrées, c'est qu'il veut être aimé d’elles d'un amour de choix, d’un amour souverain, d’un amour perpétuel, universel, total et constamment acçru.
11 veut pouvoir trouver dans cet amour la consolation de ses peines, les complaisances de son Cœur, le service de ses intérêts ; — amour familier et intime ; amour tendre ct compatissant ; amour dévoué et zélé ; — prédilection, consolation, dévouement, sont les trois services d'amour que le Cœur sacré attend de ses épouses.
On étonne peut-être beaucoup de religieuses en leur disant que le Cœur adorable de l’Epoux veut prendre en elles ses complaisances, c’est-à-dire qu'il veut contempler ses perfections dans le miroir de leurs vertus ; qu’il veut se glorifier dans leur sainteté éminente, dans leurs œuvres parfaites et admirables ; qu’il veut jouir de leur présence, goûter des délices dans leur conversation ; être heureux avec elles et content d’elles ; qu’il a et le besoin et le désir de les voir, de les entendre, de se reposer en elles et de jouir de leur beauté comme de leur amour.
Et ces pieuses filles de protester aussitôt que ce n’est pas possible, qu’elles sont indignes de pareil honneur et de se
(1) On peut appliquer sans crainte à l'union avec le Christ dans ia Communion ces préceptes du mariage chrétien, puisque ce sacrement a été calqué sur le mystère de l'union de Jésus avec l'Eglise et avec les âmes : Mulier sui corporis potestatem non habet, sed vir. Similiter et vir sui corporis potestatem nc” habet, sed mulier, (Cor. v'1, 4.)
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cacher la tête dans Jeurs Mains : elles fuiraient, si elles pouvaient, pour ne point s'entendre dire de telles choses!
Nous admettons bien ces protestations d'humnilité comme une première impression de Surprise; nous comprenons très bien que si elles se regardent elles-mêmes, ce qu'elles ont fait et pourraient faire par elles-mêmes, elles so sachent et se disent absolument indignes des complaisances du divin Epoux. Enfin, si elles ne voient que leur insuffisante Coopération, leur inintelligence et leur froideur, leur légèreté ou leur grossièreté, les défauts et les défaillances qu'elles gardent même dans leur état éminent, et qu’eiles apportent dans les opérations auxquelles leur vocation les convie, nous approuvons certes leur épouvante en face des hautes obligations où les engagent l'honneur et le bienfait tant privilégiés des complaisances divines. C’est l'expression d’une humilité nécessaire autant que légitime.
Mais si elles séparent ce qu'il plait aux incompréhensibles condescendances de l'Epoux d'unir, c’est-à-dire Ja réalité de ses dons gratuits, de son amour qui aime comme il veut aimer, de ses désirs qui ne relèvent que de Jui, avec la réalité de leur misère fondamentale et persistante ; si elles nient que sa gra les purifie et les sanctifie ; que tant qu'elles sont en grâce avec lui elles demeurent et vivent dans son amour ; que Jeur état de religion les constitue dans une perfection éminente et les enrichit de trésors incalculables ; que leur titre d'épouses à porté l'Epoux à les embellir spirituellement de dons plus précieux que les diamants et les pierreries, les colliers et les bracelets du plus haut prix : si elles nient cela, elles nient la grace, leur vocation, la sainteté et l'amour ; elles méconnaissent le Cœur de l'Epoux divin, Ce n’est plus de l'inmilité, c’est de l'ignorance ou de la sottise.
Il faut donc qu'en toute humilité v'ule eJ"« confessent ce mystère qui allie leur indignité or rinei:- avec les bontés infinies de Dieu, et qu’elles reconnuissent que, du fait des
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dons et de l'amour de leur divin Epoux, elles sont sur. naturellement pures, belles, riches, aimables, dignes do ses désirs et de ses complaisances,
« Au Ciel, dit saint Jérôme, le Verbe prenait ses compluisances dans ses anges ; aussitôt qu'il descend sur la terre, il se crée une cour et se fait une famille privilégiée où il retrouve ici-bas les anges qui l’adoraient dans sa gloire (1). » Ce sont les vierges, « fleurs choisies du jardin de l'Eglisu perles étincelantes de sa couronne, ornement et gloire do la grâce, sujet d’une louange intarissable, image Ja plus ressemblinte de la sainteté de Dieu, portion d'élite du troupeau de Jésus-Christ (2). »
Qu’elles entendent donc ces paroles de l’Epoux qui leuy sont littéralement adressées (3) .
« Oh! que tu es belle, mon amie, que tu es beile (4)!
« Lève-toi, ma bien-aimée ; hâte-toi, ma colombe ; viens, ô ma toute belle !
« Montre-moi ton visage ; que ta voix résonne à mes orcilles : ta voix est si douce et ton visage si beau (5)!
(1) Statim ut Filius Dei ingressus est super terram, novam sibi amiliam instituit, at qui ab angelis adorabatur in cœlo, haberet angelos in terris. (S. Hier., Ep. xx ad Eustoch.)
(2) Flos est ille ecclesiastici germinis, decus atque ornamentum gratiæ spiritualis, laudis et honoris Opus integrum et incorruptum, Dei imago respondens ud sanctimoniam Domini, ülustrior portiv gregis Christi. (S. Cypr. De Discipl. et habitu Virg.) — Virginibus et continentibus quasi gemmis pulcherrimis Ecclesiæ monils decoratur. (D. Hier, Lib. Il contr. Jovinian.)
(3) Un sait que le Cantique des antiques a un triple sens littéral : le premier s'entend de Jésus et de l'Eglise ; le second de Jésus et de Marie ; le troisième de Jésus et de l'âme sainte. Les deux premiers sont adéquatement littéraux ; le troisième partiellement. Appliquer les paroles du Cantique aux rapports du divin Epoux avec ses epouses consacrées dans la vie religieuse, ce n'est donc pas une adaptation fantaisiste, mais une application légitime et vraie. (Voir Coruel. a Lap. in præfat. Cantic.)
(4) Cantic., 1, 14, (5) u, 10, 18,
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