I. — J'AI UNE SOIF ANDENTE D'ÈTRE AIME! D
J atteint les dernières limites dans le grand coup de l'Eucharistie, qui le porte au delà de tous les espaces, de toux les temps, de toutes les formes connues jusque-là, dans une diffusion qui le répand par toute la terre et dans ‘nuune des âmes rachetées. C'était le but du don qui avait eté départi au Christ dans l’Incarnation, la fin de sa mission ici-bas : « Il était venu apporter sur la terre le feu de l'amour divin, de la vie divine, pour le répandre et l'allumer partout, sans répit : Ignem veni mitllere in lerrain, el quid volo nisi ut accendalur ?
Les ardeurs de la soif ont ecrû dans le Cœur du Christ avec ces élans du feu de son amour ; il nous aime d’un nouvel et plus ardent amour à chacun des instants qui composent son existence ; de vives angoisses pour notre salut et notre bien le tourmentent cruellement ; elles ne seront culmres que par notre entrée dans la gloire, qui marquera le terme de notre sanctitication en fixant la mesure de notre récompense. Ne vous étonnez pas qu’il ne se puisse contenir et s’écrie, pour donner quelque issue au feu qui le consume: e J'ai une soif ardente d'être aimé: Quomodo coarcltor dum perficiatur (4)! »
(1) Ces deux œuvres, l'émission du feu sur la terre et le baptème de sang, sont jointes par saint Luc comme les deux tormes analogu. se In ditusion de l'amour dépose en Jésus pour être répandu sa. rsure à la gloire de Dieu et au protit des hommes. — Ce feu est bien celui de l'amour, selon que le dit l'Eglise dans cette oraison : & [lo uos igne, quiesumus, Domine, Spiritus sanctu: iitiunimet, quem Dominus uoster Jesus Christus misit in terrain et voluit vehementer accendi. » — Et ce baptême, dont le dé-ir le tourmente, c'est le crucitiement où, les homines frappant sur sa chair comme on frappe sur la pierre pour en tirer l'étincelle, le feu 1e son amour s'enflammera et se répandra en vastes incendies : Iguis ille caritatis et zeli exilire nequit nisi prius in cruce per‘'utiatur silex corporis mei: vel potius nisi baptizer fonte sangu nis Mel; hic enim similis est foutibus nonoullis n quibus faces e tinctas, Si linimer-eris, mira naturæ vi et à ip :stasi acceniuntur, Sic pariter æstuant jugiter aquæ fontium s.ve thermorum Aquisgranensium. — His comparat Christus suam passionem. Hæc es
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Une autre force, d'irrésistible puissance, agit sur le feu de Famour déposé dans le Cœur du Ghrist, pour le porter à son extrême embrasement: ce fut ic vent de la contradiction, la pression de la souffrance, la violence de la haine par laquelle les hommes répondirent aux avances de son amour.
Quand le feu est faible, un souffle suftit à l'éteindre ; mais quand son fover cat puissant, la pression d'un grand vent l’exaspère et le soulève en un violent incendie. Ainsi voit-on avec terreur le vent souffler en tempête quand le feu éclate dans la cité. Tandis que, par un temps calme, les efforts des citovens accourus en hâte le circonscrivent et l'éteignent rapidement, un vent vif active son foyer, en soulève les flammes, les lance dans les airs où elles tournoient en courses furibondes, affectant le caractère d'un sinistre triomphe de l'élément déchainé sur la puissance de l’homme. Insatiable, l'incendie avance toujours, dévorant tout ce qu'il peut atteindre, se riant de tous les obstacles, renversant toutes les résistances.
Ainsi en est-il de l'incendie de l'amour quand il est généreux el fort. L'’obstacle le fortifie ; la contradiction Pexcite ; tout ce qu'on Jui oppose pour l'éteindre le développe et l'exalte, L'amour a des ardeurs de flamme et d'incendie : il triomphe de Ja mort; il a les obstinations invincibles du feu éternel : les torrents déchainés ne parviendront pas à l'étouffer : Aqguæ inullæ non potuerunt exlinguere charitalem, nec Jlumina obruent illain 1)! — Ainsi apparut l'amour de saint Paul, qui, après avoir été mis eu lutte avec la tribulation, l'angoisse, la faim, la pauvreté, les dangers de toute sorte, la perséention et le ginive méme.
enim quasi balneum æstuans quod ignem et incendium charitatis in mentibus fidelium suscitavit. 'orn. à Lap.,in x11 Luc., 49 et50.)
(1) Sicut mort et inferno nihil resistit, sic nec charitati. Potentiorem docet Apostolus gratiam Christi quam fuerit peccatum Adtæ eUMOrs ex 60 secuta, quia gratia Christi utrumque destruxit, (Corn, a Lap., in vi Cant.)
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Îl. — J'AI UNE SOIF ARDENIE L'ÊTIE AIND I 5
se relevaitese ces combats plus fort et plus assuré, et éclatait en ces accents de victoire : « Nous triomphons de tout pour celui que nous aimons, parce qu'il nous à aimés : Sed in his omnibus superañus propter euin qui dilexit nos (1) /
Ainsi devait éclater l'incomparable puissance de l'amour de Jésus-Christ, grandissant, s’exallant, atteignant à des hauteurs inouïes, après le choc de chacun des obstacles qui lui furent opposés. — Ah! ce furent bien des torrents déchainés, des fleuves débordés, un océan furieux, que lingratitude, la pertidie, le mépris, l'endurcissement et la haine dressés par les hommes contre l'incendie de son amour, Sortant des sources reculées de l'origine du monde, accrus par les affluents qui accourent de tous les points de la terre, alimentés jusqu'à la fin par li malice persistante de l’homme, ces torrents accumulérent les ondes fangeuses des souillures et des hontes de tons les péchfs; ct ils fondirent sur le Christ, avec l'ouragan ‘les tourments dont se composuit le châtiment, pour faire reculer, pour étoufler, pour éteindre son amour, dès le moment qu’il eut été allumé dans son Cœur. — Mais ils ne tirent que redoubler ses ardeurs, et il jaillit, duns la splendeur de Bethléem, du foyer où Marie le tenait cachw pour Ie transmettre au monde. — Poursuivi par la haine uprèés que l'indifférence eut tenté de l'étouffer sous sa iourde atmosphère, il sembla disparaitre: mais c'était pour Sembraser davantage en se repliant sur soi-même dans la prière et le désir; et il éclata en gerbes plus brillantes, se répandit au loin et fit crépiter ses flammes par les prédications lumineuses et pur les bienfaits innombrables, les iniracles éclatants et les exemples entrainants de sa vie publique. — La contradiction, li mauvaise foi et l'obstination cssayant de lui baurrer la route, l'amour s'éleva en une manifestation plus puissante : ils rejettent mes
(l) For. Vili, ns
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bienfaits ? ils auront mes souffrances et mia mort! — La haine humaine, inspirée par la haine satanique, avait creusé là un tel gouffre de tourments, d’ignominies, d’injustices, de maledictions et de condamnations infàmes, qu'il sembla que même l'incendie de l’amour du Christ en serait arrêté. — Mais non! — Ils rendront ma mort inutile pur l'oubli, ils retourneront contre eux mes souffrances régénératrices en me crucifiant dans leurs cœurs par de nouveaux péchés ? je serai la cause de leur mort, alors que je suis mort pour leur donner la vie? — Il ne saurait en aller ainsil — Et passant par-dessus les horreurs de 1n Passion (1), franchissant l’abime de la mort, oubliant tout ce que la terre lui avait apporté de souflrances et d'ingratitudes obstinées, il poussa le feu de son amour jusqu'à l'Eucharistie !
Mais c'était l'incendie extrème, l'ardeur dernicre, où il fut consumé jusqu’à ne laisser de tout son être, de toute sa vie, que la cendre de l’holocauste, la poussière du Sacrement : In finem dilexit (2)! Dans cet excès, son amour
(1) Adeo fuit ardens amor et zelus Christi erga sponsam Écclesiam, quäm sub arbore malo, id est sub cruce suscitavit, ut nullæ aquie, flumina et torrentes persecutionum, tormentorum, dolorum, t&rum parut, Contradictionum, ingratitudinum, contemptuum, blasphemiarum, pertilorum Judicorum vel gentuilium, potuerint eu extinguere, vel sopire, quin pro illis ipsis maximos labores priedicando exantlarct, et dolores subiret, ac tandem vitam in cruce atrocissima profunderet, etiamsi in cruce ab iis rideretur et blasphemaretur, omnique infamia ct dedecore velut latro afliceretur ; io potius hisce aquis ct hoc frigidissimo cordium humanoruin gelu omuique contrarietate superata, quasi per antiperistas amor Christi vehementius exarsit, sonavit, fulguravit, et in similitudinem fulguris coruscantis erupit. (Corn. a Lap., in int Cant., 7.)
(2) Unde iturus ad passioncm, Eucharistiam quasi pigaus iminobilis æterrique amoris instituit, juxta illud Joan. : « Cum dilexisset suox qui erant in mundo, usque in tinem (tum vite, tum amoris. id est extremo summoque amore) dilesit eos, » — Christi ergo Vita iu morte fuit exstincta, at non charitis : hæc enim mori uv potuit, sed in morte viva permansit. (Ibid.)
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