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Cette élection de Rome par saint Pierre comme la capitale de l'empire universel de Jésus-Christ, durera autant que les siècles, Rome participe à la solidité inébranlable du roe de Pierre, qui porte tout sans fléchir, parce qu'il est porté lui-même par la pierre angulaire qui est Jésus: qui résiste à toutes les morsures du temps comme à la violence de tous les chocs, parce qu'il participe à l'éternelle vie de Celui qui lui a promis avec serment que « les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre son Eglise, bâtie sur lui. »
Rome est donc la patrie de l'incomparable prédilection de Jésus. Jésus est l'unique raison d'être de Rome comme il en est la gloire et la vie, « le mur et l'avant-mur : Sa/vator ponelur in ea murus et antemurate (4), » C'est là qu'il se manifeste avec le plus d'éclat, là qu'il se fait goñter avec le plus de charme, là qu'on pénètre le mieux dans son esprit et qu’on comprend mieux ses enseignements, les plus élevés comme les plus mystérieux. On y respire le Christ-Jésus ; on y vit, on y est baigné dans le Christ. Jésus; nulle part, autant qu'à Rome, l'homme ne sent battre le Cœur de Jésus-Christ. Et si, dans le cours des siècles, telle nation recoit la confidence des désirs qu'a ce Cœur adorable d’être mieux eonnn et plus honoré, atin de pouvoir répandre plus d'amour sur le monde, cette révélation ne recevra le caractère de l'authenticité divine que du jugement infaillible du successeur de Pierre, et la
qui te ad hanc gloriam provexerunt ut gens sancta, populus electus, civitas sacerdotalis et regia per sacram beati Petri sedem Caput orbis effecta, latius présideres religione divina quam domin:tione terreua. (Serm, 1 in Nat, App. Petri et Pauli.) — Manet ergo dispositio veritauis et beatus Petrus in üccepta fortitudine petr:e perseverans, suscepta Ecclesiæ gubernacula non reliquit. Tanta enim diviuitus soliditate munita est, ut eaim neque hieretica unquain Cofrumpere pravitis, nec pagana potuerit superare pertidia (erm. 11 in Anniv. Assumpt. suce.)
(D) Urbs fortitudinis nostrse Sion, Sulvator ponetur in ea murus et antemurale. {[s.. xxvi, 1)
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952 LES AMOUHS DU SACRÉ-GŒEUR
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forme du culte à rendre au Cour sacré sera fixée pur son autorité suprême, Le premier acte de foi de l'Église au Sucré-Cœur sortira des lèvres augusles du Souverain Pontife, qui le dicters au monde entier, La cité reine de l'empire spirituel, la capitale du Rei Jésus-Christ ser aussi la cité maitresse du culte et de Pumour envers le Sacré-Cœur. Où réside principalement Pautorite au! het adorable. là sera le foyer, rayonnant sur le moule : ntivr, où brillera d'un éelat nonpareil la manifestation de son Cœur,
IV.— Mais au-dessous de cette patrie de Homme di ii incommunicable le privilège d'être la eapit ile tei jamais choisie du Christ eucharistique, d'autres 1 peuvent-elles pas ètre élues par lui, qui est ie M: toutes les nations, pour jouir d’une de ses prédilection pour accomplir quelques-uns de ses desseins particuliers? Et s'ilest vrai que ie Christ-Jésus aime d'autant plus un peuple qu'ii lui faitun don plus abondant de son Sacreiment et qu'il en recoit une religion plus tidèle, n'est-il pas permis de demander aux enseignements de l'histoire, éclairés par ce principe, s'il est des nations qui peuvent prétendre ñ la faveur d’une élection privilégiée de sa part? Sans tomber dans une admiration mal fondée de notre pays, el surtout daus aucune dépréciation des autres peuples catholiques, v aurait-il témérité à penser qu'au témoigrage de l'histoire le Christ-Jésus a choisi la France, appelée par l'Eglise su fille ainée, comme une portion très privilégiée dans son héritage universel, et qu'il Pa adoptée comme sa patrie particuliére, pour la substituer à cette patrie juive qui l'avait si ingratement rejeté. et pour accomplir par elle les grandes œuvres dont celle-ci s'est rendue indigne ?
Il ne s’agit pas de dogme ici et nous ne prétendons iniposer à personne notre manière de voir. Nous offrons de: conjectures plausihles et tirons des inductions probables da
certains faits marquants de l'histoire de Franc:
cas, Le patriotisme sarbaturel envers notre pays gagner vu attachement el en zele si on peut montrer jusqu quel point le Christ, qui aime les Francs, a voue futre dl la France la patrie privilégiée de son Cour!
Trois grands faits surtout sont à retenir de l'histoire de France qui montrent cette adoption partieuliôre : son appel uu christianisme, contempormiu de sa formation comme hation indépendante; la lidélité avec laquelle, à traver bien des faiblesses et bien des fautes, elle a toujours ardé la double mission, autrefois confite au peuple élu, de ti
server intact le dérst de a vraie foi et de répandre le Christ
dans le monde; — entin la rénovation solennelle du pacte
de Reims, offerte si miséricordieusement à Paray, quund je Sauveur, v manifestant son Cour, promit à la France Le relèvement et Le salut, si elle se consucruit à lui. Tels sont les trois grands dons de l'amour du Christ pour sa patrie de prédilectio: : 'udoption dans le baptistère de Reims, — la conservusiur de sa foi et de son apostolat pendant douze <i::l:: ; . relévement pour les grands combats des ic! ner ! ‘+ le don de son txur à Paray.
L'e nil au baptème de Ciovis son premier roi. — Cs! ‘ux du baptéme que tout enfant de l’homme Avr le lPadoption, qui le choisit entre mille autre uutite de su part, et par un don gratuit de Pamour divin, pour lélever à lu dignité d'enfant de Dieu. Il se signe alors entre le Tout-Puissant, qui n’a besoin de personne, et cet ètre d'un jour, représenté par ses répondants, un pacte magnifique, où l'amour incompréhensibh de Dieu pour l'homme apparait dans toute su splendeur, faisant monter cet être vagissant au rang de citoyen céleste et d’émule des anges, l’enrichissant des trésors de la grace, lui conférant le droit à l'héritage d’une gloire impérissuble, inuis surtout l'assurant d’un amour de bicnveillance, de
Le CŒCrF LE Jésts-CHRiIsr. —æ TT, If, 45
paternelle tendresse et d'amitié personnelle aussi riche en dons excellents qu'utile en secours nécessaires et opportuns. — L'enfant, que Dieu admet à l'honneur de partie contrartante avec son Créateur, s'engage à renoncer à Satan, sous le pouvoir de qui il est né dans liniquité, et à s'attacher pour toujours et pur amour à Jésus-Christ, qu'il reconnait pour l'unique maitre de sa vie.
Lorsque Clovis sortit du baptistère de Reims. Die avait signé en sa faveur ce pacte de la filiation adoptive, Mais il y avait en ce nouveau baptisé une double personnalité : l'époux de la sainte reine Clotilde, «mené à Ta foi par le double charme de ses vertus. surtout de sa douce patience, et de ses prières persévérantes: puis le roi des Francs, représentant d'une nation dont la victoire de Folbiae venait de fondre les éléments visoureux dans Feffusion commune d'un sang généreux et la conquête d'une même gloire. Le privilège de ce haptème illustre fut que le Christ adopla le roi en mème temps que le chrétien. et la nation naissante tout entière avec son chef. A celte heure solennelle de l'histoire il n'y avait pos un seul prince dans le monde qui ne fût païen ou arien, niant la Divinité de Jésus-Christ; les peuples régis par ces princes infidèles rejetaient comme eux leur unique Sauveur et Dieu. Jésus-Christ seriblait exilé de partout, repoussé par toutes les nations et sans patrie. La conversion de Clovis et de sa nation lui en rendait une : le Sauveur laccepta, et la France devint Ha patrie adoptive du Christ-Jésus!
Ecoutez sur ce fail capitai de l'histoire de 1 France chrétienne le témoignase du grave Cardinal Baronius, dout les vues de génie, dans la philosophie de l'histoire, coulent celles de l'Aïgle de Meaux. — Après avoir raconté les progrès de PAriauisme et les persécutions qui sévissuient de toutes parts contre les catholiques à Pépoque du bapteme de Clovis, Baronius s'adresse en ces termes à ses lecteurs :
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il. — L'AMOUR DE LA PATRIE 250
« Vous êtes attristes.. Avant d'aller plus loin, arrëtonsuous un instant. Contemplez, je vous en prie, l'état où se trouvait alors l'Eglise. I n'y avait plus sur la surface du globe un seul prince catholique : l'empereur Anustase, qui disshnula longtemps, avait entin levé le masque, persé cutuit la foi, et n'en devint que plus cruel quand le Pontife romain l’excommunia (1). Qui ne désespérerait à ce spectacle ?
« Ne craiguez rien cependant! La divine Sagesse se joue sur la surface de la terre; Dieu cache Ia Tumière dans ses mains, puis il lui ordonne de reparaitre.
€ Dans le moment méme où de si épaisses ténèbres couvraient le monde et alors que tous les peuples étaient dans lFobseurité. un astre, brillant d'un nouvel éclat. app rat miraculeuscment dans Les Gaules : Clovis, le grand roi Franc, devint par son baptème uu enf'ut de Tumivre, Lu nation frunque, composée de Gallo-Romains, de Francs et de Saliens, de tribus sauloises qui n'avaient encore ét soumises ni pur les Bourguignons ni par les Goths, se donna à ce nouveau roi dès qu’il eut accompli sa promesse en se fuisant baptiser par saint Remi (2).
(1) Barouius, Annales ecclesiastici, t. VI, p. 404, Veuetiæ MDCI. — La uation franque allait étre la seule qui professät otliciellement le catholicisme. L'empereur Anastuse, à Constantinople, était eutschéen. Théodoric, en Italie, Alurie, roi des Visigoths, en Espasue, et, dans l’Aquitaine, Gondebaud et les Burzoudes, Fhrasamond et les Vaudales d'Afrique étatent arieus. ({/istutre de l'EÆylise par Darras, t. NIV, p. 58.)
(2) Clovis, avant de recevoir Le baptème, est pris d'uu serupuie, Le peuple qui le suit ne vent pas qu'on übandonne ses dieux. I les convoque et veut leur parler pour les gazuer, L'assemblee se réunir. Clovis apparait ; une aicclamauon generale se ut entendre. « Pieux roi, diseut les Frances, nous abjurous le culte des dieux mortels, nous voulons servir Le Dieu immortel que en adore! en apprenant cette décision nationale, ut rempli d'une rande joie et prépara tout pour le jour du baptéme solennel. His sortirent trois inille du baptistère de Sainte Marie, (Greg. Turon. ist. L'rance., Rb. LE, ee. xxxE: Pat, lau, toi. LAXE, c. 226. — Duras, t XIV, D. 07)
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« Les évêques des Goths, ües Visigoths et des Vandales vinrent à lui: or, seuls ils avaient conservé sur les peuples quelque autorité. Et ils rega:Jérent Clovis comme un nouveau Machabée suscité par la Providence pour être leur consolation et pour devenir leur libérateur.
« Au baptème de Clovis, saint Remi s'écrin : Factuin est gaudiuimn magnuin in la die Angelis sanctis in cœlo el hominibus devolis ia terra!
« C’est de ce moment, conclut Baronius, qu’on peut faire dater l'extinction de l’hérésie arienne, »
Et nous ajouterons : Rejeter l’hérésie arienne, c'était reconnaître la D'vinité de Jésus-Christ. Mais reconnaitre sa Divinité, c'est proclamer sa royauté et devenir son sujet * ce fut la gloire du peuple franc de devenir, par son baptôms et dès sa formation mème, le peuple de Jésus-Christ et de lui offrir, pur les mains de son premier roi, la France pour son premier royaume!
L'a «t-il établir sur d’autres témoignages l'authenticité de ce pacte solennel proposé avec tant de bonté par le Christ “4 signé avec tant d'enthousiasme par le peuple franc devant l'autel de Marie, dont l'Hostie consacrée pur saint Remi fut le sceau inviolable, déposé dans le cœur loyal de ces trois mille nouveaux baptisés? L'illustre Cardinal Pie, parlant « des alliances de Dieu avec les peuples », disait avec son autorité magistrale : « C'est une doctrine certaine de la sainte Ecriture que Dieu daigne faire des traités d'alliance avec les enfants des hommes, A toutes les pages de nos livres sacrés on lit, écrits en grands caructères, les noms des hautes parties contractantes envers lesquelles le Tout-Puissant a pris des engagements... S'il est vrai que la principale force et la sécurité d'un peuple reposent dans ses alliances, heureux le peuple dont Dieu lui-même s’est fait l’ullié!
« Tel est le noble peuple de France, Le Scigneur Fa adopté ‘lès sa naissance, Pur la bouche prophétique, par
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Ja parole augurale de son pontife Remi, il a signé un pacte uves lui dans le baptistère de Reims; et ce pucte tiendra, et ce pacte durera. Le David envers qui le Roi des nations chrétiennes s'est engagé, il s'est appelé Clovis, il s'est appelé Charlemagne, il s'est appelé saint Louis. Les saintes femmes qui ont mêlé leur action à celle des yrands monarques, on les à nommées Clotilde, Radeywonde, Bathilde, et de combien de noms on les a appelées dans la suite des üges! Et parce que la cause de Dieu à été généreusement servie, largement défendue par ces illustres chefs de race, par ces membres éminents de nos familles régnantes, à tout jumais il suffira d'en appeler à leur mémoire pour nous rendre Dieu propice et favorable, Le Seigneur aussitôt se souviendra de son alliance, et il pardonnera aux #énérations les plus reculées sn faveur de ces pères, de ces mères de la patrie qui ont travaillé pour sa gloire, qui ont préparé et étendu son règne ici-bas (1)! »
Ces dernières paroles du savant successeur de saint Hilaire nous amènent à constater le second fait historique sui lequel s'appuie l'adoption de la France comme la patrie des prédilections de Jésus-Christ : à savoir, la mission que la France reçut de lui à Rcims et qu'elle avec æpht lidélement à travers les siècles.
(1) Œuvres, T. VII, p. 287.
En souvenir du Pacte de Tolhiac, la Loi Salique, la première des Consututions nationales de la France, commencait par ces mots : « Vive le Christ qui aime les Francs! Qu'il garde leurs royaumes « et remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce: qu'il protège « leurs armées ; qu'{l leur accorde des signes qui attestent leur for, « les joies de la paix et la félicité; que le Seigneur Jésus-Christ dirige « dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent ! »
« Le cri Vive le Christ doit être entendu comme l'attestation d'un serment, Cette formule, d'après les coutumes germaniques, implique le serment que l'Assemblee entière devait répéter debout, la main droite élevée avec l'arme tendue vers l'autel, en acclimant Jesus- Christ présent, » (Burun L. de Maricouri : Le Pacte de Loibiac.)
La mission de la France, patrie adoptive de Jésns- Christ. — Comme à sa patrie de naissance, préparée trente siècies à l'avance par ses bienfaits de choix, le Fils de Dieu, qui devait devenir son fils le plus excellent en même temps que son roi le plus illustre, avait assigné cette double tâche de garder intact le dépôt de la vérité religieuse et du culte légitime, puis de donner le Verbe Incarné au monde, vinsi est-ce lu double mission qu’il confie à la France quand ü la choisit pour sa patrie d'adoption. Et l'on peut dire quwà travers les iongs siècles de son existence parmi les ni tions, la France fut fidèle à la remplir, jusqu’au jour où, sur le point de faiblir en face de l'universelle négation et ayant besoin de forces nouvelles pour les gigantesques combats des derniers temps, le Sauveur, pour l'empêcher de sombrer, duigna renouveler son alliance avec elle en lui révélant son Cœur à Paray.
C’est un fait avéré, bien glorieux pour 4 nalion française et dont elle ne rendra jamuis ussez gràce à l'assistance privilégiée de son adorable Maitre, qu’elle n'a jamais perdu la vraie foi, recue et jurte dans son baptème. L'hérésie, sous bien des formes diverses, s’est efforcéc de lui ravir ce trésor; mais, malgré de faibles emprises sur tel ou tel poiut limité de son terriloire, ni l'Arianisme, ni le Manicheisme des Albigcoïs, ni le Protestantisme n’ont pu triompuer de sa fidélité à Jésus-Christ. Un jour, placée entre sa fidelhité au roi légitime et sa foi en Jésus-Curist, elle repoussa le souverain séduisant qui personnifiait toutes ses qualités et possédait déjà tous ses amours, jusqu'à ce que le Béarnais eut fait acte de foi au premier Roi de Franco avuut de recevoir lhommuage de ses sujets. Le schisme désola tour à tour la plupart des nations chrétiennes de l'Occident, après avoir stérilisé la vie de l'Orieut en le séparant du tronc romain, qui communique à toutes ies branches la sève vivifiante de Jésus : il ne put jamais, maigre les suggestions de l'orgucil dans l'esprit des mo-
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narqnes français les plus puissants, détacher de sa mére, l'Eglise romaine, sa fille aine, Régalisme du Moven Age, Gallicanisme de la Renaissance y furent “galement impuissants.
Et comme elle fnt fidèle à garder la vraie foi dans l'unité avec le siège de Pierre, la France fnt aussi généreuse à remplir, sans compter jamais avec les sacrifices, sa mission d’apostolat, Elle fut partout, à Jérnsalem, dans l'Extrême Orient, puis plus tard dans les Indes occidentales, le soldat de Dieu. le sergent dn Christ, le grand agent de son règne. Ses princes, à la suite de saint Louis, ses moines avec saint Bernard, ses vierges sacrées con duites par saint Vincent de Paul, elle en fit d'intrépides apôtres, passionnés de dévouement jusqu'au martvre, pour répandre le nom de Jésus Christ dans le monde. ponr donner le Christ-Jésus à toutes les nations qui ne le connaissaient pas. Aucun peuple ne compte autant de martvrs de Papostolat: aucune nation ne fut anssi persévéramment conquérante dans la noble conception de la conquête des fmes au joug ennoblissant de Ia foi, de leur acquisition à la patrie éternelle, régie par le Maitre bienfaisant de la vie et du bonheur.
La fidélité victorieuse de la France à cette double tâche, hérissée de tant de difficultés et traversée par tant de causes adverses, ne peut s'expliquer que par une antre fidélité, nourricière de celle-là, je veux dire son amour pour l'Eucharistie, son zèle pour l'honorer, sa fidélité à se nourrir de ce pain mystérieux de la vraie foi et de ce breuvage qui allume dans le cœur toutes les générenses ivresses du dévouement. Depuis que les premiers apôtres de la France, parmi lesquels Lazare, ami trés cher de Jésus-Christ. envoyé par le Sauveur à sa patiie d'adoption, et Martial, lheureux enfant qui présenta au Sauveur les paies multipliés dans le désert, envoyé par saint Pierre,
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eurent commencé de célébrer l'Eucharistie sur la terre des Gaules; depuis que Marie et Marthe, « qui sentirent de si près battre en leur faveur le Cœur de celui qui les aimait », eurent commencé de se nourrir assidûüment de l'Eucharistie, celle-là dans son austère solitude, celle-ci au milieu des vierges que sa charité avait réunies dans le monastère de Tarascon, — depuis ces premières origines du christianisme même, où le christianisme français plonge ses racines, quel peuple a professé plus de foi, témoigné plus d'honneur à l’'Eucharistie que le peuple de France, terre par excellence du froment et de la vigne? Où les temples s’élevérent ils plus nombreux et plus magnifiques, pour recevoir dignoment dans sa patrie d'adoption le Christ qui l'avait choisie ? Cosibien de bourgades, qui n’offrent à leurs habitants que de pauvres maisons, semblables à des cabanes, s'honorent d'offrir à l'Hôte eucharistique des monuments splendides, chefs-d’œuvre d'art, merveilles plus grandes encore d'amour et de générosité? L’Encharistie couvre la France de plus d'Hosties peut-ître que ses champs ne lui donnent, an temps de la moisson, d'épis mûrs. Aussi le Roi du Sacrement s’est plu à y multiplier les miracles comme à y susciter des événements qui disent ses complaisances pour celte patrie de son Cœur. C'est un pape français, Urbain V, qui institue la solennité eucharistique par excellence de Ia Fête-Dieu ; et c’est dans la ville franque de Liège que Île Sauveur avait révélé à l'humble Julienne du Mont-Cornillon, la Marguerite-Marie du xrrie siècle, la nécessité de cette anguste institution, destinée à aviver si puissamment le culte de l'Eucharistie ; c'est à Lyon, l'antique primatiale des Gaules, que se déroule le premier cortège triomphal des processions du Saint Sacrement.
Et ainsi le Roi du Sacrement rendait à sa patrie privilégiée, par des accroissements de foi envers lui, le retour des hommages fidèles et les dévouements apostoliques qu'il en recevait.
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Pourtant voici venir des temps mauvais et périllenx, Une hérésie plus perverse et plus meurtrière que toutes celles qui ont affligé l'Eglise jusque-là prend naissance en France même et menace d'y faire d'irréparables ravages, Fille du protestantisme, mère du naturalisme contemporain, dernier mot de la négation de Jésus-Christ et de Dieu même, détruisant en fait toute religion parce qu’elle brise toutes les relations surnaturelles des hommes avee le ciel, l'hérésie janséniste eñt amené la rnine consommée de la foi française, la rupture avec le roi Jésus et son exil impitoyable de sa patrie d'adoption. Mais le Sauveur avait en réserve de tels trésors d'amour et de miséricorde pour la France, qu'il profita du danger où elle se précipitait par son ingratitude et son orgueil, pour la reprendre dans une adoption nouvelle, en renouant à Paray le pacte de Reims et en le scellant par le don inespéré de son propre Cœur. La préservation de la France à l'heure des grands périls dogmatiques du Jansénisme et du philosophisme, comme au moment du cataclvsme révolutionnaire, est due à cette miséricordieuse reprise du Christ qui aime les Francs et qui, incapable de se contenir, lui donne son Cœur comme sa suprême ressource de salut.
Le don du Sacré-Cœur, renouvellement de l'alliance de Jésus avec la France. — De cette intervention de son divin Roi allant à cet excès inattendu de livrer son Cœur à lu France pour lui montrer combien il l’aime et vent la garder à tout prix comme sa patrie d'élection, les témoignages se trouvent dans les paroles recueillies de la bouche de Jésus par la Bienheureuse,
Qu'on nous entende bien, Nous ne prétendons pas que le Christ ait voulu révéler son Cœur pour l'avantage de lu France seule, ni qu’il lui ait assuré la jouissance exclusive des trésors de grûce contenus dans ce don. Le Cœur Sacré est le trésor inépuisable de l'Eglise univerelle, et s'il plait au Sauveur de le révéler, c'est pour que toutes les nations
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26? LES AMOURS DU SACRŸ-CUŒUR
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viennent se refaire en ses miséricordes, Mais, de même qu’à la Cène, où il se donnait à chacun de ses Apôtres, il voulut pourtent favoriser saint Jean d’une marque de particulier amour en l’attirant sur son sein. ainsi pensonsnous qu’en révélant son Cœur à Paray, terre de France, il a voulu montrer que parmi tous les peuples aimés par lui d'amour infini, il a de particulières prédilections pour ce pays, qu’il a choisi pour sa patrie privilégiée,
La Bienheureuse écrivait à la Mère de Saumaise : « Ah! que de bonheur pour vous et pour ceux qui y contribuent (à faire connaître et glorifier le Sacré-Cœur)! car ils s'uttirent par là l'amitié et les bénédictions éternelles de cet aimable Cœur de Jésus et un puissant protecteur pour notre patrie.
« Il n’en fallait pas un moins puissant pour détourner le fiel et la sévérité de la juste colère de Dieu pour tant de crimes qui se commettent. Mais j'espère que ce divin Cœur s'y rendra une source abondante et inépuisable de miséricorde et de grâce, ainsi qu'il me semble qu’il le promit à notre bon P. de la Colombière (1). »
« Se faire le puissant protecteur de la patrie » frarcaise ; « détourner de la France la sévéit de ln juste colère de Dieu, méritée par tant de crimes qui s’y commettent », voilà done l’une des fins, hautement signifiée, que poursuit le Sauveur dans le grand événement de la Révélation de son Cœur,
Et comme la France, alors plus que jamais, se concentrait tout entière dans le Roi, qui non seulement In représentait publiquement, mais était sa personnification vivante
(1) Vie de la Bienheureuse, pair les contemporaines, t. II, p. 223. —. [d,, P. 253,
Il. — L'AMOUR DE LA PATRIE 3
et l'expression non moins légitime qu'unanimement reconnue de son génie, de ses volontés et de ses aspirations, aussi bien que de ses murs et, hélas! de ses faiblesses, cest au Roi de France, au successeur de Clovis. que Île Sauveur faisait directement appel ponr renouveler, sons le Gceau de son Cœur adorable, le pacte de Renns : et il dui. gnait lui décerner un nom plus glorieux que celui de toi-Soleil ou de Louis le Grand qu'il porte dans l'histoire : il l'appelait : « Le Fils bien-ajné de son Cour. »
« Fais savoir «au fils bien-aimé de mon Sacré Cœur, dit « le Sauveur à la Bienheureuse, parlant de notre roi, que, ‘comme Sa naissance temporelle a été obtenue par la « dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de mème il « obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par « la consécration qu'il fera de lui-même à mon Cœur ado- « rable, qui veut triompher du sien, et par son entremise « de celui des grands de la terre. Il vent régner dans son « paluis, être peint dans ses étendards et gravé dans ses “armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, « en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, « pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte
« Eglise. »
Ailleurs, l'humble mais intrépide confidente du Sauveur véitère d'une manière plus explicite les ordres qu'elle à le mandat de transt.ttre à Louis XIV, appelé ïei par Jésus
le fidéle ani qu'il a choisi, »
« Le Père éternel vuiant r‘parer les amertumes et
“angoisses que L torable Cœur: de son divin Fils à recues «dus la maison des princes d: !: terre, parmi les humilia-
tions et les outruses de sa : ission, ‘en établir su: empire dans le cœur de notre crand M arque, duquel il ‘ve veut servir pour Piécutrr de ce dessein qu'il désire
ooir S'accomplir en cette manière, qui est de faire faire
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un édilice où serait Le tableau de ce divin Cour, pour v
recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute « la cour. De plus, ce divin Cœur se veut rendre protectenr set défenseur de sa sacrée jersonne, contre tous ses enne-
«mis visibles et invisibles, C'est pourquoi il l'a choisi « comme son fidèle ati pour faire autoriser Ja messe en « son honneur par le Saint-Siége apostolique, et en obtenir «tous les autres privilèges qui doivent accompagner la « dévotion de ce divin Cœur, par laquelle il lui veut départir « les trésors de ses grâces de sanctification et de salut, «en répandant avec abondance ses bénédictions sur toutes « ses entreprises (1). »
Dans la première de ces révélations, relatives à la France, le Sauveur semble la ramener sur son Cœur dans une ardente étreinte, pour renouveler son élection et renouer avec elle, dans un nouvel amour, l'antique alliance :ilse proclame « le puissant protecteur de notre patrie, » Dans la seconde, il lui rend son aneicnne mission d'apostolat, lui demande d'y être d <ormais plus fidèle, en lui promettant de la rendre triom} iante, non seulement de ses propres ennemis, mais e de tous les ennemis de Ia sainte Eglise. » I faut que l'Eglise puisse compter sur le bras de son fidéle et intrepide sergent, le peuple de France, pour «es grandes œuvres et pour ses grands combats. Et comme gage de cette seconde élection, le Sauveur offre son Cœur à la France ; comme foyer de cette foi apostolique, il lui présente le culte national de son Cœur.
Qu'on le remarque :il ne s'agit pas iei d'une dévotion, excellente d'ailleurs en elle-même, proposée à la dévotion secrète et personnelle des âmes pieuses, Notre-Seioneur s'adresse au Roi très chrétien, dont l'influence sur les évêques du royaume et le crédit avprés du Pape sont
(1) Vie de la T'ienherreuce, par les contemporaines, t. II, p.260.
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umversellement reconnus. I ni demande non pas un sance. tuaire quelconque élevé jiei où 1, mais un sanctuaire dans son propre palais, c'est-à-dire dans le lieu moralement le plus en vue du royaume, au siège de l'autorité ravonnant de Ja gloire du grand roi, où affluent les princes du sang et ceux de l'Eglise avec tous les grands de l'Etat, pour rehausser la dignité et servir la volonté du monarque
Notre-Seigneur veut que son Cœur soit peint sur les
endards, afin que lui soit ainsi consacrée ostensiblement la patrie en armes, la vatrie dans sa force, capable de dicter au monde ses volontés et de courir sus à l'ennemi de l'Eglise, partout où il la menacerait (1).
I demande qu'on grave son Cœur dans les armes personnelles du roi, au milieu de ces glorieuses flenrs de 1vs, arrosées de tant de noble sang qu'elles ne se fanèrent jamais, et qui sembleront joncher le blason royal pour célébrer le triomphe du Roi Jésus: sur ce fond d'azur où semble se refléter, € dans Ia France, ce paradis de Ja terre, le Paradis, France des cieux (2). »
Enfin, et surtout, il veut que son Cœur soit gravé « cs-cœur » de la France, en demandant au roi, entouré des grands de sa cour et de tous les ordres du royaume, de se consacrer solennellement, lui et son peuple, à son Cœur adorable. Cette consécration, ce n'est plus un symbole seulement soit du régne de Jésus sur Ja France, soit du noble servage de la France à l'égard de Jésus. C'est un engagement de conscience, obligeant le roi et ses sujets à se donner sans réserve et par amour au Cour Sueré, à vivre de sa vie même, tant dans la vie sociale que
(1) C'est bien le renouvellement des anciens liens sous une forme nouvelle. « En France, sous les rois de la première et de la seroniie race, le pavillon sacré étiut placé sur le char portant l'Eucharistie avec les reliques des sainte, et surmonté d'un mât élevé où flottait
le grand étendard, » — (P. Daniel : De la Milire française, cité par Chéruel au mots bannière » dans son Dictionnaire historique.) (2) Ainsi nommait la Fance une « Chanson de geste » d'autrefois
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