‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 138 sur 224 · I. — VIE IMMORTELLE 445 mms · texte numérisé non relu

I. — VIE IMMORTELLE 445 mms

à l'œuvre même que je poursuis dans l'Eucharistie, — Il faut bien que Je sois ce pain pour vous faire manger sana répug iance, sous ses apparences connues et désirées de tous, la réalité de ma chair, qui seule vous peut nourrir de vie divine! — I] fant que l'insensibilité de ces apparences protège l'intégrité, indestructible désormais, de mon humanité ressuscitée, quand le sucrificateur les brise pour offrir à Dieu, pour l'expiation de vos péchés obstinés, un vrai sacrifice, capable de vous en laver et de vous en Obtenir le pardon! — I} faut que les limites étroites des espèces compriment mon humaniti gloritiée et la réduisent aux proportions d'un objet vulgaire et portatif, pour habiter dans les plus humbles tabernacles, pour être emporté facilement, caché dans le sein d'un apôtre, sur les terres intidéles où dans les cachots! — C'est pour vous et pour ménager les conditions de votre existente, de votre foyer, du travail et du négoce : car si J'apparaissais dans ma splendeur, ou bien l’on voudrait vivre autour de moi sans me quitter, et alors plus de vie sociale; où l'on m'abandonnerait quand même, mais alors cette apostasie serait Sas excuse et le cuâtiment, plus terrible. serait aussi plus prompt! — C'est pour vous enfin, et pour offrir à votre foi le moyen d'expier la curiosité des pretniers parents et de mériter, par les sacrifices imposés aux sens, les splendeurs de la vision éternelle !

Mais si je parts dormir. alors Méme que je m'imyose en votre faveur cette apparence de mort, je ne dors ni ne Suis mort, car non Cœur veille : Ego dormio et Cor meum viquat!

IL veille et ne pent dormir. — Avez-vous enterdu dire que les étoiles, fatisuées, aient interrompu le concert qu'elles chantent toutes les nnity à la louanye du Créateur : Concentum cœli, quis dormire faciet ? — Eh bien, vous lasserez plutôt leur indéfectible veille que vous n'eudormirez mon Cœur!

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Car il ÿ a eu lui quatre grandes forces qui ne dorment pas et qui constituent sa vaillante et interminable veille au firmament de l'Eglise, à savoir : la vie divine, la vie glorifiée, l'amour et la douleur. — Dieu ne dort pas, ni les elus, ni ceux qui se dévouent, ni ceux qui souffrent,

Or, ce Cœur est le cœur d'un Dieu et il vit de sa vie éternelle ; — ce Cœur est le cœur d’un homme gloritié pur la résurrection et il vit de la vie sans déclin des élus au ciel; — ce Cœur est le ceur du bon Pasteur qui aime Îles ämes et il vit dans la veille qui, la nuit plus encore que le jour, ti nt le berger debout au milieu de son troupeau pour le protérer; — ce Cœur est le cœur du Patient qui, pour la réparation perpétuelle à opposer aux péchés constamment renouveles des hommes, veut perpétuellement représenter à Dieu la mort douloureuse qui les a expiés sur la croix.

Et voilà pourquoi, son Cœur ne dormant jamais, Jésus veille aussi toujours dans le Sacrement, malsré les appae rences qu'il a d'y dormir : £go doriio et Cor meusa vigilat!

IT. — Mon Cœur veille au Sacrement parce qu'il est le Cœur du Fils de Dieu, et que Dieu ne saurait dormir. Comment dormirait celui qui est la Vie éternelle, c’est-h-dire la plénitude de tonte vie dans un éternel présent ? Comment la fatioue formeraitelle les yeux de celui dont la Clairvoyance et la lumière universelle de tous les êtres. et comment détendrait-elle les membres du Tout-Puissant ? tomment continuerait d'exister l'univers, si éelui qui le conserve, le soutient et le gouverne, retirait sa main infati- £able dans un seul moment d’oubli ?

Non, non! « Celui qui garde le monde et, dans le monde, entoure d'une vigilance plus attentive son peuple choisi, ne dormira ni ne sommeillera : Ecce non dormitabit neque dorrniel qui custodit Israel ! Le Seigneur le garde,

le *cigneur le protège, étendant sur lui sa main vaillante :

T. — VIE IMMORTELLP 4:7 een ee

Dnsninus custodit te, Dominus protectio tua super ii dextleraim tuam (1). — Prenez garde, à vous tous qui le provoquez dans son apparent sommeil de condescendance et de miséricorde ! « Des profondeurs silencieuses de sa couche il vous frappera au moment où vous n'v penserez pas : et celte plaie sera l'opprobre de votre éternelle veille dans le Supplice sans fin (?}, »

IE. — Cor meum vigilat : Mon Cœur veille au Sacrement puree qu'il est le Cœur de mon humanité ressuscitre et gloritiée : or, les ressuscités ne meurent plus, et les bien. heureux ne peuvent dormir. Ils n'en ont pas besoin, leur vie étant désormais indépendante des lois qui régissent le monde terrestre. Ils ne le peuvent pas, parce que leur regard fixé sur les splendeurs de la face de Dieu, fasciné par la vision de son essence, jouit d'un ravissement qui lui est plais doux que le plus tranquille des repos.

Ah! j'ai connu le douloureux et l’ignominieux sommeil de la mort, au bout de l'épouvantable journée de na Passion; mais parce que, n'ayant Pas mérité de Je subir, je l'ai embrassé par le plus généreux amour pour la gloire de mon Père et pour votre salut, il m'en à réveillé slorieusement, à peine v étais-je couché; et désormais je vis, chef de tous les ressuscités, et je suis vivant pour les siècles des siècles : Z'ui #norluus, et ecce suin vivens in sæcula SstPCulortuin (3) !

Et ma vie déborde et se répand dans tout ce qui vit neblement, surabondamment., pour l'éternité : dans l'Eglise, dans son chef, dans ses pontifes et dans ses prètres qui se dévouent à paitre les äimes et à répondre de leur salut ; dans les apôtres emportés sur les ailes de feu de leur

(1) Ps. cxx, 4.

(2) Excitatus est tanquam dormiens Dominus, pereussit inimicos suos in posteriora : Opprobrium setipiterautn dedit illis. (a. LXAVIL,)

(5) Apoc., 1, IS.

dévouement; dans les vierges sacrées aui s’immolent en silence au pied des autels pour donner satisfaction à mon amour et compléter ce qui manque à ma Passion; dans les confessenrs dont la vie se répand en féconds exemples de toutes les vertus, et dans les martyrs qui mettent leur joie à verser dans le monde des flots de vie surnaturelle avec les flots de leur sang, dont l’effusion fera germer du sol inhospitalier qui l'aura bu des moissons de chrétiens ; dans tous ceux enfin qui, par les ministères de la miséricorde, suscitent la vie divine dans les âmes ignorantes, en donnant le secours qui soutient la vie misérable des corps !

IV. — Le Cœur Sacré ne dort pas, parce qu’il est l'amour, tout amour, et que le grand amour n'admet ni repos dans son dévouement, ni interruption dans ses complaisances : Et Cor meum vigilat !

La sentinelle qui garde le camp pendant la nuit, qui répond du repos de l'armée, soutenue par son dévouement au pays qu'elle incarne, se tient debout, l’œil ouvert, l'oreille attentive, malgré la fatigue et l'intempérie. — Et Jésus est, au Sacrement, la sentinelle vigilante qui garde l'Eglise, prête à répondre à tout momenc à son Père s’il l'interroge : Custos, quid de nocte? — « Père, c’est ton ordre de ne laisser perdre aucun de ceux que tu m'as confiés : aucun n’a péri par ma faute (1)! »

La mère qui veille sur le berceau de son nouveau-né, apaise ses cris, satisfait sa faim exigeante, et qui essaie de le rendormir sous la chaleur de ses caresses, ne connaît pas le sommeii et sacrifie joyeusement ses nuits, parce que la tendresse qu'on éprouve pour le fruit de son sein est une des plus grandes formes de l'amour. — Et le Cœur de Jésus prétend être un cœur de mére, aimant avec une tendresse pleine de sollicitude ceux qu'il appelle à la

(1) Joan., vi, 39,

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