J'AI UNE SULF ARDENTE D'ÊTRE AIMÉ
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fit plus qu’il n’avait encore fait: à sa présence temporaire et limitée, il substitua sa présence perpétuelle et universelle; il muitiplia le sacrifice une fois offert sur la croix par le sacrifice renouvelé sur les autels, tous les jours et partout ; il remplacça le don de sa parole, de ses miracles et de sa gràce par le don de sa chair, de son sang et de toute son adorable personne, à manger, à hoire, à posséder en vérité, par chacun, tous les jours, duns Punité d'un même être ct l'identité d’une seule vie : Zn finem dilexit !
Voilà ce que c’est que de pousser l'amour, que de l'exciter, que de l’exaspérer ! Au lieu de s'arrêter, il va aux excès, ne connaît plus de mesure, ni de limite, ni d’obstacles : Aquæ mullæ non potuerunt extingucre charitalein, nec flumina o'ruent illain ; ce que saint Jess à traduit en ces adorables paroles, qui sont la louange suprême de l'amour : Cum dilexisset, in finem dilexil !
Muis chacun de ces combats victorieux de l’umonr, chacuu de ces redoublements prodigieux de son incendie, qui marquent l'intensité et l’ardeur des désirs de Jésus, augmenteut la soif dans sa poitrine: il ne répand de tclles flammes qu’en se consumant davantage. Sa soif grandit donc ; elle le presse, elle l’enfievre. elle le tord dans l'angoisse, elle le consume et l’anéantit. Ah! entendez-en le cri aigu, et qu'il retentisse à vos oreilles, ct ne se taise jamais. Qu'il s’imprime en votre cœur et n’y soit jamuis étoutfé par les bruits des pas ons, ni par les cris de la terre : « J'ai une soif ardente d'ere aimé des hommes dans le Très Saint Sacrement ! »
IV. — Après avoir exhalé Le eri de la soif qui le dévorait, Notre-Seigneur confiait douloureusement à la Bienheureusre que ce qui la redoublait et lui donnuit une äpreté insupportable, c’est « que presque personne ne s'efforçait de le désaitérer, en usant env'ers lui de quelque revour ! »
En effet, en se prolongeant, faute de rafraichissement, la soif s'aiguise ct s'irrite : elle devient fiévreuse, et son incommodité est inconcevable à qui ne l'a pas éprouvée. Elle dessèche, elle brûle, elle consume, inquiétante, tourmentante, ne laissant plus un moment de repos. Sa torture va toujours grandissant. — Que sera-ce si, au lieu de lui offrir le breuvage qu'il appelle à grands cris, on ne présente au martyre de la soif que des boissons äcres, des mélanges amers, plus capables d'irriter que d’apaiser, de soulever les nausées du cœur que de le ragaillardir ?
C'est pourtant ce que l'ingratitude et la méchanceté des hommes firent de concert pour répondre au eri du Sauveur altéré sur la Croix. Quand, donnant congé à la souffrance de dominer les forces invincibles de sn résistance, il sécria, ne pouvant plus tenir au supplice de la soif : «Silio ! » — au lieu de lui offrir de ce vin aromatisé préparé par la pitié humaine, pour les soutenir dans leur supplice, aux condamnés de la justice publique, — «ils tremperent une éponge dans un vase plein de vinaigre, et, la mettant au bout d’un bâton , ils la collérent contre ses lèvres (1). »
C'était une cruelle moquerie, une aggravalion gratuite du supplice ; c'était de Ia flamme jetée sur le feu de sa soif ardente. Ayant senti la morsure horrible de ce breuvage de feu, le Christ s'écrin: Ah! en est op : « Tout est consommé : Consummalun est ! » — Déjà, à peine arrivé sur le Golyotha ct tandis qu'on pereuit les trous de la croix, les soldats, excités pur Ia malice des prêtres, lui avaient
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De annees TS Ptae se.
(1) Vas ergo erat positum accto plenum. Il autem spongiam aceto plenam hyssopo cireumponentes, obtulerunt ori ejus. Cum er£o accepisset Jesus acotum dixit : Consummatum est. (Joan., xix.) — Milites habebaut vinum aromatreum a mulieribus préæparatum Christo. Illud biberunt et acetunr Christo dederuut. uitur, àd illusionem — quia ei illudebant, ut ait Lucas, ad tormentum, ad augendam sitim, hoc « acerrimun potum » porrescrunt Christo, ut sit Chrysost. (Corn. x Lap., in h. lue.)
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fait un breuvage de vin et de fiel (1), dont lamertume fut st écœæurante, qu'après + avoir goûté, le Sauveur le rejet: avec dégoût. De sorte que les hommes ne surent trouver, pour apaiser la soif du Sauveur qui souffrait et mourait pour leur salut, que du fiel et du vinaigre, l'amertume et le feu. La douce Victime, pourtant si patiente, s'en plaignait douloureusement : « Dederunt in escan near fel el in sil mea polarerunt re acvto () !.
Lorsque, du Sucrement qui reméniore toutes les souffrances de sa Passion, le Sauveur se plaint de Ja soif cruelle qu'il endure, non moins que des aisuillons que notre malice y sait ajouter, il nous reproche à la fois l'ingratitude qui, au lieu de le désaltérer, le plonge dan« amertume de l'isolement méprisé, et la malice qui Île poursuit de ses traits acérés : « leu s'efforcent de me désal- « térer, gémit-il, en usant envers moi de quelque retour ! »
Voilà le fiel de l'abandon, amer, plein de déceptions, pesant sur le cœur comme la vaste étendue des océans, et y soulevant des nausées intolérables. Est-il en effet quelque chose de plus capable de remplir le Cœur du Sauveur de dégoût et de navrement, que la constatation le l'ingratitude de ceux qu'il aime jusqu'aux excès de tendresse, de dévouement et de sacritice de l'Eucharistie (3)?
(1) Et dederunt ei viaum bibere cum felle mixtum : et cum £ustasset, noluit bibere. — Interim, dum crux terebratur et appa ralur ejusque fossa, Christo nounihil quiescenti propinatutn est hoc vinuw quod de more reis damuatis, ad sitim qua in tanto anvore laborant levandam, et ad contortationem, ut robur habeant al ferenda tormenta, dari solcbat, justa illud Prov., xsxr, G: Dats siceram muærentibus et vinum his qui amaro sunt corde. — Verum Judær inaudita barbarie, partim ad ludibrium, partim ad tormeutum, viauwu hoc felle amaricaruut et corruperuut. Id factum est parti insoleutià militum, partim maliua Judæorum. (Corn. à Lap., in Miaith., XX vu, 34.)
(21PES LXVIS, 26.
(3) Le texte du psiüme rapproche du fiei offert au Saveur, la gsuse de son amertume, à savoir l'oubli et l'ingratitude : Et sustinui
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— De loute la multitude de ceux qu'il avait évangilisés, guéris ou consolés, combien élaient près de sa Croix, soutenant de leur fidèle reconnaissance son Cœur accubli ? À peine quelques-uns avec Marie. Et aujourd'hui, combien aiment le Christ sacramentel d’un amour pur, désintéressé el dévoué ? Combien préférent à tout de se Lenir auprès de lui, pour lui payer leur dette de reconnaissance ?
Mais le Sauveur dira à la confidente de son Cœur : « En retour je ne reçois de la plupart que des irrévérences, des mépris et des sucrilèses ! » Voilà le vinaisre àpre, corrosif et brûlant, L'on ne se contente pus de le délaisser dédaigneusement : on le poursuit, on l'attaque, on s'efforce de le déchirer, et l'on renouvelle contre lui tous les tourments agressifs et violents de la l'uscion. Car chacun des péchés des hommes, renouvelant avec mépris son crucifiement, atteint son Cœur au Sacrement avant d'atteindre la majesté de Dieu, qui v réside comme dans son sanctuaire tutélaire (41, — C'est bien l'éponge pleine de fiel et de vinaigre, que nous présentons à la douce Victime, au lieu du breuvage très pur de l'amour ! Conte une éponge s’imbibe de tous les liquides où on ln plons comme elle se remplit de toutes lex souillures où on la traine, ainsi notre misérable cœur, tout entier ouvert c4 sympathique au Mal, Paspire par tous ses désirs. s'en remplit et se l'assimile. Et c'est ce caur souilit que tant de chrétiens osent présenter au Christ immaculé du Saeremient pour le recevoir, pour le mansr, pour s'unir à lui das les liens si étroits de Ja Communion ! Car il vient pour nous prendre en lui, nous manger el nous boire. conne nous lé man: Seons et le buvons nous-mémes. — Mais tandis que sur le Uulvaire il put détourner la tête de l'affreux breuvase, aussi.
qui situul contristaret: t non fuit ; et qui cousolaretur, et non inveni. — Puis aussitoi t dederunt in escam mem fel, et in siu mea potaverunt me ace Ps. Lxvu, 25 € 26.)
(1; Symbolice : Acetum Signilicat malignitatem quam peccatores exhibent Christo. (Corn. à L., in Matth, xxvi, 48.)
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