EL — LE CŒUR EUCHARISTIQUE
— Quel est son état et quelles sont ses opérations ? — C'est à ces questions qu’il faut répondre pour avoir une notion précise de l’objet adorable de la dévotion au Sacré-Cœur. Nous le ferons avec la simplicité que l’on met à donner des explications de catéchisme.
I. — Que faut-il entendre par le Cœur de Jésus, révélé à la B. Marguerite-Marie ?
Il faut entendre deux choses : d'abord le Cœur de chair de Jésus-Christ lui-même, c'est l'objet corporel de 1x Révélation ; — en second lieu, l'amour de Jésus-Christ, tous ses amours, symbolisés par son Cœur, objet spirituel de la Révélation. On peut certes réunir ces deux objets jusqu’à les confondre, puisqu'ils ne font qu'un. Mais il ne faut pus les séparer, ni surtout essayer de faire disparaitre le Cœur de chair de Jésus-Christ derrière son ‘mour, sous prétexte d’un culte qui serait plus dégagé des idées matérielles. On pourrait sans doute complaire ainsi {x adversaires de la tévélution, mais on rejetterait en même temps ce que le Maitre de la vérité à révélé et ce qu'enseigne l'Eglise,
Le Sacré-Cœur, premier objet de li Révélation et de notre culle, ce n’est ni le Cœur de Jésus séparé de l'humanité ou de là Personne du Verbe. ni davantage un cœur symbolique, un ewur tisuré, spirilucl ou mystique, entin l’idée et non la réalité d’un cœur (1).
(1) Nemini nunquan nisi absurdis Sycophantis in imentem veuit SS. Cor Jesu coli et adorari vel divisum ab humanitate, vel præcisione facta ab unione hypostatica, sive a persona divina, cujus est humanitas, et in humanitate ipsum Cor sanctissimum.… Falsum est, el inspectis monumentis, absurdum prorsus, quod aiebant adver. sarii hujus sacri cultus ab Ecclesia non esse approbatum cultum ipsius reulis et phisici Cordis Jesu, sed « objectum unicum esse Cor Jesu symbolicum, MYSUCUM, spirituale, houratuin. » (Card. Lranselin. Lo, de Verbe Pnoaato, Th. xiv, 14 )
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C'est le vrai Cœur de Jésus, organe de chair, partie inté grante du corps de Jésus, mais vivilié par l’âme du Sauveur, ct déifié substantiellement par la Personne du Verbe. Dans ce Cœur de chair il faut done voir toujours l’äme spirituelle qui l'anime et le fait un cœur humain, en méme temps que la Personne du Verbe qui l'a déitié, en le formant pour en faire son Propre cœur et en se l’unissant pour jamais, comme un des organes essentiels de son humanité,
Il est bien vrai que ce Cour de chuir du Verbe incarné, on doit aussi le regarder comme un symbole, le symbole qui représente sensiblement, au regard des yeux comme au souvenir de l’âäme, tout l'amour contenu dans la nature divine et dans la nature humaine du Verbe incarné, toutes les preuves qu'il nous en donna pendant sa vie, qu'il nous en donne encore dans le Sacrement et qu’il nous en donnera éternellement dans le ciel. — Mais toutes les merveilles qu’il nous rappelle, nous représente et nous continue, il les faut relire et adorer dans ce signe du Cœur de chuir de Jésus, parce qu’il en fut ct en est, à la fois, l'instrument et le très parfait symbole (1).
De même que, dans le lansaye des hommes, le mot de cœur est légitimement employé pour désigner l'organe matériel de la vie et l'affection spirituelle de l'âme, ainsi la Révélation de Paray propose-telle dans le Sacré-Cœur un double objet à J'adoration : le Cœur de Jésus pris au sens propre et au sons figuré. — Dans le sens propre, ce Cœur sacré est un des vrsancs essentiels à la vie corpo-
(1) Adoramus una adoratione Personam Verbi jucarnati, atque in hac Persona, humanitatem totam, et ipsum SS. Cor Jesu vivum et auimatum atque unitam hypostatice, consideran lo hoc formaiiter ut Cor divinæ persons incarnatæ, et ut object Hantfestitivunis, quo tanquain sensihili repræesentatione aftectionum dei-virilium et lanquam symbolo suæ charitatis et totius vit& iniernce redemptor Deus- [ons nostre adorationi, nostroqne cultui sese exhiber. (Id.)
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relle de l’'Homme-Dieu, l'organe de 1n circulation de son sang; Îl est animé par l'âme de Jésus et substantiellement uni à la Personne du Verbe, qui donne à la sainte humanité du Sauveur l'être et l'existence (1).
Au sens symbolique et spirituel, le Cœur de Jésus- Chris, signifie son âme, son amour, sa volonté, ses passions et ses actions. Et comme il v a en lui deux hulures, c’est la volonté et c'est l'amour, ce sont les opérations de l’une et de l’autre, qui sont désignées sous le nom de son Cœur (2). Ce n’est pas seulement la coutume vulrilre, encore qu'universelle, c’est le langage divin qui désigne l'âme, la volonté, l'amour. par ce mot de cœur: Voluntas significatur per cor, dit saint Thomas. El comme l’amour est une des principales affections de la volonté, et même, au dire du même docteur, « le principe de tous les sentiments spirituels (3) », il en résulte que le cœur est emplové pour signifier l'amour comme il désigne la volonté.
Cest son Cœur pris duns ces deux sens el se préserttant à nous dans sa réalité de cœur de chair et dans son symbolisme d'âme, de volcnté et d’amour, que le Sauveur révélait à la Bicnheureuse, pour qu’elle le fit présenter par l'Eglise au culte du monde entier.
I faut donc repousser avec la même énergie ces délruce
(1) Sensu proprio et in ordine physico vez cor sisniticat organum
quoddarm animalis, organum scilicet præcipuun,. cesurviens circu lation sanguinis. — Le cœur est le DPrivcipal uraune d? la cireulation du sang, ait Legallo s. (Dict. des «cicures médic aies, art. :
cœur.) Leroy. De SS, Curde Jesu, cap. 1, q. :.
(2) Sensu metaphorico et in ordine morali, vox “or significat facultatem appetendi, præsertim rationalem sen voluniatemn, ips que proinde varii hujus facultatis actus et habitus stiribni se cut : sie dicunus : Cor meum amat, odit, desiderat, iroscitur, horre.e à. gaudet. (Id. 5.)
(9) 2222 Q, Liv, à, 3.
mer da
teurs du culte du Sacré-Cœur qui ne veulent y voir que le soul Cœur sensible de Jésus, comme un Morceau de chair Suns âme, un viscère sans vie, une relique in apable de sentiment (1) ; — et ces autres qui prétendent n'y admettre qu'un culte purement symbolique, le culte du souvenir et de l'amour, sans aucune relation avec le Cu dr de chair, rée], vivant et personnel du Sauveur. Les uns et les autres tentent de diviser ce qui est pur nature inséparuble à Savoir le Cœur de chuir et l'amour spirituel du Verbe incarné ; la réalité du Cœur de Jésus. Symbole de son ‘“mour, lémorial de sa vie humaine comme de #a vie divine,
Dans cette Conception complète de su réalité et de son SYmbolisme, le Sacré-Cœur apparait hypostatiquement uni à la Personne du Verbe et élevé par cette union à un état tout divin : il est Je Vrai Cœur de Dieu fait homme, 11 *Pparait naturellement uni à la sainte âme du Sauveur, organe nécessaire à sa Présence et à sa vie duns le corps de Jésus, instrument püurtiel, mais indispu nstible, de toutes ses Opérations, même les Plus spirituelles, I] apparait je brincipe de la vie corporelle du Sauveur, source de son FU, Moteur de sa circulation, principe de ses effusions. Il apparait aussi le siège, l'instrument et Je Symbole de son amour de Dieu et d'homme, de ses tendresses et de ges
amitiés, de ses passions suir toc et de toutes ses veitus : le foyer profond et l'écho sensible de toutes ses souffrances Physiques et de toutes ses douleurs morales.
« Qu'on eNVisage done, disait le P. de Galiifet, ce com- Pose admirable qui résulte du Cœur de Jésus, de l'âme et de la Divinité qui lui sont unies. des dons et des grâces Qu'il renferme, des vertus el des affections dont il est le Principe et le sière, de louleurs intérieures dont il est le centre, de lt plaie qu'il recut sur lu croix : Voilà l'objet
(1) Voir l'adiuirable et classique ouvrage du P, de Galhtet, SJ, « De l'excellence de la dévotion au Cœur adorable de Jesus-Cüriste, b. À, ch. av.
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compiet proposé à l’adoration et à l'a:nour des hommes : est-il possible d'en imaginer un qui soit plus saint, plus noble, plus grand, plus sublime et plus divin, et en mêm: temps plus doux, plus tendre et plus aimable 4)?»
II, — Estil légitime de rendre au Cœur de Jésus- Christ un cuite direct, distinct de celui que l'on rend à la sainte Humanité du Sauveur ?
Il pourrait suffire de répondre que le Sauveur l'ayant demandé, l'Eglise le prescrivant, ce sont là des motifs péremptoires et qui n’ont [as besoin d'autres appuis pour s'imposer à la foi et à l’obéissance du chrétien, Mais la piété trouvera de vives lumivres et de grands churmes à eutendre quelques-unes des raisons qui montrent lu légitimité du culte direct du Sacré-Cœur. Je les empruute au cardinal Franzelin.
EXpliquant les raisons de rendre honneur et culte à nn être quelconque, le grand et lucide théologien en trouve trois (2). Lu première est l'excellence de l'être et ses perfections : là se trouve la raison fondamentale du culte. — fs deuxième est l'être lui-même. lequel, pour autant qu'il est uni à l'excellence qui est la raison formelle du culte, mérite de re-evoir le éme honreur qu'elle. — La troisième est la propriété de manifester les perfections qui méritent la vénérution à l'être qui les possède (3). On compreud,
(li Op. cit. cirea tinem,
(2) Objectum adorationis et cultus spectari potest secundum triplicenm rationem, Primo spectatur ipsa excellentia quæ est et dicitur objectum formale adorationis. Secundo consileratur objectum ail quod adoratio et cultus divigitur, seu objectum terminans, aut nu. teriale ndorationis, Per se patet, hoc objectui quod adoratur, necessario debere esse conjuuctum cum objecto formali. (Thesis AV 0 Ne 4)
(3) Postremo in considerationemn venit objectum manifestationts, sive 1llud quo ohjectum Special colendum se manitestat. Potest
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en effet, qu’outre l'excellence intime et formelle d'un être, qui est la raison radicale du culte à lui rendre, et son union substantielle à cette excellence, il y ait des raisons, moins profondes peut-être au point de vue ubsolu, mais qui touchent davantage ceux qui le doivent rendre, parce qu’elles leur manifestent les excellences qui réclament leur culte.
Appliquez ces L'incipes à l'humanité de Jésus-Christ et Vous en conclurez qu'elle mérite le culte dans son expression la plus élevée, l'adoration de latrie, à tous ces titres. D'abord elle pos.ède la raison formelle de l’adoration, l'excellence infinie, car Dieu habite en elle en plénitude. — Ensuite, elle est unie substantiellement à la Personne du Verbe, qui lui communique la possession inaliénable de la nature divine, — Enfin, elle est le moyen le plus puissant par lequel les perfections infinies de Dieu se manifestent pour réclamer nos adorations.
Elle n’est pas un ètre ayant une existence propre en dehors du Verbe, ni un instrument étranger qu’il prend pour se manifester et qu’il abandonne après s’en être servi pour ses œuvres : elle est une aes deux natures constitutives du Verbe incarné, celle dans laquelle le Verbe montre, pour gagner nos adorations, les faces diverses de ses intinies perfections, au moyen des mystères successifs par lesquels il la fait Passer, des actions ct des souffrances par lesquelles il opère en elle, comme Dieu et comme homme tout ensemble, notre rédemption. La sainte humanité n’est donc pas simplement l’objet Matériel de nos adorations, Mais un objet agissant, efficace, CONCourant réellement à ous manifester les excellences de Dicu et à nous les faire adorer, Elle est une ‘aison de les adorer qui nous touche
scilicet præter excellentiam quæ est ratio pr'osima cultus, esse ratio remotior, sed adoranti Propinquior ae notior, per quim et in qua adorandus ei se manifestat, (Zd., p. 460.)
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davantage et nous saisit plus vivement que leur perfection essentielle, parce qu’elle nous les révèle sous un jour de puissance, d'amour, de bonté, d'avantages, qui nous #agne plus efficacement que - le ferait leur conception abstraite,
Mais il importe de le bien remarquer : ladoration méritée par la sainte humanité. chacun des éléments suhsfantiels, chacune des parties intégrantes qui la composent la mérite également (4) : car ces éléments et ces parties diverses entrent dans la composition de cet être admirable du Verbe incarné, qui vit en deux natures. et ils recoivent de la Personne divine en qui ils subsistent une dignité infinie.
Il en faut dire antant des méstéres, des actions et des souffrances, par lesquels a passé Ta sainte humanité, qui sont les manifestations dn Dieu qu'elle porte et de l'amour qu'il a pour nous: ces mystéres, ces vortns, ces œuvres, ces bienfaits, fruits de la sainte humanité, sont des raisons adorer l'Homme-Dieun qui nons y révèle les trésors infinis renfermés dans sa double nature (2)
() Tn Verho incarnato caro et natura nostra assumpta non est opus aliquod ad extra per se suhsistens et itn exterius Verbo: sed est natura Verhi in qua secundum diversa mysteria aliter atque aliter Verbum ipsum adoralile sese manifestat, atque ad nostram salutem et redemptionem acit et Patitur dei-viriliter. Quando igitur Deus-Homo sese nohis exhibot adorandum in sua humana natura. adorätionem latreuticam deferimus persont divinæ in utraque natura, ita ut ratio formalis latrice sit divinitas, objectum materiale humanitas: at non mere objectum tantum materiale, sed ctian obiectum quo incarnatum Verlum adorandum se nobis propouit, et quo nos ratione nobis Propinquiore ad cultum et adorationem excitat. (Franz., p. 466.)
(1) Mpysteria singula Verbi incarnati, conceptio, nativitas, infantia, vita abscondita, prædicatio, passio, mors, resurrectio, sessio ad dexteram Patris, secnndus adventns, aliaque plura specialern induunt rationem manifestationis: in his ergo singulis Deus incare natus est adorabilis, Singula hæc Mysteria sunt ipsius Verbi in sua humana natura actiones quæilam vel passiones : adeoque non solum
C0 L'OBJET DE LA BÜVÉLATION ne een enr re mn ee mg
De la sainte humanité transportez ces règles au Sacré- Cœur.
Le Sacré-Cœur est une partie intégrante, vitale et capitale de la sainte humanité : il est done substantiellement déifié par la personne du Verbe; la Divinité réside en lui; et ce sn: les deux premières raisons pour lesquelles 11 mérite l’adoration (1).
Mais il est de plus l'un des plus éclatants et des plus puissants moyens de manifestation des excellences divines, puisqu'il est le Siège et le symbole de l'amour, l'instrument de toutes les œuvres de l'amour : et l'amour est In nature intime de Dieu. Le Sacré-Cœur est l'instrument de toutes les vertus de la sainte âme de Jésus, expressions si exuctes des perfections divines. Il est la source du sang de Jésus et le foyer de toute sa vie, puisqu'il est le moteur qui, en le poussant dans ses veines, fait vivre le Christ pour notre exemple et notre protection. Il est Ja cause, infiniment Secourable pour nous, de sa mort, puisqu'en le répandant jusqu’à la derniére goutte par les pluies, il a fait mourir le Sauveur pour notre rédemption. Palpitant dans la poitrine de Jésus, il exprime, dans un Puissant résumé, toute la vie intérieure de sa divinité, toute la vie spirituelle et toute Ja Passion secrète de son âme ; largement ouvert par la plaie de la lance, il dit sa vie et Sa Passion extérieures.
humanitas ejusque partes lanquam substantia, sed etiam mysteria et dei-viriles operationes sunt vbjectum manifestationis Dei Verbi incarpati. (Franz., p. 407.)
(A) Ex dictis etizm Patet pie et sancte in cultu et adoratione Jesu Christi Verbi incarpati posse à fidelibus directe respici sicut singu- Jaria aliqua mysteria incarnationis, ita etiam singulas aliquas partes SS. humanitatis in quibus est specialis ratio cur considerentur ut objectum inanifestationis Verbi incarnati, eo quod essent instr1- Mentum, vel Principium imriediatuin quo Verbum incarnaturn Operando et patiendo se manifestavit et nostram redemptionem Consummavit, vel quod sint Compendiosa quædam repræsentatio et symbolum quoddam eorum Omnium quæ Deus incarnatus erga nos et pro nobis sensit et sentit, egit et agit, atque pertulit. (Franz., p. 468.)