VIE IMMORTELLE
Cène « ses petits enfants : Filioli. » Il sait que la vie surnaturelle est toujours plus exposée en nous que la vie naturelle dans le corps fragile des enfants d’un jour : et c’est pourquoi il veille infatigablement sur nous, s’engageant « à nous porter dans ses bras, à nous tenir sur ses genoux, à nous nourrir de son sein, à nous consoler par ses caresses jusque sous les cheveux blancs », jusqu’à ce que la vie divine soit assurée en nous par notre entrée dans la gloire (1)!
Son Cœur aime en ami dont les complaisances sont sans fin et les conversations sans ennui; en époux, goûtant auprés de son épouse la joie de se donner dans la confiance sans bornes, et qui se délecte dans les retours d’un amour qui s'efforce de surpasser le sien. Ces épanchements de l'affection sont sans fatigue ; et la nuit, bien loin de les interrompre, y ajoute une plus grande intimité : les cœurs “entendent mieu, grâce au silence profond des choses. — La nuit était venue, que le divin ami prolongeait son entretien avec les siens au Cénacle, et il les voulsit voir durer sans interruption, la nuit comme le jour, leur disant : « Laissez-moi demeurer avec vous et demeurez en moi, demeurez dans mon amour : Læra ejus sub capile neo et derlera illius amplexabitur me(?)/»
Son Cœur veille, gardé contre toute surprise du sommeil, parce qu'il est le cœur d’un médecin qui aime ses malades et qui a juré de les soigner sans les quitter jusqu'à ce qu'il leur ait rendu la santé impérissable de la vie éternelle. Penché sur eux, pansant leurs plaies, leur faisant de son sang des collyres de vie et les nourrissant de sa chair délicate, endormant leur douleur dans la résignation et l'espérance, il oublie tout repos, tout soin de lui-même Il a été
(1) Audite me, domus Jacob qui portamini a meo utero, Usque ad senectam ego ipse, et usque ad canos ego portaho, (Is. XLVI, +.) — Quomodo si cui mater blandiatur, ita ego consolabor vos. (HT, 13)
(2) Cant., viu, 3.