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IT. — D'abord, le droit du Sacré-Cœur, — La communion est la réponse de tout point complète, par le don de nousmêmes, au don que le Christ nous fait de lui-même : elle est l'adéquation de notre retour à ses avances. — Si le Sacré. Cœur ne s'offrait à nous qu'en symbole et en souvenir, Ce serait certes un don précieux, dépassant infiniment nos mérites : cependant, pour y répondre, il sufñrait de l’honorer par le culte rendu aux saintes images, Int celle-ci serait la plus vénérte, étant entre toutes la plus auguste. — Si, allant plus loin, il manifestait à nos regards sa personne vivante, pleine de grâce et d'amour, le culte de l’adoration, de l'honneur et de la conversation assidue avec lui, serait conforme à ce don plus parfait, qui semblerait ne point demander d'autre retour.
Mais le Sacré-Cœur va an delà : il se donne en réalité pour s’unir à nous dans une possession réciproque de Int et de nous; il nous présente la sainte humanité de Jésus et sa divinité sous la forme de l'aliment exquis des âmes, leur apportant, sous son écorce de chair, la sève de la vie spirituelle, le suc de la vie divine, le don de la vie éternelle.
C'est là un don qui dépasse infiniment les autres et en différe totalement : comment répondre à cette nouvelle avance qui appelle un nouveau retour? Que demande le nain, sinon d’être mangé? Le garder, même avec tout le “as possible, c’est le rendre inutile et bientôt le perdre. I! ne donne son noble service, de soutenir et d’accroitre la vie, qu'autant qu'il est mangé. Jésus-Christ, en se présentant comme pain, veut done être mangé. Ni le respect, ni l’acoration, ni les splendeurs du culte ne suflisent à rendre à ce pain de vie ce qu’il mérite et ce qu'il veut ardemment : nourrir, donner la vraie vie, la rendre active, généreuse, forte et persévérante, la rendre éternelle, la faire resplene dir des beautés de la gloire, la plonger dans les rares délices de la béatitude !
Nourriture vivante, intelligente et aimarte, Pai. qui
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vit de ln vie de Dieu lui-même, Panis vivus, il veut l'union avec nos ñmes pour en recevoir l'amour en retour du sien, pour se sentir possédé par nous en nous possédant luimême, et il nous dit : Laissez-moi demeurer en vous et demeurez en moi! Mais, pour cela, mangez-moi, car il n'y a que l'aliment qui s'identifie assez à l'être qui le prend pour ne faire avec lui qu'un seul être; et je veux être un avec vous, et que vous Soyez un avec moi : Qui manducal meam carnem in me manel et ego in illo !
Ainsi, parce qu’il a plu au Cœur trop aimant de Notre- Seigneur d'aller, par delà les symboles, par delà la prégence réelle même, jusqu'au don de Ini-même en aliment, l'on ne peut suffisamment répondre à ses droits comme à ses désirs par aucun autre hommage que celui de Ja communion. Ce don d’incroyable prévenance appelle et commande ce retour. C'est la vraie gloire du Cœur sacré et sa satisfaction parfaite, que d’être mangé au divin banquet avec tout le soin, tout le zèle, tout l'empressement dont nous sommes capables : Splendidum cor et bonum in epulis est : epulæ enim illius diligenter fiunt (1).
J. — Pour nous aussi, pour le besoin de nos âmes, si ne, avons quelque amour pour le Sacré-Cœur, la communion sacramentelle s'impose comme le moyen indispensable de le lui exprimer.
que l’on considère la fin surnatureile de l'homme, si sublime, où la condition dans laquelle il la doit poursuivre, si misérable et si ptrilleuse : il lui faut la manducation de son Dieu pour satisfaire à ses nobles aspirations, comme pour réagir contre ses bas entrainements.
Il a été créé, sanctifié d'abord, puis racheté pour voir Dieu, non pas en image et en symbole, mais face à face ; pour posséder Dieu, non pas en espérance seulement, dans
(1) Eccli., xxx, 2%
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Fe — LE PLUS PARFAIT HOMMAGE 19
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des gages et des dons distincts de Dieu, mais pour le
posséder en réalité, on plénitude et sans intermédiaire.
1 lui faut done l'union personnelle avec Dieu dans le ciel
pour le mettre dans son repos parfait, en ui faisant
atteindre sa fin surnaturelle.
Mais cette union avec Dieu dans le terme, elle ne se peut préparer, dans Ja voie, que par l'humanité du Verbe Incarné, qui s'en ost fait l'unique et indispensable moven, L'élu de la grâce a donc besoin du Christ dans le tenips, comme il réclame dans l'éternité Je Christ glorieux, dans ne possession réelle, personnelle et permanente, [1 Jui faut l'union personnelle ici-bas comme au ciel, tempérie sans doute par la divine condescendance pour s'adapter à sa faiblesse, mais réelle pourtant, assurée par la foi, sentis dans un signe apparent, agissant en lui, attirant, élevant, sanctifiant sa vie, déifiant son être et le conduisant, par une constante et régulière ascension. à l'acquisition de l'incomparable destinée qu'il a plu à Dieu de lui fixer.
C'est la communion que cette union; la communion sacramentelle, qui seule nous peut donner Jésus notre Dieu et son Cœur, dans Ja possession réelle et durable, dans l'unité consommée d'une même vie.
Sans cette possession constamment fortifiée par une nouvelle reprise de l'aliment divin, sans cette union resserrée dans une étreinte nouvelle de chaque jonr, notre destinée éternelle est compromise par les faiblesses et es entraînements de notre nature vers les biens passagers et les ivresses périssables, où elle veut trouver un repoimmédiat, autant que facile À posséder. La terre, en effet. s'offre à nous comme un rie] plus facile à conquérir que le ciel de l'éternité; et, ayant l'instinctive horreur de l'effort, du sacrifice et de l’attente, nous l'acceptons en tournant le dos à la patrie. Ses festins et ses fêtes, ordonnés pour l'ivresse actuelle, nous foni oublier le banquet éternel dans la maison retrouvée de notre Père céleste.
D'ailleurs le chemin est long et rude, semé d'embüches,
traversé par des ennemis perfides et tenace“, et nos pierts, que ne soutiennent aucun aliment assez fortifiant, y chancellent et y glissent, et nous finissons par tomber de faim, de fatigue et de d ‘“couragement : De/irient in via !
Ah ! qui nous donnera du pain et des armes, un pain de force pour le travail, pour la marche et pour le combat? Qui nous soutiendra, combattant vec nons, nous encourageant et nous relevant dans nos défaillances ? — « Celui qui, ayant en lui la plénitude de la vie, ne connaît ni lassitude, ni effort ; celui qui, dans sa bonté secourable, rend la force à tous ceux qui sont las, multiplie l'énergie dans le cœur évanoui et perdu en de mortelles défaillances : Qui dat lasso virtutem, et his qui non sunt fortitudinem et robur multiplieat (1) ; celui qui appelle à lui, en leur offrantson cœur, tousceux qui succombent à l’accablement : Venez, je vous restaurerai, je vous referai : Et ego reficiam vos /
Voilà pourquoi, songeant aux intérêts de sa gloire, comme aux intérêts de notre salut, qu’il voulait généreusement et efficacement servir par Ja Révélation eucharistique de son Cœur, le Maitre prévoyant disait à la Bienheureuse : « Preraièrement, tu me recevras autant que l'on te le voudra permettre! »
La communion est le plus parfait hommage de la dévotion envers le Sacré-Cœur.
JV. — La même conclusion naitra logiquement d'une autre raison, à savoir que la communion, comprise dans son esprit le plus intime, est plus encore un sacrifice spirituel de nous-mêmes, par lequel nous nous immolons à Dieu par les mains de Jésus, notre sacrificateur, qu'elle n'est un banquet de fête où nous nous restaurons avec les anges dans la joie d’une chair succulente et l'ivresse d'un vin délicieux, chair et sang du Fils de Dieu.
ul) Isai., xL, 29.
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Peut-être que les livres de piété et les exhortations ordi. naires à Ja communion insistent tr 1P sur ce second aspect de la communion, qui est très vrai du reste, et passent trop facilement sous nee Je premier, qui est non moins vrai et plus portant à envisager, Los avantages que l'ame retire de Ja communion, les qu'elle Y recoit les forces qu'elle + trouve elle y jouit et les consolations qui l'y attende ‘la bonne heure, voilà des raisons désirables autant suutiles et légitimes de Communier ? = Mais le servi de Dieu l'hommage à rendre à Dieu, la relision à lui ffrir, la sanctification de l'âme, sa Purification plus parfaite, sa transformation et sn consommation el u, des raisons légitimes. dignes d'attirer les : nécessaires ot plus urgentes peut-être encore
trésors repos d int
sont aussi gonéreuses, que les pre.
miéres, si l'on met en face, pour Les comparer, le droit de Dieu à satisfaire et le besoin de l'âme à contenter. Car ce droit de Dien passe évidemment : n'importance avant ve besoin de la créature : cela est la fin et ceci le moven. En tout cas, le Sauveur poursuivait trés positivement cette fin de la religion à rendre à Dieu par la communion, quand i] instituait l'Eucharistie.
I suffit pour cela que in Communion soit un acte essentiel du sacrifice, Toutes les parties du sacrifice ont cette même fin première et dominante de donner gloire à Dieu, satis. faction à sa justice, et de payer Ja dette du péché, en obtenant le pardon àu pécheur, Toutes les parties du sacrilice Participent à son action fondamentale, qui est l'inmolation de la sainte victime par les mains du divin Prêtre, laguelle n'est autre que Jésus offert par Jésus sacrificateur.
Partie intégrante du Sacrifice. In communion est l'intro: duction de la créature dans l'hommage suprême qu'il rend à Dieu. En InCorporant dans le comimuniant une part de la victime immolée sons ses yeux, pendant que jion Savoure spirituellement celle gui a été portée par l'Anve
du Sacrifice sur l'autel du ciel, la communion incorpore le communiant au Sacrifice ; elle l’immole en principe avec la sainte victime, et elle l'oblige à réaliser dès ce moment, dans son cœur et dans sa volonté, l’immolation spirituelle de lui-même, pour la continuer ensuite dans son corps, dans ses œuvres, dans toute sa vie. « Comme le baptême, dit saint Paul, est une participation à la mort de Jésus, qui nous donne la vie divine, en nous arrachant à la mort du péché ete nous obligeant à mourir constamment au péché et à la terre, ainsi la communion, en nous livrant en nourriture la chair crucifiée, le sang ignominieusement répandu, la vie anéantie de notre Chef Jésus, nous oblige à lui être des membres crucifiés, répandant généreusement pour lui le sang de notre âme, et lui immolant constamment notre vie dans les anéantissements de l’huiniliation, de la mortification, de l'obéissance, des épreuves et de tous les sacrifices.
N’était-ce point ce que demandait formellement le Sauveur en se donnant à ses apôtres, à la Cène : « Faites ceci en mémoire de moi : Hoc facite in meam commemorationem : — Toutes les fois que vous mangerez la chair ou boirez le sang du Seigneur, vous rappellerez, vous annoncerez, vous déclarerez ma mort : Quotiescumque manducabitis panem hunc et calicem bibelis, mortem Domini annuntiabilis donec veniat (1)?»
Déclarer la mort du Seigneur, ce ne peut être seulement par le rite de la communion à l'autel, mais évidemment « par la manifestation qu’en feront dans leur chair mortelle (2) » dans leur vie, dans leurs mœurs, par la mortification chrétienne, ceux qui auront eu l'avantage de participer effectivement à son sacrifice eucharistique,
() I Cor., xt, 26.
(2) Semper nos qui vivimus in mortem tradimur propter Jesum : utet vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali. (II Cor., 1v, 11.)
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lequel donne la force de tous les sacrilices moraux ; ceux qui auront bu au calice du Sang divin qui donne la force enivrante de boire au calice de l’agonie, — Ainsi encore l’annonçait le divin Maitre à ses jeunes et ardents disciples Jacques et Jean : « Pouvez-vous boire mon calice ?
— Oui, Seigneur! — Eh Lien! vous le boirez : Calicein quidem meum bibetis (1).» — Vous boirez le calice de
mon sang dans les délices à ma table; mais, en retour et par une juste conséquence, si vous voulez m'être fidèles et me rendre sang pour sang, vous hoirez le calice de mes souffrances à Gethsémani, au Calvaire, dans votre vie apostolique si tourmentée, puis dans votre mort par le martyre : Calicem quidem meur bibetis !
Al! qu’ainsi comprise, comme le don et le sacrifice de l'âme à Dieu par les mains de Jésus, la communion est noble et grande! Comme elle appelle l'amour de Dieu, le désintéressement spirituel, l'oubli de soi et la seule vue de Dieu à honorer, à satisfaire, à servir! Comme elle engage l'âme aux préparations attentives, nécessaires pour purifier et pour orner la victime admise à participer au sacrifice de Agneau sans tache! Comme l’âme se sent engagée par le don qu’elle a reçu à vivre sincèrement sacrifiée pour Dieu seul, afin de ne point mentir à sa communion et de ne point faire contradiction et violence à la sainte victime qu’elle porte en elle ! C'est alors qu'elle est vraiment la proie du Christ qu’elle a mangé et qu'il se paie de ce qu'il lui « donné, en la possédant librement, en la dominant sans résistance, en la consumant par la souftrance, et en l'offrant à son Père avec lui-même par un sacrifice spirituel, prolongé sans interruption d’une communion à l'autre!
C'est le réel holocauste intérieur de l’homme à Dieu que la communion ainsi envisagée ; et c'est pourquoi encore le Cœur Sacré, avide de religion parfaite, réclamait la come
(1) Matth., xx, 23,
munion comme le premier moyen de le satisfaire : « Premiérement, tu me recevras autant qu’on te le voudra permettre, quelques humiliations et mortifications qu'il t'en puisse coûter. »
V.— La Bienheureuse s'était, à l’école du Sacré-Cœur, profondément pénétrée de cet esprit, et son redoutable encore que si bon Maitre avait soin de transformer la plupart de ses communions en de veritables immolations, où il trouvait toujours le concours empressé de cette âme fidèle, uniquement désireuse de se rendre plus parfaitement semblable à l’adorable victime qu'elle recevait.
Su disposition fondamentale pour la sainte communion était d’y participer aux souffrances de Notre-Seigneur, d'y recevoir l'amour de la souffrance et d’y prendre la force de la supporter vaillamment. — « Elle se sentait toujours avec deux grandes faims : une de la très sainte communion, où elle recevait le Dieu de son cœur et le Cœur de son Dieu; et l’autre de 1a souffrance, mépris et anéantissement (1). »
Ces deux désirs, si bien faits pour s'accorder, dataient de loin, peut-être de sa première communion, car elle en parle en racontant comment dans le monde, privée de toute direction spirituelle, Notre-Seigneur se faisait son Maitre : « Il appliquait si fort mon esprit en tenant mon äme et toutes ses puissances englouties dans lui-même, que je ne sentais point de distractions; — mais mon cœur se sentait consumé du désir de l’aimer, et cela me donnait un désir insatiable de la sainte communion et de souffrir (2). »
(1) T. I, p. 150. — On lit dans les lecons de sa Fête : Ex hoe Christi amore, quem producta ad plures horas meditatio alebat, ingens exarsit patiendi amor, ut ei quem unice diligebat, similem se exhiberet, (Lect, IV.)
Es —" LE PLUS PARFAIT HOMMAGE
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Notre-Seigneur, qui lui inspirail cet esprit, l'agréait si fort qu'il lui dit cette grande parole d'où descend un jour si beau sur les opérations auxquelles il se livre et sur la conduite qu'il veut tenir dans la communion : « Ma tille, je viens à toi comme souverain sacriticateur (1)! »
Sacrificateur souverain! armé pour immoler l'âme qu'il nourrit, qu'il restaure et qu’il console!
Le glaive qu'il employait vis-à-vis de la Bienheureuse, plus tranchant, plus pénétrant que Facier doublement trempé, était la vue claire et poignante qu'il lui donnait des souffrances de sa Passion dans le moment qu’elle recevait ou gurdait en elle l’Hostie du Sacrifice. »
« Une fois, dans un temps de carnaval, c’est-dire environ une semaine avant le mercredi des Cendres, il se présenta à moi après la sainte Communion sous la fivure d'un £cce homo chargé de sa croix, tout couvert de plaies et de meurtrissures. Son san; adorable découlait de toutes parts, disant d’une voix douloureusement triste : « N'y aura-t-il personne qui ait pitié de moi et qui veuille computir et prendre part à ma douleur dans le pitoyable état où les pécheurs me mettent, surtout à présent ? » Et je me présentai à lui, me prosternant à ses pieds sacrés avec larmes et gémissements. IL me chargea cette lourde croix sur les épaules, toute hérissée de pointes et de clous; et, me sentant accablée sous ce poids, je comimençai à mieux comprendre la gravité et la malice du péché, lequel je détestais si fort dans mon cœur, que j'aurais mille fois mieux aimé me précipiter dans l'enfer que d'en commettre un volontairement (2). »
L'auguste victime du Sacrement lui äpparut une autre fois sous les mêmes traits déligurés et déchirés de l'£cce
CA IE p. 427
tt
hoino. Mais la compassion qu’il demandait avait une autre cause, plus délicate que les péchés des mondains, et elle lui fut exposée par le divin Patient lui-même :
« Je n’ai trouvé personne qui nait voulu donner un lieu « de repos en cet état souffrant et douloureux. » — Cette vuë u'imprima une si vive douleur que la mort m'eût été plus douce mille fois que de voir mon Sauveur dans cet état. Et il ime dit: « Si tu savais qui m'a mis en cet état, ta douleur ‘ serait bien plus grande... Cinq âmes consacrées à mon ser- « vice m'ont ainsi traité, car j'ai été tiré à force de corde « ans des lieux fort étroits, garnis de tous côtés de pointes, « de clous et d’épines qui m'ont réduit de la sorte. ,
« Je sentais un grand désir de savoir l'explication de ces paroles. Alors Notre-Seigneur me fit entendre que la corde était la promesse qu’il nous avait faite de se donner à nous: la force était son amour; ces lieux étroits étaient ces cœurs mal disposés; et ces pointes, l'esprit d’orgueil. Je lui otfris le cœur qu'il m’avait donné pour lui servir de repos. Dans ses lussitudes, il se présentait à moi dès que j'avais un moment, me disant de baiser ses plaies, pour en adoucir la douleur (1). »
« Une autre fois, dit-elle, allant à la sainte communion, la sainte hostie me parut resplendissante comme un soleil dont je ne pouvais souten r l'éclat. Notre-Seigneur était au milieu, tenant une couronne d’épines. Un peu après que je l’eus recu, il me la mit sur la tête en disant: « Recois, ma « lille, cette couronne en signe de celle qui te sera bientôt « donnée, par conformité avec moi (2). »
Le divin Maitre tantôt joignait des enseignements précis sur la nécessité de répondre par l’acceptation de la souffrance à la manducation de sa chair crucifiée, de son âme
(2) T. IL, p. 426.
Il. — LE PLUS PARFAIT HOMMAGE 627
plongée dans l'agonie du Jardin ou du Calvaire ; tantôt il suppliait sa généreuse épouse de lui faire l'aumône de sa douleur compatissante.
« Il me demanda, aprés [a sainte communion, de lui réitérer le sacrifice que je lui avais déjà fait de ma liberté et de tout mon être; ce que je fis de tout mon cœur. « Pourvu, lui dis-je, 6 mon souverain Maitre! que vous ne « fassiez jamais rien paraître en moi d'extraordinaire que «ce qui me pourra le plus causer d'humiliation et d’ab- « jection devant les créatures, et me détruire dans leur ‘ estime : car, hélas! mon Dieu, je sens ma faiblesse, je ‘ crains de vous trahir, et que vos dons ne soient pas en « sûreté dans moi. » — « Ne crains rien, ma fe, me dit-il, «jy mettrai bon ordre, car je n'en renurai le gardien « moi-même et te rendrai impuissante à me résister, »
« I me fut d’abord montré une grande croix, dont je ne pouvais voir le bout, muis elle était toute couverte de fleurs : « Voilà le lit de mes chastes épouses où is ‘te ferai consommer les délices de mon amour : peu « à peu ces fleurs tomberont, et il ne te restera que les « épines qu’elles cachent à cause de ta faiblesse ; mais elles «te feront si vivement sentir leurs piqûres que tu auras « besoin de toute la force de mon amour pour en supporter « la douleur. » Ces paroles me réjouirent beaucoup, pensant qu’il n’y aurait jar ais assez de souffrances, d'humiliations ni de mépris, pe r désaltérer l’ardente soif que j'en avais, et que je ne pourrais jamais trouver de plus grande souffrance que celle que je sentirais de ne pas assez souffrir, car son amour ne me laissait point de repos ni jour ni nuit. Mais ces douceurs m'affligeuient. Je voulais la croix toute pure, et j'aurais voulu pour cela toujours voir mon corps accablé d'austérités ou de travail, duquel je prenais autant que mes forces pouvaient porter, car je ne pouvais vivre un moment sans souffrance. Plus je souffrais, et plus je contentais cette sainteté d'amour qui avait allumé trois désirs dans mon cœur, qui me tourmentaient
incessamment : l'un de souffrir, l’autre de l'aimer et com munier, et le troisiéme de mourir pour m'unir à lui (1).»
Instruite et gagnée par ces enseignements et ces témoignages, la Bienheureuse en arrivait à ne vouloir que la souffrance pure dans la communion, et elle osait supplier son Epoux adorable de lui retirer ses caresses pour ne lui faire sentir que les épines de sa couronne ou les amertumes de son Cœur :
« Un vendredi, ayant reçu mon Sauveur, il mit ma bouche sur la plaie de son sacré côté, m'y tenant serrée fortement l'espace de trois ou quatre heures, avec des délices que je ne puis exprimer, entendant continuellement ces paroles : « Tu vois maintenant que rien ne se perd « dans la puissance, que toutse trouve dans ma jouissance. »
— « Et je lui disais : O mon amour, je quitte de bon cœur tous ces plaisirs extrêmes, pour vous aimer pour l'amour de vous-même, Ô mon Dieu; lui répétant ces paroles autant de fois qu’il renouvelait ces caresses (2). »
De là les mâles enseignements sur la communion qu’elle donnait à ses novices :
« Demain, après la sainte communion, prosternées en esprit à ses pieds, et comme tenant votre cœur en vos mains, faites-lui-en un entier et parfait sacrifice de tout ce que vous êtes, le suppliant de ne pas vous rejeter, après lui avoir si souvent résisté; ne vous réservant que le seul désir de lui plaire et de l’aimer, quoi qu’il vous en puisse coûter, car il veut tout ou rien (3). »
Et encore : « Je ne sais comment une épouse de Jésus crucifié peut ne pas aimer la croix et la fuir, puisque en même temps elle méprise Celui qui l'a portée pour notre
(1) T. Il, p. 3%.