‹ Somme de la prédication eucharistique [microforme]Chapitre 79 sur 224 · EE SES · texte numérisé non relu

EE SES

LES AMOURS DU SACRIÉ-CEUR

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— Trois grands faits de son histoire permettent de l'établir plausiblement : son élection dans le baptistère de Reims: — su tidélité à garder la foi de son baptème et à répandre le Christ dans le monde par l'apostolat: — le don de son Cœur que lui fait Jésus à Paray, pour la préserver du Jansénisme, né sur «en sol, et pour la munir contre les terribles combats des derniors temps. — C'est la reprise du pacte du Christ avec les Frances, signé par Clovis. — La France en renouvelle le serment par le Vœu National de son repentir et de son amour. — Son relèvement chrétien, la prospérité et la gloire de son avenir consistent à être fidèle au Cœur de Celui qui, loin de la rejeter, l'a confirmée dans l'élan d'un nouvel amour comme sa patrie d'élection. — Le Cœur sacré, foyer du patriotisme surnaturel. — C'est à Montmartre, sur le Cœur de Jésus adoré, dans le Cœur de Jésus assidûment mangé, que se rofera le cœur de la France chrétienne, — Levari oculos meos in montes!

Je placerai ma demeure an milien de vous, et mon Cœnr ne vous rejettera point. Je vivrai parmi vous, je serum votre Dien et vous serez mon peuple.

Lév., xx vr. 11.)

I — Le culle des enfants pour leurs parents n'est qu'une des formes de la piété. Au-dessous de la piété envers Dieu, auteur et conservateur par excellence de Ia vie, et par conséquent le premier de tous les pères: tont à côté de la piété filiale envers les auteurs de nos jours, enracinée dans la même région du cœur et nourri même sève d'amour, se présente la piété envers la patrie.

« Cest que, dit saint Thomas, analogue aux par unis qui donnent la vie et concourent par tant de manière. à l'entretenir et à l’embellir, la patrie est aussi pour l'homm: un principe partiel de son existence : Pietas se extentit ad patriaim, secundum quod est nobis quoddam essendi principiuin (1). »

Ge n’est pas, en effet, par une simple image de mots,

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li. — L'AMOUR DE LA PAIJIUIE ‘03

mais en vertu d'une très prolonde et très louchante réalité, que l’homme donne à la patrie l’auguste et ‘oux nom de mère et qu'il se glorifie d’être son enfant. N'otfre-telle pas «un fragile petit être qui vient au monde, comme un tranquille berceau pour le recevoir, la sécurité du foyer national, derrière ses fronticres respectées ? Ne le nourrit-elle pas de son sol fécond. lui offrant en abondance le blé et le vin de ses robustes mamelles, quelque nombreuse et pressée que soit la famille ? N'est-ce point elle qui amassa dans la richesse nationale, duns les conquêtes unciennes, dans la gloire des aïeux, dans les traditions nationales d'honneur, de liberté et de culture intellectuelle, tout un magnifique patrimoine qu'elle offre à lu jouissance de chacun des tils qui portent son nom ? Ne concourt-elle pas efficacement à l’heureux développement de la vie individuelle et à l'acquisition du bonheur légitime auque] chacun peut prétendre en lui assurant sa part du trésor commun de la civilisation dot elle jouit : la paix au ‘dehors et au dedans, la douceur des mœurs, des institutions conformes au génie de la rave. des lois appuyées sur l'expérience et qu'elle fait respecter de tous pour la sécurité et l'avantage de chacun? Ce qui manquerait fatalement à l'isolement de l'individu. la patrie le lui donne par la rce de l'association.

En faut, la patrie est la grande famille où chacun voit quelque chose de soi-même : dans les silencieuses profondeurs des tomes, les cendres des aïeux morts au foyer paisible où tombés sur les champs de bataille: dans ses sillons ouverts, Ja sueur de son front: sur ses autels, la foi de son äme; dans l’innombrable multitude de cenx qui la servent à tous les degrés de l'échelle sociale, dans toutes les carrières, dans tous les labeurs, à la ville et aux champs, aux camps, aux frontières et par delà, partout où flotte son drapeau, chacun voit «+ je ents, des frères où des fils : comme, dans les gloire. de 4 patrie, il s'enorgueillit ue ses propres gloires e. dar äc5 douleurs saigne d’une

plaie qui l’a frappé uu cœur. — Cette parole du premier homme à l'épouse formée par le Créateur d'une de ses côtes, et qui est lu loi primordiale de tout amour de l'homme envers l'homme, est uussi l'expression exacte du lien qui attache invinciblement à la patrie chacun de ses enfants : « Tu es l'os de mes os et la chair de ma chair : Ecce nunc os de ossibus ineis et car de carre nea (1)! »

On comprend facilement lu grandeur des devoirs qui lient l’homme envers sa patrie : leur ensemble constitur un vrai culte qui se confond avec le culte naturel de ER Dieu (2), et dont les obligations, à certaines heures de É | ui péril, l’emportent sur les devoirs de la piété filiale : or- } donnant de laisser au foyer des parents nécessiteux, une ii femme aimée et de petits enfants, pour voler à la défense de la frontière, pour servir les légitimes intérêts de lu { nére commune. On lui doit son temps pour la servir, | une part de sa fortune particulière pour subvenir à ses hi besoins (3), son sang à verse» sans hésiter pour défendre | l'intégrité de son territoire, revendiquer ses droits méconnus, venger son honneur outragé !

Cette conception rationnelle de la patrie est déjà bien

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il | haute et bien belle; elle inspire de si grands amours “El à que l’une des plus grandes douleurs d’ici-bas, c’est l'exil, il l'éloigne ent de la patrie aimée !

(1) Gen., 11, 25.

- (2) Parentes et patria a quibus et in qua nati et nutriti sumus,

Et ideo post Deum est homo maxime debitor parentibus et patrisæ ;

| | unde sicut ad religionem.…. ita secundario gradu ad pietatem 4 perunet exhibere cultum parentibus et patriæ. (A. 2 ad 8.)

il (3) Patri debetur otticium (reverentia) et cultus id est sustentatio ; si pauper, curatio si iatirmus... suitus et otticium debetur omnibue

patriæ benevolis, non taimen æcualiter omnibus. A, 3 ad 3.)

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Quen sera-t-il si cette conception suppose le choix d'un peuple par Dieu pour l’uccomplissement d’un dessein surnaturel? si lu patrie devient, en même temps que l'objet de son amour privilégié, l'instrument de ses œuvres, la coopératrice de son règne ici-bas, le moyen de sa glorification j'urti les hommes ? Car celui qui a créé l’homine pour son service peut appeler les agglomérations d'hommes, ou les patries, à partager ect honneur. L'amour de lu patrie, le dévouement déployé et le sacritice uffronté pour la servir deviennent des formes de l'amour de Dien ième, confondu “vec ses choix et ses desseins : alors qu'il fuisuit, simple umour Daulurel, lhéroïsme, il transforme, umour surnaturel, le patriotisme en sainteté,

Dicu peut en effet se méler si intimement avec l'idée de la patrie par su protection, ses bienfaits et la mission confiée, qu'il en vienne à s'identifier pour ainsi dire uves elle. Ainsi en etait-il du peuple choisi, glorieusement appelé « le Peuple de Dieu. » Dieu l'avait élu pour ce triple dessein de lui rendre sur lu terre le culte légitime au milieu des dégradations du pagunisme; de garder la vérité de sa révélation à travers les ténèbres de toutes les erreurs ; enfin, de donner le Verbe au monde, à l'heure où il duignerait prendre chair pour sauver le moude.

L'Aucien ‘l'estument n’est que le témoignage de l'amour de Dieu pour ce peuple qu'il lui plait de choisir sans aucun mérite de sa part, qu'il forme en Abraham après l'avoir préparé en Abel et en Not, et sur lequel il reporte tout l'amour paternel dont il avait aimé le premier homme. 11 l'aime, il l'élève, l'ennoblit, l’enrichu de tous les trésors temporels et spirituels, Non seulement il lui livre une terre de choix, mais il lui donne lu vérité, les enseignements sublimes, lu connaissance de sa nature, de ses perfections, de ses Personnes mêmes ; la morale la plus pure et la plus élevée, bâtie sur une loi sucrée qu'il dicte lui-même à Moise; le culte le plus magnifique, plein de mystères,

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d'enseignements et d'efficacités surñaturelles, 1 muluplie les justes dans le sein de ses familles patriarcales. 11 le délivre de la captivité d'Egypte qui menaçait de le détruire duns sa tige à peine formée, le conduit dans la rude traversée du désert, marchant et habitant avec Iui sous lu tente, le rendant victorieux de tous ses ennemis, multipliant les miracles pour F'abreuver de l'eau du rocher, pour le nourrir de la manne, aliment envoyé des cieux, si merveilleux dans son origine, ses propriétés, ses délices, que l'Ecriture l'appelle « la substance de Dieu : Substantia tua A)!»

Quand il la introduit daus la terre promise, « terre de uit et de miel ». il se fait construire un temple dans la cité principale, la sainte Sion, où il habite par une présence sensible, « les yeux ouverts, les oreilles tendues, le cœur toujours uttentif à la prière de tous ceux qui l'y viennent invoquer. » Il est bien alors « le Dieu de la patrie, le Dieu patriote (2) », selon le mot énergique de saint Paul, faisant partie de ce peuple tant aimé : son chef, son protecteur,

sa force et sa gloire; l'élevant par cel amour de choix, par cette participation permanente à sa vie, à la plus haute destinée que puisse atteindre un peuple.

Eutendez les termes du pacte qu'il a voulu conclure avec lui : « Je suis le Seigneur votre Dieu; vous n'aurez pus d'idoles à adorer : moi seul suis votre Dieu. Je placerai ma demeure au milieu de vous et mon Cœur ne vous rejettera jamais. Je vivrai parmi vous : je serai votre Dieu et vous serez mon peuple : £ro Deus vester, rosque erilix populus meus (5). »

(1) Substantia enim tua dulcedipem tuam quain in lilivs habes ostendebat. (Sap., x vi, 20.)

(2) Sic deservio l’atri et Deo; griece : To flxr25% es, id est « patrio Deo.» Patrius Deus erat custos patrie, proprius ac peculiaris Judæis, quales à Gentibus vocabantur penates, indigetes, lares. (Corn. a Lap. in Act., xxX1V.1

(3) Ego sum Dominus Deus vester. Fonam tabernaculum meum

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Et le choix qu'il lui a plu d'en faire, inspiré pur les y fuites prédilections de son amour : : Tu es, disait M NET un peuple sacré pour le Sesyneur ton Dieu, Le Seigneur l'a choisi parmi tous les peuples de la terre, pour que tn lui sois tn peuple ü part, tout entier pur Ini seul possédé, Ce n'est pas que ta fusses Le plus bombreux des peuples, alors que tu es éViderument le moindre de tons ;, luais c'est parce

qu'il à voulu L'aimer ét garder la promesse qu'il avait daigné l'aire à tes pères, Et tu sauras que ton Dieu eat ki Dieu fort et fidéle, Le Die: iexécute ses promesses : Sed quia dilexit vos Domin: hi. »

Aussi, quels ne sont pas la foi, l'enthousiasme, l'urmour pour cette patrie tant honorée, tant aime. pur Dieu, des prophètes qui compren su grandeur et st mission, et qui lui transmettaient le lentions bienveillantes et les pro messes magniliques de son souverain Seioneur, ou ses avertissements, et, quand il le fallait, ses menaces et ses condamnations : € Bienbeureuse la nation dont le seul Dieu véritable est le maitre, la nation dont il « fait son héritage »: car « ce peuple est la part et l'héritage du Seigneur : l'eala gens cujus est Doininus Deus ejus : populus que elegil in hæreditaté sr sibi (2) 1

A ce peuple choisi, aimé et cultivé comme Le trésor que l'on tient d’un père, le Seigneur disait encore : « Si vous

in medio vestri et nou abjiciet vos anima mea, Ambutibo inter vos et ero Deus vester, vosque eritis populus meus. (Le XX vi, 11.) (1) Quia populus sanctus est Domino Deo tuo. Te elegit Dominus Deus tuus, ut sis ei populus peculiaris de cunctis populis qui sunt super terram. Non quia cunctas gentes numero vincebatis, vohis Juuctus est Dominus, et elegit vos, cum omnibus sitis populis pauciores : sed quia dilexit vos Dominus et custodivit juramentum quod Jjuravit patribus vestris ; eduxitque vos in manu forti et redemit de domo servitutis. Et scies quia Dominus Deus tuus ipse est Deus fortis et fidelis, custodiens pactum, etc. (Deut., vit, 6.) (2) Ps. xxxn, 12, — Pars autem Domini, populus ejus, (Deu.., AXxIH, 9.)

gardez mon pacte et écoutez ma voix, vous me serez une portion particulièrement chère, prise parmi toutes les natons : toute la terre m’appartient, mais vous me serez un royaume sacré, une nation sainte, une tribu de prétres (1)! »

Et Moïse s’écriait en regardant ce peuple groupé autour des autels, rendant à Dicu l'hommawe du seul culte véritable, au milieu de pompes magniliques et de cérémonies augustes, enseignées par le Seigneur lui-même : « Voilà ce qui, devant toutes les nations de la terre, fait éclater votre sagesse et votre intelligence! En vous voyant elles diront : C’est le peuple sage et éclairé, c'est le peuple vraiment grand! Aucune nation n'est grande au point d’avoir des dieux qui s'upprochent d'elle, comme notre Dieu s'approche de nous, pour exaucer nos prières : Lx populus sapiens et intetligens, gens magra (?)!»

Le choix de Dieu, ses prédilections pour le peuple d'Israël, sa présence mystérieuse mas permanente dans la capitale, ainsi que la mission de donner le Christ an monde, constituaient donc la grandeur surnaturelle de Ta patrie juive. Avant de s’incarner pour en devenir le citoyen, Dieu s'était déjà fait une patrie, la terre et le peuple de Juda, objet de ses prédilections et de ses bienfaits.

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