‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 186 sur 224 · IT. — ADORATION ET CONSOLATION DS · texte numérisé non relu

IT. — ADORATION ET CONSOLATION DS

Demeurons done auprès de Ji. air: sa solitude: animons-la, réchauffonsla de noie présence à <ectnense et amicale : jamais heures ne se:ont mieux eu plovées ni plus Ineratives que celles que non: auron: con uinctes près de Jui et que le monde, sans cœur comme suit intelligence, appellera des heures perdues!

IV. — L'adoration passée prés du divin Captif de son amour, abandonné par notre ingralitude, trouvera un second élément de consolation dans les bonnes paroles que nous inspirera la vue attentive et pénétrante de son affliction.

Les paroles de consolation jaillissent naturellement du bon cœur ému de compassion. Elles sont plus précieuses que lPaumône, plus nécessaires que le bienfait et le concours. L'oreille a besoin de les entendre : elles sont une suave mélodie qui charme et endort le mal: elles tombent comme une rosée rafraichissante sur le cœur desséché et brûlant; elles dissolvent les souvenirs aivris, dissipent Les appréhensions, ramènent l'espérance et font la paix duns l'âme avitce,

Sans doute, elles n'empêchent pas le mal d'exister, et le vrai consolateur aurait tort d’essaver de prouver qu'il n'est pas réel on qu'il est bien petit et bien léger, alors qu'it accable le patient. IL faut au contraire en reconnaitre toute la gravité, et prendre dans l'affection et dans la pitié, dans l'espoir d'un meilleur avenir, dans des événements heureux, les preuves de Ja bonté de Dieu : puis hardiment invoquer la récompense céleste qui compensera au centuple toutes les privations par la plénitude de tous les biens, toutes les afflictions par la possession du benheur sans fin; davantage encore, faire appel à l'amour, à la reconnaissance envers l’innocent Jésus persécuté, condamné et mis à mort pour nous; et enfin à cette nécessité de justice, de souffrir ici-bas, pour les péchés trop réellement commis, des maux temporels afin d'éviter les éternels,

Tout cela doucement, opportunément, en cherchant le moment de parler et observant celui de se taire, évitant l’'emphase, la lecon, la réprimande et l’objurgation, la propre apologie et la mise en exemple de sa propre conduite; tout cela aimablement, tendrement, avec des attentions et des délicatesses de mère, de manière à ne point fatiguer, être importun ou pesant.

Le saint homme Job, dévoré de vers sur son fumier, s'était senti réconforté par l'arrivée de ses amis dans l'abandon où l'avaient jeté la perte de ses enfants, la ruine, l'infirmité et les propos aigres de sa femme, lui reprochant avec ironie sa religion, sa patience et sa charité. Mais ceux-ci, sectateurs outrés d'une justice sans miséricorde, s'étaient mis à venger Dieu des plaintes de Job et ils l'accablaient des preuves de sa culpabilité personnelle pour justifier les rigueurs divines. Le pauvre patient, qui avait tant de peine à porter le fardeau de ses maux habituels, éclata sous es coups dont le harcelait la langue de ces maladroits consolateurs et il leur répondit : « Que j'ai les oreilles rebattues de semblables paroles ! Vous êtes d’insupportables consolateurs : vos paroles creuses et pleines de vent ne finiront-elles pas bientôt ?

« Ah! ajoutait-il de cet accent compatissant que prennent si bien ceux qui ont souffert, ah! si vous étiez à ma place, comme je vous consolerais en inclinant tendrement mon visage sur vous! Quel réconfort vous apporteraient mes paroles! Car je n’ouvrirais la bouche que pour des paroles de pitié et d’indulgence et je vous les dirais avec discrétion pour vous épargner : EE mnoverein labia mea quasi parcens vobis (1). »

(1) Audivi frequenter talia ; consolatores onerosi omnes vos estis ! numquid finem non habebunt verba ventosa ? Utinam esset anima vestra pro anima mea ! Consolarer et ego vos sermonibus meis : roborarem vos ore meo et moverem labia mea quasi parcens vobis, (Job, xvi, 2.)

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Et quand les paroies de consolation, pour sortir du cœur énu sur l'affligé, font jaillir les larmes sincères de Ia compassion, elles prennent, à s'y méler, une vertu sinculiérement efficace, qui les change en un baume capable d'adoucir les plaies les plus irritées, d'endormir les douleurs les plus aiguës. de faire fondre le désespoir le plus arrèté. Celui là ne séchera jamais une larme, n’en adoucira Jamais l'amertume, qui ne sait pas pleurer avec ceux qui pleurent. La froide effusion de ses paroles consolatrices ne fera qu'augmenter le flot des pleurs de Pafflisé et « qu'aigrir sa douleur, dit le Saint-Esprit, comme si l'on jetait du vinaigre sur du sel (1). » La charité intelligente et dévoure lleure avec ceux qui pleurent : Ælere cum flentibus (2): Et ces larmes complètent éloquemment le témoicnage de sympathie apporté à l’affligé par le consolateur sincère,

Quelles douces paroles dire au divin Patient du tabernacle? Toutes celles que pe”"nt inspirer la pauvreté, l’abaissement, la souffrance 1s et de l'âme, l'abandon, subis par l'être le moin. IS à ces maux par sa dignité personnelle et paï Son innocence, et qui les a le pus docilement acceptés, le plus patiemment supportés, pendant sa vie de labeur et de douleur: qui les supporte avec une douceur et une humilité admirables dans le Sacrement de son amour.

« Voyez donc s’il est une douleur semblable à ma douleur! » dit l'unique Afiligé. — Demandez-lui de vons donner abondamment cette grâce de prière attentive à punétrer dans ses plaies et dans les douleurs de son âme qu'il a promise et qui fait pleurer sur lui des larmes de mère Eur un fils unique (3). Puis, venez, protongez votre adora-

(1) Acetum in nitro qui cantat carmina cordi pessimo. (Prov., xx\v, 20.)

(2) Rom., xu, 15.

(3) Et effundam super domum David et super habitatores Jeru-

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tion jusqu'à ce que ces larmes de compassion ?! irées par les douleurs si poignaates du Cœur sacré jauiissent de votre cœur brisé : Venile adoremus, ploremus coram Domino (4)! Pleurez avec Madeleine et !:s saintes femmes an pied de la croix où agonise leur Bien-Aimé, pleurez surtout avec Marie « dont la paupière ne se reposa pas de pleurer pendant la nuit cruelle » de la Passion de son Fils unique.

Saint Augustin a ‘it qu’une seule larme sur les douleurs de Jésus lui est plas précieuse qu'une année de jeñne au pain et à l'eau»

V.— Mai. tout cela n'est pas encore assez. Présence, bonn?s paroles, larmes elles-mêmes peuvent être manifestations purement extérieures d’une piété qui n'existe pas. Ce qu'il faut à l’affligé, ce qui ne trompe pas, c'est le cœur du consolateur, c'est de l'affection vraie marquée par la compassion intime du cœur. Cest ainsi que le comprenait le saint homme Job, si expert aux choses de la souffrance : « Quand je voulais consoler, je pleurais sans doute avec l'affligé, mais surtout mon âme souffrait avec la sienne : Compatiebatur anima mea pauperi (?). »

La compassion est la communion intime, sincère ct profonde à la peine d'autrui : ainsi la définit saint Jean Chrysostome : 27 œrumnaruim veluli coinunionen venire (3). C'est par conséquent le partage effectif de la douleur d'autrui, dont le far’ au divisé devient moins lourd. pour celui qu'il accablait, de toute la part qu'on lui

salem spiritum gratis et precum et aspicient ad me quem translixerunt : et plangent eum planctu quasi super unigenitum, et dolebunt super eum ut dolere solet in morte primoweniti. (Zach., x11, 10.)

(1) Ps. xciv.

(2) Flebam super eo.

(3) Lib. 1 de Prov. et Hom. vi ad Pop. Ant,

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