LE CŒUR DIVIN
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SOMMAIRE
L. L'assomption déitique du Cœur de Jésus par la personne du Verbe. — La déitication de l'union hypostatique ; sa réalité profonde; ses prérogatives. — Comme Jésus est, par sa subsistance dans le Verbe, le propre Fils de Dieu, ainsi son Cœur est-il le cœur du Fils de Dieu, substantiellement déifié, un cœur divin qui possède en plénitude la communication
. inaliénable de la nature divine. — En vertu de l'union hÿpostique, le Cuur sacré jouit de toutes les excellences divines. — I est le Saint des Saints où Dieu habite personnellement. — Il est surtout le foyer où l'amour éternel en personne veut brûler ïici-bas et d'où il veut se répandre duns le cœur des hommes.
Il. La puissance d'action du Sacré-Cœur est celle de Dieu même. — Les trois manifestations principales de la vie morale du cœur sont : l'amour, la vertu, la souflrance. — Le Cœur sacré aime en Dieu ; pratique les vertus en Dieu: souffre infiniment en Dieu.
III. La valeur divine des œuvres du Sacré-Cœur et son droit aux honneurs divins. — les actes mesurent dans chaque être leur valeur à la dignité de la personne qui les accomplit. — La Personne divine du Verbe donne une valeur divine aux actions de Jésus, à ses vertus et à ses souffrances, — Aussi le culte qui lui est @* est celui que mérite la divine Personne qui l'u élevé à cette dignité infinie d'être son propre Cœur. — Culte de l’adoration intérieure, de l'amour tinal, de la soumission totale ; — culte des hommages publics et des honneurs réservés à Dieu seul. — Donunez-lui tout, vous ne lui donnerez jamais assez!
Liegi enim et sanctificari lorum istum ul si Cour meum ibi cuuctis dicbus. J'ai choisi et sauctifié ce lieu pour être à jamais le séjour de mon Cœur.
(D Par.;vir, 46)
Quand le Seigneur parlait ainsi, .u jour de la dédicace
Le Cœur LE JÉsus-Cunristr. — T. I]. 7
110 L'OBJET DE LA ReVÉLATION
du Temple, il usait d'un langage imétaphorique et annuncait, dans une figure prophétique, un événement qui ue se devait réaliser qu'avec son incarnalion dans la nature humaine. Avant l'Incarnation, certes, et de toute éternité, Dicu est amour et l'amour infini. C’est une manifestation de cet amour que d’ordonner la construction d'un temple où il appelle les hommes à communiquer avec lui par la prière, et où il s'engage à exaucer leurs vœux. Et c'est pourquoi il emploie une expression très juste en disant que « son cœur Sera là. » Mais ce n’est qu'un langage symbolique. Dieu n’a pas encore de cœur, é'est-à-dire un organe créé, propre à produire et à exprimer son amour iutini dans une forme humaine. Ce qu'il appelle alors sou cœur, ce sont les effets de sa bonté et de sa inistricorde,
La promesse et Ia prophétie s'accompliront lorsque, ayant construit le tempie de l'humanité du Christ par les mains du Saint-Esprit avec les matériaux pris duns la très pure carrière du scin de Marie, le Verbe y entrera pour ÿ habiter corporellemient: quand il ÿ choisira le Cœur du Christ pour y déposer, y faire vivre, aimer et aupparaili son amour personnel, éternel et inliui, amour qui est sa nature divine elle-même. Ah! depuis ce moment, Dieu, en regardant le Christ, peut dire en toute vérité: « Mon cœur est là, duns cette poitrine d'homme, pour jamais ; ce cœur d'homme est mon propre cœur: £4 eril Cor meuin ibi. »
Le Cœur de Jésus est, en effet, à proprement parler, le Cœur de Dieu fait homme. Et nos plus humbles églises de village sont plus riches et plus glorieuses que la merveille du temple de Salomon, parce qu’elles possèdent dans leurs tabernacles de bois le Cœur vivant du Fils de Dieu, dont les ailes des chérubins, étendues sur l'arche, ne recouvraicut qu lombre: Elegi locuir istum ut sit Cor meuim ibi cunctis dichus. »
Nous voudiions dire ici ce que c'est, pour le Cœur
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chair de Jésus-Christ, que d'étre en vérité Le cœur d'un Dieu: c'est-dire en quoi consiste le fait de l’assomption du Cœur de Jésus par le Verbe : — quelle perfection d'être cette union lui confère ; — quelle puissance pour agir, — quels droits au culte des anges et des hommes.
Eu abordant ce sujet, nous avons besoin de faire appel à l'assistance toute miséricordieuse du Cœur immaculé de Marie : seule, la Mère de Dieu peut éclairer pour nous cé mystère, car c'est en elle qu'il s’accomplit ; seule, elle connut le moment où le Fils de Dieu eut un cœur d'homme, et elle ressentit dans son propre Cœur le tressaillement qu'éprouva le Cœur de l'Enfant formé dans ses entrailles au premier contact du Verbe, qui le déitiait en lui donnant l'existence.
L'assomption deifique du Cœur de Jesus par la Personne du Verbe,
C'est une vérité de {oi que le Cœur de Jésus est divin au même titre que l’humanité sainte du Sauveur, Or, ce qui déitie l'humanité de Jésus, c’est son union personnelle avec le Verbe de Dicu, que l'Église appelle l'union hypostatique. Gelte union consiste en ce que la Personne du Verbe a pris une âme et un corps pour en faire son humanité ; une seconde nature dans luquelle il a commencé de vivre dans le temps, comme il vit de toute éternité dans sa nature divine ; à laquelle il a communiqué son excellence infinie de Fils de Dieu pour se présenter au monde, et sa toutepuissance pour accomplir les grandes œuvres qu'il avait résolues pour la gloire de son Père.
Définissant le rôle de la personne dans les êtres, les théologiens Ini reconnaissent cette triple propriété: de donner à Ia nature son mode d'existence individuelle ou su
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subsistance propre; — en second lieu, d'être le principe d'action de toutes les puissances de la nature, et par conséquent de la régir; — enfin, d’être son terme, son principe responsa’ le, qui donne aux actes de la nature leur valeur (4),
La Personne divine du Verbe fut, pour la nature humaine de Jésus-Christ, ce qu'est la personne humaine pour tous les hommes: elle Jui doana son mode d'existence individuelle ; elle fut le principe dirigeant de toutes ses opérations ; le terme qui donne à ses œuvres leur valeur infinic.
ll est nécessaire de se rappeler ici d'une manière un peu précise la doctrine de l'Eglise sur l'union hypostatique de la nature humaine de Jésus-Christ avec la Personne du Verbe ; et comment, en vertu de cette union, l'humanité de Jésus-Christ, recevant un mode d’existence divin, fut réellement déifite dans tous ses éléments.
I. — Au moment de su formation dans le sein de Marie, dans ce moment, plus rapide que Péclair, où le Suite Esprit, usant de sa toute-puissance pour produire la merveille des merveilles, présentait la substance qu’il venait de puiser dans la source immaculée du sang virainal à l'ame qu'il appelait du néant, à cet instant même, la
(1) Licet natura sit principium facultatum hominis et continent omnem operandi potentiam, non tamen potest operari, 1mO nec existere quidem, sine subsistentiu. — Subsistentia, seu modus existendi, est terminus et ultimum complementum naturæ singularis, quo hæc constituitur sui juris et adcæquatum principium suarum operationum. — Natura completa, per subsistentiim connaturalem terminata, vocatur suppositum ; et si intellectualis natura sit, vocatur etiam person“. — Suppositum vel persona appellatur quoque principium denominativumn, attributirium operationum, principium quod naturan regit ac per eam operatur. — Natura itaque a subsistentia dep det lun in existendo, tum in operando; quare operationes tribuuntur non naturæ tantum, sed natur:e subsistenti, seu supposito, juxta axioma' Actiones sunt suppositorwmn. (Schoupre. Tr, VIT de Iucarnatione, n° 161 et seq.)
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seconde Personne de la Suinte-Triuité s'empuaruit de cet élément spirituel et de cet élément matériel et, se les unissut de la plus étroite union, elle leur donnait d'exister portés par sa propre existence, L’àme et le corps de Jésus composérent, avec la divine Personne du Verbe, un étre composé d’une personne et de deux natures, existunt toutes les deux de l'existence divine: la première, lo nature divine, par essence et de toute éternité; la seconde, la nature humaine, en vertu d'un don gratuit, d’une grâce qui ne sera plus jamais donnée, la grâce de l’union personnelle au Verbe de Dieu.
Cette union est si profonde que la Personne du Verbe devient la personne de la nature humaine de Jésus, remplaçant la personnalité humaine qu’elle eût dû recevoir de l'union de son âme avec son corps, si la personnalité divine ne l'avait prévenue ; — si profond, que c'est uniquement en lu lersonne divine que subsiste l'humanité de Jésus; — si profonde enfin, qu'elle unit immédiatement chacune des parties constitutives de la nature humaine d: Jésus, chacune des puissances de son Ame et chacun des organes de son corps, à la Personne du Verbe.
L'être humain de Jésus est pris, vivifié et soutenu dans l'existence par le Verbe : chair et sang, cœur et âme, rien do ce qui constitue l'intégrité de la nature huraaine du Sauveur, qui ne soit possédé directement par le Verbe, qui ne vive en lui et par lui. Et comme c'est la personne qui classe dans l'échelle des êtres Ia nature qu’elle complète en lui donnant sa forme individuelle, la personne ici étant divine, elle fait de la nature humaine de Jésus un êtie divinisé dans son terme, le Verbe; existant d’une existence divine, l'existence du Verbe. Elle devient partie intégrante d’un composé où une seule Personne est unie à deux natures : l'une, là nature divine, qu’elle possède éternellement ë l'autre, la nature humaine, qu’elle vient de s'approprier pour jamais. En vertu de quoi l'Enfant qui nait de Marie
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est Dieu, puisque la Personne du Fils éternel de Dien s'approprie la nature de cet enient et lui communique sa propre existence divine : Quod nascelur ex te sanctum vocahilur Filius Dei (4, Dieu s'est véritablement fait homine, puisque le Verbe, qui est Dieu de toute éternité, est homime aussi depuis le moment de l'Incarnation, Jésus est Dieu : puisque la personne qui lui donne d’être un homme est un Dieu; son humanité est la nature humaine d'un Dieu; son äme est lüme d'un Dieu et son sang le sang d'un Dieu.
Que dire de son Cœur, sinon que c'est le cœur d'un Dieu, puisque Jésus est Dieu? — Ce Cour du Christ, organe premier de la vie physique, instrument nécessaire de la vie morale dans l'homme, fut immédiatement pris et déifié par la Personne du Verbe, Et S'il est possible à la raison d'établir une succession de pure logique dans cette grande œuvre de l'union hvpostatique, accomplie en un seul moment par une toute-puissance qui arissait avec la plus intense de ses énergies pour produire son chef-d'œuvre, et qu’on puisse dire légitimement que le Verbe s’est d’abord emparé ue l’âme pour descendre, de ce sommet spirituel de Ja nature humaine du Sauveur, en sa nature corporelle (2), ne seraitil pas loisible de dire aussi que, dans le monde des organes corporels, &’est le cœur qu'il s’'unit d'abord, d'une priorité morale, comme plus voisin de l'ûäme, comme régulateur du mouvement vital, et surtout comme la source de ce sang dont l'effusion volontaire constituait, en somme, toute l'œuvre qu'il inaugurait en s'incarnant ?
CHPEUC AT 90:
(2) Si attendamus gradum dignitatis, anima media invenitur inter Deum et corpus, et secundum hoc dici potest quod Fiiius Dei univit sibi caruem mediante anna; sed et secundum ordinem causalitaiis ipsa anima est aliqualiter causa carnis uniendæ Filio
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Quoi qu'il en soit, et encore que, dans le Christ comme dans tous les hommes, l'ame soit le principe de la vie du corps et de tous ses organes, il est pourtant Vrai de dire que le Verbe est immédiatement uni à son corps conime à son Ame, qu'il déifie directement toutes les parties de ce corps, lequel recoit, comme l'âme, son existence du Verbe luimême (1): de là cette conclusion que, comme le corps du Christ est le corps d'un Dieu, ainsi son Cour est nn Cœur de Dieu, tout entier pénétré, possédé par la Personne du Verbe qui lui donne l'existence.
Que le souvenir de l'union des âmes avec Dieu par la grâce Sanetifiinte, appelée dans l'Ecriture elle-méme une « déification », ne hante Pas nos esprits pour tenter d'établir quique parallèle entre cette union, qui fait les fils adoptifs, et l'union hvpostalique d'où est né le vrai Fils de Dieu, Jésus! Celle Hi est bien culquée sur celle, mais elle ne Tai ressemble que de Join, La filiation divine de Jésus est une vraie filiation, en vertu de luquelle il est le propre Fils de Dieu : et il n'en pourrait être autrement, puisque sa nature humaine est, depuis que le Verbe se l'est unie inséparablement, une de ses deux natures, Or le Verbe est le propre Fils de Dien : il l'est de tonte élernité dans sa nature divine: il l'est depuis l'Inecarnation dns Sa natire humaine, En se faisant homme, il n'a pas cessé d'être le Fils éternel et bien-aimé du Père. Le Cœur dé cel Honme-Dieu est dont proprement le cœur du Fils éternel de Dieu, un cœur divin (1,
() Verbuin Dei esse unitum human naturie et omuibus partibus eJUS 10 Ubitate hépostasis, (Q. XVI, a. 3.)
(2) Hiec est vera et propria : Homo est Derx, sicut et ista : Derg est hosso, Non attribuimus nomen Deitatis Christo homini secundum humantam naturam, sed secunduim SUppositun æternum. Quod est etiain, per unionerin, suppositum humanie nature, — Dicitur KRom., c.ix : Ex quibus est Christus secuudum carnem, qui est super Omnia Deus benedictus in secula. (Mer ne 2707 ethd 2.)
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Et quelle différence entre l'état divin de ce Cœur uni à Dieu par l'union personnelle du Verbe, et l'état de nos cœurs unis à Dieu par la grâce! Tandis qu'ici le lien avec Dieu est seulement un don créé, encore que surnaturel, une effusion d'amour, un effet de vie; tandis qu'ici v’est un don qui survient à l'être déjà existant et complet duns l'ordre de sa nature, comme une perfection accidentelle, qui prat disparaitre (1) : dans le Christ, le lien avec Dieu est la Personne divine même qui lui donne d'ête; cet homme, Jésus, est inséparablement uni au Verbe, il existe dans le Verbe 4 jamais, et par conséquent en Dieu, Entin, tandis que, pur ses dons, Dieu ne se répand que partiel lement dans l'âme, par le don d'une de ses Personnes qui ne se distingue pas réellement de sa nature divine, Dieu se répand tout entier en Jésus. Ce n'est pas une simple assimilation à Dien que l'union hypostatique, c'est lassomption en Dieu, l'entrée en Dieu, l'identification à Dieu par l'une de ses Personnes, et sa possession immédiate, totale et éternelle (2). C'est la plus étroite (3), incompurablement, des unions avec Dieu, et par conséquent la plns complète, la plus parfaite prise de possession de l'homme par Dieu et de Dieu par l'homme. Et comme la mesure Ge l'union fait Ia mesure de la participation, c'est la nature divine dans sa plénitude que le Verbe communique au
(1) Humana natura non unitur accidentaliter Filio Dei. quoi advenit post esse completum, accidentaliter advenit. (Q. 11, a. G ad 2.)
(2) Elevatur humana natura in Deum dupliciter : uno modo per Operationem, qua scilicet sancti cognoscunt ct amant Deum; alio modo per esse personale qui quidem modus est personalis Christo, in quo huimana natura assumpta est ad hoc quod sit in persona Filii Dei. — Et : Dicendum quod gratia, quæ est accidens, est quiedam similitudo divinitatis participata in homine; per Incarnatonem autem humana natura non dicitur participasse similitudinem aliquam divin naturæ, sed dicitur esse conjuncta ipsi divinw nature in persona Filii. (Q. 11, a. 10, c., et ad 1.)
(3) Unio Incarnationis importat masimam unitatem, ….. est major quam unio animæ et corporis in nobis. (Q. 11, 2.9 ad 3)