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Cette excellence de la patrie allait encore grandir

(1) Si audieritis vocem meam, et custodieritis pactum meum, eritis mihi in peculhium de cunctis populis : mea est eniin omnis terra. Et vos eritis mihi in regnuim sacerdotale et gens sancta. (ES: x1%,29:)

(2) Hicc est vestra sapientia et intellecius coram populis ut audientes uuiversa priecepta h&æc, dicant : En populus sapiens et iutelligens, gens mayua : nec est enim alia natio tam grandis ut habeat Deos appropinquantes sibi sicut Deus noster adest cunctis vbsecrationibus nostris,

Quæ est enim alia gens sic inclyta ut habeat cæremonias justaque judicia et universam lesem quam ego proponam hodie ante ouuivs vestros ? (Deut., 1v, 6.)

Il. — L'AMOUR DE LA PATRIF 211

lorsque, se faisant homme, le Créateur demanderail « à la semence d'Abraham » le sang de ses veines ; à la famille des rois de Juda la mère qui l'engendrerait ct le père qui protégerait son enfance : au sol de la Jnd'e son berceau : aux horizons clairs et aux tranquilles cumpaynes de 11 Galilée le cadre de son enfance et de sa jeunvsse : à la loi et aux traditions mosaiques la direction de sa vie et la matière de son obéissance ; au temple le sanctuaire de su prière publique ; à quelques-uns des enfants de ce peuple ses disciples, ses témoins et ses amis de choix ; à cette na tion tout entière l’auditoir. habituel des sublimes révélations, des salutaires enseignements et de< consolation rédemptrices qu’il apportait du ciel!

« Le Seigneur votre Dieu fera lever du milieu de vous, disait Moïse au peuple, un prophite de votre race, homme comme moi, qui sera votre frère ct votre conciloven : Pro phelars de gente tua et de fratrihus buis sicut ie, suxritabil sibi Doininus tuus (1). »

Ce fut l'ipogée de la grandeur, peur ce peuple privilégié que de compter parmi les fils nés de sa race, parmi Les citoyens inscrits sur ses registres civiques, parmi ses serviteurs et ses défenseurs, le propre Fils de Dieu.

Saint Paul rendait un éclatant témoignage à cette gloire incomparable de la nation juive : « J'aurais volontiers consenti à subir l'anathème pour mes frères et mes alliés selon le sang, qui sont Israélites, c’està-dire les élus de Dieu, qui sont les enfants de l'adoption divine, à qui Dieu à confié et son testament, et sa loi sainte, et son culte authentique, et toutes ses promesses de gloire; dont les saints patriarches sont les pères, dont le Christ est né et à qui il appartient selcn la chair, lui qui est pourtant le Dieu éternel béni par-dessus toutes choses : « Ex quibus es! Chrislus secundum carneir. qui est supra ownia Deus benediclus in sœæcula (2)! »

(1) Deut., xvur, 15 (2) Rom... 1x.

Le Cœur ne Jésus-Cristr. — TJ il, 11

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Jésus, de son côté, conçut pour cette patrie privilégiée qu'il avait de toute éternité aimée et prédestinée, formée, gardée, enrichie à travers les siècles, pour cette patrie qui Jui donnait les éléments de sa vie humaine et Jui fournissait le théâtre de la grande œuvre qu’il venait accomplir, un amour, un culte et un dévouement proportionnés aux forces et aux splendeurs de son Cœur. Or nous savons que dans ce Cœur du Verbe incarné tous les amours créés prennent les dimensions de l'amour infini qui y réside personnellement, et sont servis par une puissance infinie et par des vertus qui ne connaïssent aucune faiblesse pour les diminuer dans leur naissance, aucun obstacle pour les arrêter dans leur manifestation.

Il fut donc Israélite, fils de Juda, amant de la patrie juive autant et plus que pas un de ses ancètres, sans en excepter Moïse qui l'avait tirée de la servilude, lui avait transmis la loi divine et l'avait organisée en peuple indépendant ; ni David qui, après l'avoir arrachée aux Philistins, l’a chantée en ses psaumes, chants du patriotisme autant qu'hvinnes de la prière ; ni les Prophètes, ni les Rois, ni les guerriers illustres, ni les femmes incomparubles : les Debora, les Judith et les Esther, serviteurs et servantes immortels de cette patrie qui eut le privilège d’exciter, plus qu'aucune autre dans l'histoire, l'enthousiasme et l’héroïsme de ses fils.

Nous ne disons pas que le Verbe incarné devait borner son amour, ses services et ses bienfaits à la seule patrie où il vit le jour; ni que, si les Juifs l'eussent accueilli au lieu de le rejeter, il se fût contenté de la servir sans regarder par delà ses frontières vers les antres peuples qui attendaient de lui leur salut. Non : il était l'envoré de toutes les nations et il disait lui-même « qu'il avait d’autres brebis à conduire, qui, hors du bercail d'Israël pour le inoment, «ntendraient sa voix et dont jl deviendrait le

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pasteur (1). » Il était venu pour être le citoyen de toutes les patries, parce qu'il en serait le sauveur, le conquérant, et le bienfaiteur.

Enfant d'une race, it devait être l'homme de toutes les races, étant le premier-né de l'humanité. Mais comme il ne pouvait naître dans tous les lienx à In fois et qu'il allait partir de Bethléem pour se répandre dans le monde entier: ainsi, avant de devenir le chef et le premier citoyen de toutes les nations, devait-il être d’abord le citoven de Juda et le serviteur de sa patrie de naissance, la patrie juive

Avec quel ardent, généreux et fidèle amour il la servitt L'étudier, même sommairement, c'est découvrir un des aspects les plus touchants et les plus riches de son Cœur.

Cet enfant, qui va faire monter au premier rang des plus célébres cités, la bourgade de Bethléem où il naitra, vient, avant tout, dit l'archange à sa mère, « pour racheter son peuple de ses péchés : Zpse enim salvuin faciet populum sauin. » — Aussitôt qu'il atteint l'âge de sa mission publique, il annonce qu’il n’est venu « qne pour les brebis d'fsraël qui sont perdues : Non missus sum nisi ad oves que perierunt domus Israël (2).» — Il parcourait la Judée et la Galilée et s'avaneait jusque sur leurs fronticres, mais n'en sortait pas, au point qu'ayant annoncé un jour qu'il « devait aller là où ses Apôtres ne le pourraient suivre », “ceux-ci, étonnés, lui demandèrent « s’il devait aller porter ses enseignements parmi les Gentils (3) ? » Et, même après sa mort, les Apôtres hésitaient à précher sa doctrine aux incireoncis ; il fallut à Pierre un avertissement d'en haut pour lui faire comprendre que Dieu a voulu racheter dans le sang de son Fils tous ceux que son amour avait ertés (1).

(1) Joan., xvir, 6.

(2) Matth., xv.

(©) Numquid in dispersionem gentium iturus est et docturus gentes ? (Joan., vir, 35.)

(4) Act., x1.

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LES AMOULS DU SACRL-CO.UR A PE ie SE RE ER

Mais pas une ville, pas une bourgade de cette chère patrie qu'il n'ait visitée, enscignée, sanctifiée, comblée de bienfaits! Les miracles les plus éclatants se multiplinient sous ses pas. Cest par centaines et par milliers qu'il guérissait les malades, rétablissait les intirmes, ressuscitait les morts. Saint Jean à pu dire que . le monde entier ne suffirait pas à conteair les récits de ses innombrables miracles, »

I était constamment ému sur les misères profondes que la dureté des grands, la sévérité hypocrite des docteurs, la domination étrangère, les exemples dépravés des classes riches, faisaient peser sur son peuple. Il lui apportait la lumière, la liberté, la fraternité; et, en uttendant, pourvoyant au pius pressé, il lui donnait la consolation de sa bonté et de ses douces paroles, le soutien moral des espérances éternelles; — plusieurs fois même, ému sur sa détresse temporelle, il multiplia le pain en faveur de la multitude affamte.

Il respectait l’autorité de la Loi et des coutumes légitimes, disant qu’il « la voulait observer jusqu'à un jota »; et il la soutenait de l'appui de son obéissance exacte. Il honorait le sacerdoce et conciliait à son caractère le respect et la soumission de tous, alors que les fausses doctrines et les débordements de la plupurt de ces prêtres indignes soulevaient contre eux le mépris et l'éloignement.

L'une des plus poignantes douleurs de son Cœur, dont témoignérent les larmes abondantes de Celui qui ne leur permit de couler publiquement que deux ou trois fois dans sa vie, venait de l’obstination de sa patrie à rejeter ses appels, à inéconnaitre sa mission et à inériter par Là le courroux de Dieu et les terribles châtiments par lesquels il se devait exercer. Jamais barde ancien, parmi les Grecs, jamais prophète chez les Juifs, les uns et les autres si ardemment affectionnés à leur patrie, ont-ils atteint Ja sublimité de ces accents de Jésus, contemplant des hauteurs du mont des Oliviers Ja cité obstinée, et s'écriant

à travers des sanglots : « Jérusalem, Jérusalem, qui mets ù mort tes prophètes et lapides ceux que Dieu t'envoie, combien de fois, semblable à la poule qui abrite ses pous- SINS SOUS ses ailes, ai-je tenté de rassembler tes enfants sur mon Cœur, et tu as refusé! Ah! si tu avais voulu reconuailre tout ce que je l'apportais, tout ce que je l'offre encore, pour La paix et ton bonheur : mais tu ne veux pas! Et à cause de ton ob:tination ces dons vont t'êlre retirés, la lumière soustraite à Les veux, ét le châtiment viendra impitoyuble! L'ennemi venseur lassiégera et te pressera ‘de toute part, il te jettera iuhOiminieusement Pit terre: de tes Murs Ofrgucilleux il ne restera jus biere sur pierre, et privée de tes fils, mis à mort où emmenés en captivité, tu resteras dans une solitude dés lée! »

Ainsi s'exhalait, en larmes, en sanglots et en lamentations sublime», à la veille même de son entrée triomphale à Jérusalem, la douleur dont avait été torturé pendant toute sa vie, à cause de l'obstination de son ingrate patrie,

l'amour incomparable que Jésus lui porte: (1)!

Ft jusque duns les suprèmes ansoisses de son ugonie sur la croix, son Cœur. frappé par les derniers blasphémes de la haine inassouvie de ses compatriotes, ne savait que réj ondre : « Père, pardonnez-leur! ils ne savent ce qu'ils fout! » Et il continuait tout le lon du jour d'étendre ses brus vers ce peuple qui refusait de croire en lui et le

(1) Flesit super illam. — Ut viscera charitatis erga eam osten. deret, quam sibi scilicet cordi et cure essct Jud#orum salus, ad hanc enitn à Patre missus erat ad Judæos tanquam Messias et Sal. vator. Flevit ergo inter gaudia triumphi et inter faustas gratulanüumet Jusunna vociterantium acclamationes. Deflevit autem Hierosolymitanorum tum C&Cilatem, obdurationem et ingratitudinem ; tum Dei in eos vindictam et sentis sue excidium per Titum ; tum quod videret labores et dolores suos pro iis susceptos, frustrari et irritas cadere. Hæc tria enim Christo lacryinas eccusserunt ex doloris vehementia. [ta S. Cyrillus, Bea, Theophyl. et ali, (Evrn. a Lap. ia Luc., xix, 41)

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contredisait en criant : « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous (4)! »

IT. — Rejeté hors des murs de sa patrie naturelle et condamné à la mort par le plus inique et le plus cruel ostracisme qu'ait enregistré l’histoire indignée, le vrai Juste retournera:t-il dans la patrie de sa naissance éternelle en secouant, avec la poussière de ses pieds, ses malédictions sur le monde qui n’a pas voulu lui reconnaître, même chez les siens, les droits du plus humble citoyen ?

Non. Il se tourne vers les Gentils répandus partout et il dit à ce peuple qui lui était étranger par le sang, qui ignorait même sa venue ici-bas et la rédemption magnitique et gratuite dont il avait été l'objet : C'est toi désormais qui seras mon peuple : Z£4 dicam non populo me : l'opulus meus es tu! Et ce peuple nouveau, touché par cette miséricorde inattendue, a répondu : Vous êtes mon Dieu! Zt ipse dicet : Deus meus es Lu (2) ! Et depuis lors le Christ-Dieu à pour patrie toutes les nations qui croient en lui.

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Rien de mieux fondé que cette substitution, faite par le Christ, des patries chrétiennes à sa patrie juive. Car, s’il est venu pour ceux de sa race d’abord, il est venu aussi et très réellement pour les hommes de toutes les races, créées par ses mains et rachetées par son sang. Premier-né du monde, type parfait de l'humanité, l’homme universel, il était, du droit de sa naissance ici-bas, le premier-né de chacune des nations de la terre, — De plus, il avait droit, à titre de bienfaiteur insigne, aux lettres de citoyen chez

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