‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 35 sur 224 · IL — LE CŒUR EUCHABISTIQUE · texte numérisé non relu

IL — LE CŒUR EUCHABISTIQUE

sa vie publique, de Ja résistance 4 Ia fatigue, à Ja faim, à la soifet à toutes les contradictions qui se dressaient contre lui pour labattre, — C'est ce Cœur de “hair qui fit juillir, pur l'effort de son amour luttant contre toutes les terreurs et tous les désoûts, la sueur de sang dans le jardin; les flots qui inondérent le prétoire sous les coups de la flagellation et Îles épisos acérées de Ja couronne: les fleuves empourprés qui débouchérent de ses mains et de ses pieds sous a perforation profonde des clous; entin, c'est de sa plaie béante que tomba miraculensement la nappe abondante de sang et d'eau où l'humanité rachetée, qui en sortait en méme temps, devait trouver pour toujours le flat qui lu purilie et le brenvage qui la vivitie, — Desséehé par la mort, ce Cœur de chair fut, avec le corps inerte, déposé au tombeau, gardé par la divinité qui lui demeurait substantiellement unie, et qui, en le ressuscitant, ai!ait lui enlever Thumiliante condition de sa mortalité pour le revalir de la splendeur de la vie impassible,

Voilà ce que garde, rappelle, fait revivre à jarnais, inoubliable, agissant et efficace, reproduisant toutes ses vertus dans les âmes: voilà ce qne veut faire adorer, cultiver et fructifier au sein de l'Eglise, le Cœur du Christ eucha ristique, en tant qu'il est 1: Cœur de chair de Jésus : Meñioriale inortis Domnini.

Encore qu'antanti dans les conditions de l'état sacramentel, le Cœur du Christ eucharistique est substantielle. ment immortel, glorifié et bienheureux. Il a senti, à l'heure de la résurrection, rentrer en lui, en flots impétueux, tout le sang qu'il avait répandu si douloureusement, mais avec tant de générosité, dans sa Passion, et d‘sormais il ne le peut plus perdre, Sinon d'une maniére équivalente, par l'anéantissement du sacrifice eucharistique. Mais outre que cette mystérieuse effusion est sans douleur, elle ne le prive ni ne l'“puise point; tonjours répandu sur l'autel, son sans continue de demeurer en

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plénitude dans su source, de couler duns ses veines, lumineux, incorruptible, plein de gloire; il y fuit la vie immortelle et glorieuse, indépeudante de toutes les lois de la matière, spiritualisé tout entier, selon le mot de suint Paul : Surget sp; ctuale (1). U est en Jésus l'organe de la joie et des ivresses sans mesure, Sans mélange et suns fin de su héatitude.

C'est dans ce Cœur que Dieu le Pére et Dieu le Saint Esprit, unis au Verbe, se reposent uvec d'infinies complaisances, l'inondant des félicités incommensurubles de li récompense qu'il a méritée. Il est leur trône vivant, leur séjour de prédilection, le Saint des saints où ils recoivent, avec les adorations et les prières du Pontife éternel pour l'Eglise qui combat et pour celle qui souffre, les adorations et les actions de grâces de Marie, de Joseph, des anges et des élus dont le Christ est le chef.

Et en même temps, ce Cœur glorieux est l'objet des contemplations des bienheureux comme il est la sourse de leurs joies infinies et toujours nouvelles. Ils le voient à découvert, palpitant d'allégresse, brûlant d'amour, débordant de vie. Is ‘* voient avec l'ouverture toujours béante de sa blessure : car ce Cœur eût-il pu se montrer aux hommes ave: sa plaie sanglante pour les rachete", et ne se point découvrir, pour les récompenser, aux élus qui ont cru en lui à cause d’elle, et qui sont passés par cette porte du salut, si miséricordieusement ouverte à tous les naufragés du péché? — Et c’est de ce Cœur que se verse en eux l'amour dont Dieu les aime, dont Dieu les béatiliv, dont Dieu se révèle face à face, se donne pleinement, dont il les fait vivre de sa vie et jouir de son bonheur:

O Cœur de Jésus, trône de la gloire, foyer de la vie éternelle, trésor des élus, est-il donc vrai que tu vis dans le Sucrement, pénétré de cette gloire, gardant substuntiellement cette vie, répandant ces richesses, mais pour

(1) I Cor., xv, 42.

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nous en enrichir, nous cn faire vivre et nous en rendre, dés ici-bas, possesseurs? Tu en es l’arrhe et le gage, l'avant-goût et li prélibation; tu en es le don partiel déjà et en assures le don plénier plus tard! C'est sur toi que je veux établir mon espérance, en la source que je veux soutenir mes défaillances, par tou prix surabondant que je veux acheter mon ciel, par tes nuséricordes que je veux le retrouver si je viens à le perdre dans un fol écarement ! Et alors même que mes œuvres sembleraient me le mériter justement, c’est de ta seule bonté cratuite que je veux en recevoir la pessession : cul ces œuvres, c'est ta grâce prévenante et ridèle qui les a faites en moi; et si elles sont récompensées, elles le sont par l'effet d’un nouveau don. immérité comme tous les autres, la valeur infinie de la récompense étant sans proportion avec le peu de prix des œuvres! Cœur sacré du Christ eucharistique, glorieux encore qu'anéinti au Sacrement, miroir des gloires de Jésus durs le ciel, gage de ma gloire future, je t’adors : Pignus fulureæe qglorria !

Le présent du Sacré-Cwur, c'est cet état sacramentel où il est entré, en même temps que la sainte humanité se placiit dans les accidents du pain, inspirant au Sauveur ce miracle d'incompréhensible amour, le poussant à en embrasser les sacritices innombrables, et le soutenant dans la perpétuité de cet anéantissement, qui lai permet d'être, à tous les instants de la durée, présent à l'Eglise connu: son époux et son chef, le prètre et la victime de sa religion, l'aliment de sa vie et le lien de l'unité entre tous sus enfiunits.

Le Cœur sucré est li dans un état intermédiaire entre l'état mortel qu'il avait dans le Christ voyageur et celui qu'il a dans le Christ parvenu au terme. Là, c'était Ia douleur menant à la mort: an ciel c’est la gloire sans mélaï je; ici, au Sacrement, c'est l'admirable union de la vie ete la mort, de la gloire et de lhumiliation. Glorioux

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10°) L'ORIEE DE LA BI VÉLATION

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substantiellement, humilié duns ses conditions d' Xistences réellement gloritié, mais d'une gloire sans avonnement, éleinte duns Fombre épaisse de Ja matiére ; immortel et impassible en lui-méôme, inaccessible à tonte atteinte matrrielle, intangible aux coups des hommes ot des éléments, supérieur à toute douleur morale comme à tonte souffrance physique : mis livré à In violence de ceux-lñ, aux lois de ceux-ci, pour autant qu'il demeure lié à ces accidents du pain, dont il est inséparable tant qu'ils conservent leur in rité; exposé an déshonneur de toutes les injures, de ton. les profanalions: continuant de représenter et d'of. frir à j ien, pur cet état obseur et méprisable de dépendance et d'inertie, la mort qu'il accepta pour le salut du monde sur le Calvaire,

En même temps que son anéantissement opére en nous la mort nécessaire, mais libératrice et féconde, de nos péchés et de nos convoitises, sa gloire, qui persévére sous cette rigide enveloppe des espèces, plus froide qu'un suaire, opére à son tour Ja vie, entretient le progrès et prépare l'achèverent de Ja vie de grâce par P'acquisition de Ia vie éternelle.

Telest état dn Sacré-Conr dans le Christ eucharistique, le méme que celui de La sainte humanité : vie et mort, gloire et ab iissement, plénitude sans lacune et anéantissement total © Æ# ecce in inedio throni Agnuin stantesn lanquanr ocisuin (À).

Les fonctions du Cœur sacré par rapport à l'humanité du Christ eucharistique, sont d'y entretenir Ja vie, d'v activer le mouvement du sang giorieux et de l'y pousser jusqu'à la réelle, mais spirituelle effusion qui s'en fait

(1) « Stantem, quia Christus surrexit ad vitam inimortalem, advocatus ipterpellins pro nobis: — rang occision, p-opter Eucharistiam, in qua Christu: non est occisus, sed tanquam occisus, quia Eucharistia ncbis repriwsentat occisionem et mortem Christi. » (Corn. à Lap., in Apoc., v, 0.)

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