HERMÉNEUTIQUE
sont l'objet particulier de l'herméneutique et de l'exégèse. Etyinologiqueinent, ces deux sciences ont le même sens, celui (V interprétation. Mais l'usage a fait signifier à l'exégèse l'interprétation même, et à l'herméneutique les règles de cette interprétation. L'herméneutique serait donc comme une science plus généiale ; elle comprendrait les théories et les méthodes dont l'exégèse serait ensuite l'application. Mais, en réalité, ces deux sciences ne sont qu'imparfaitement distinctes, et la seconde paraît tendre à absorber la première. Pour nous en tenir maintenant à celle-ci, elle comprend des règles générales et des règles particulières, qui concernent les. livres saints. On ne doit pas traiter ceux-ci, en etfet, comme des livres ordinaires ; et ce n'est qu'autant qu'elle s'applique à ces livres inspirés et qu'elle s'éclaire de l'autorité religieuse, que l'herméneutique est une science théologique.
Ses règles générales peuvent se formuler ainsi : i^ « L'exégète doit expliquer le texte sacré d'après les lois ordinaires du langage ». Puisque Dieu s'est servi de langues humaines (^hébreu, chaldéen, grec) pour nous enseigner, la connaissance de ces langues est nécessaire pour bien saisir cet enseignement. C'est pourquoi, ainsi que Léon XIII le déclare i, il est bon de recourir aux textes originaux et aux anciennes versions de la Bible pour comprendre la Vulgate latine dans les passages ambigus ou imparfaitement traduits. On ne peut saisir toute la pensée des auteurs inspirés, si on ignore le génie delà langue qu'ils ont parlée. 2° « Dans l'interprétation du texte sacré, l'exégète doit considérer le contexte grammatical et logique, c'est-à-dire l'enchaînement des idées et des pro positions ». L'examen du contexte, en effet, et la suite des idées dissipent beaucoup d'obscurités particulières. 3» « L'exégète doit considérer les circonstances de la composition du livre qu'il a à expliquer : l'auteur, le but proposé, l'argument général du livre ou du sujet traité, l'occasion, le temps, le lieu, le mode de composition ». C'est ce que recommandaient et pratiquaient déjà les Pères : S. Jérôme, S. Augustin, S. Chrysostome, etc. 4° « Quand il se rencontre des passages parallèles par analogie ou par opposition, l'exégète doit les comparer et les expliquer l'un par l'autre ». En d'autres mots, il faut expliquer l'Ecriture par l'Ecriture, connue le recommandait Origène. 5" « Dans les endroits obscurs et difficiles, il est utile de recourir aux anciennes versions et aux connnentateurs de l'Ecriture».
Les règles spéciales, (juc ne doit jamais oublier un exégète catholique, peuvent se formuler ainsi : i" « En interprétant l'Ecriture, on doit adopter le sens admis par l'Eglise ». Telle est la doctrine constante des Pères et des conciles. Car l'Eglise, étant l'organe vivant de la révélation, doit juger du véritable sens et de l'interprétât i<Mi de
' Enc. Providentissimus.
rEcriturc. Il est vrai que tous ne donnent pas la même portée à cette règle; mais il est resté incontestable que l'Eglise est infaillible dans toutes ses interprétations doctrinales de la sainte Ecriture. La môme observation concerne la règle suivante : 2° « Dans l'interprétation de la sainte Ecriture, l'exégète catholique doit adopter le sens admis par le consentement unanime des Pères » 1.
1007. — Exégèse. — L'exégèse est donc l'interprétation des livres saints, l'explication des diverses parties de la Bible. Elle se dit particulièrement de l'interprétation grammaticale et mot par mot, et aussi de l'interprétation historique. Rien ne doit échapper à l'attention de l'exégète dans le texte et dans chaque mot dont il se compose. De même que l'herméneutique, l'exégèse ne rentre parmi les sciences théologiques qu'autant qu'elle s'applique à l'étude de la sainte Ecriture et qu'elle se soumet aux principes de la foi en cette matière. Hors de là, elle n'est qu'une science historique ou philologique et littéraire. Aucune connaissance n'a pris de nos jours une plus grande extension ; elle est devenue très complexe dans ses éléments comme dans ses principes, à mesure que l'exigeaient les attaques d'un rationalisme qui empruntait ses objections de toutes parts. Elle groupe aujourd'hui une foule de sciences disparates, dont la Bible et l'histoire du peuple de Dieu forment cependant l'objet central. Mais si cet objet leur confère une certaine unité, les sciences qualifiées de bibliques s'étendent par elles-mêmes bien au-delà. Elles comprennent : les langues hébraïque, chaldéenne, grecque et même toutes les langues orientales qui leur sont apparentées ; les anciens manuscrits de la Bible et ses principales versions ; toute l'histoire et toute l'archéologie orientales dans leur rapport avec l'histoire sainte : par conséquent l'égyptologie, l'assyriologie, etc. ; la géographie biblique et en particulier la géographie palestinienne, qui ofîre à elle seule tant de problèmes à résoudre. Aucun groupe de connaissances n'a bénéficié davantage des progrès de l'érudition contemporaine.
Au reste, il faut convenir que l'érudition a distingué dès le début les exégètes catholiques. Les premiers se rencontrent à l'école d'Alexandrie, où l'on interpréta d'abord l'Ecriture par la méthode allégorique, comme l'avait fait déjà l'école juive. Celle-ci, qui n'avait pas tardé à se former dans la capitale de l'Egypte, où Alexandre avait appelé également les Juifs et les Grecs, avait allié l'étude de Platon à celle de Moïse. Elle crut voir, dans les poètes et les philosophes grecs, des imitateurs des écrivains inspirés, et se flatta de concilier les uns avec les autres en recourant au sens allégorique. Philon, en particulier, s'appliqua à cette œuvre, et ses écrits eurent un grand retentissement chez les chrétiens comme
* Voir Mangenot, dans le Dict. de la Bible. V. Herméneutique, avec une très riche bibliographie.